Elles ont été abandonnées à un triste sort
Ces places mythiques, autrefois l’âme de nos villes
Photo :Sahel
Par Rachida Merkouche
Délaissées et livrées à l’usure et à la dégradation, elles semblent se morfondre dans leur solitude et leur inutilité après avoir été le cœur de la Cité. Les places et les placettes ne sont plus ces lieux où se content l’histoire de la ville et de ses habitants, elles ne sont plus ces endroits témoins du vécu des populations au fil du temps et des évènements. Considérées par les Anciens comme étant des espaces incontournables où se construisaient des destins, où se prenaient toutes les décisions et où se nouaient des amitiés, elles sont aujourd’hui laissées aux ronces et aux jeunes qui s’y retrouvent pour s’adonner à la drogue ou convenir d’une «expédition» en mer pour atteindre d’autres rivages jugés plus cléments. Que ce soit la Place Gambetta (Fontanel) à Oran, la Place d’Armes à Annaba ou la Place des Martyrs à Alger (Sahet el oûd pour les habitants de l’époque) et bien d’autres à travers le territoire, elles n’ont aujourd’hui plus la cote auprès de la jeune génération qui ignore tout de leur histoire, de leurs histoires. Longtemps «squattées» par d’indus occupants qui avaient accaparé notre pays et spolié ses biens, ces espaces très courus ont été témoins de la Guerre pour l’indépendance, puis de la délivrance qui a fait des Algériens un peuple libéré du joug du colonialisme, elles ont ensuite « raconté » leur propre parcours mais aussi celui des habitants de la ville dont elles ont été l’âme. Que reste-t-il aujourd’hui de ces lieux mythiques ? Juste des souvenirs qui reviennent dans la bouche des Anciens dont les propos sont pleins d’amertume lorsqu’ils narrent l’épopée de ces places. Il est vrai que Gambetta la lumineuse qui a fait la réputation d’El Bahia continue de susciter le même engouement aussi bien chez les Oranais, habitués à vivre la vie avec tout l’enthousiasme qu’on leur connaît, mais le sort de la Place d’Armes à Annaba est à déplorer. «Un quartier où il fait peur d’aller seul» a écrit une bloggeuse, «un quartier dangereux», a mentionné un autre à propos de cette cité populaire qui s’effrite. Le sort de la Place des Martyrs à Alger n’est pas meilleur, elle qui réunit toutes les tares. Vaste étendue sans âme qui sert d’abris aux SDF, aux voleurs et aux immondices, cette Place qui a révélé des vestiges romains est cernée de tôle et on ignore son devenir. Elle est devenue «sahet echou» (en référence à sahet ech-chouhada-Place des Martyrs) dans la bouche des jeunes qui surfent sur le net vers d’autres horizons en faisant l’impasse sur l’Histoire de leur pays, celle qu’on ne leur a jamais enseignée.
R. M.
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