OPTIMAL
Villes sans vie
Par Hassan Gherrab
C’est plus de 300 milliards de dinars que l’Etat a consacrés, dans l’exercice triennal 2007-2009, à la réalisation d’opérations d’amélioration urbaine des villes et des villages à travers le territoire national, a affirmé, lundi dernier à Mostaganem, le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, Noureddine Moussa. C’est relativement une grosse somme. Mais est-ce que ça suffira pour rattraper tout ce qui a été fait en termes de massacres urbains et ce qui n’a pas été fait en termes d’aménagement et d’extension urbaine ?
Il suffit de regarder autour de soi pour voir l’ampleur des dégâts et l’étendue du chantier qui devra prendre en charge la réparation et l’amélioration de nos villes et villages pour se convaincre que le problème n’est pas seulement une question d’argent. Car il faut souligner que l’Algérie a hérité de toutes ses villes qui étaient déjà aménagées, avec leurs espaces publics, leurs parcs, leurs jardins, leurs vespasiennes, etc. Et avec l’évolution, il aurait fallu juste apporter les aménagements nécessaires, sans défigurer. Or, places, parcs et jardins ont été ravagés. L’incivisme est le plus sauvage prédateur. Quant aux extensions urbaines, elles sont tout simplement de hideux greffons que la ville originelle rejetterait si elle était vivante.
Architectes, environnementalistes, et même simples citoyens s’accordent à dire que presque tout ce qu’on a construit l’a mal été. On a même osé détourner impunément des terrains destinés à accueillir des espaces verts et /ou des aires de jeu. Dans certaines villes, c’est l’administration qui s’est chargée de faire disparaître une place sous un bâtiment. Le développement exponentiel et anarchique des tissus urbains des villes algériennes est une source de pollution et de laideur, ont affirmé lundi à Biskra les participants à un séminaire national sur «l’environnement et l’urbanisme en Algérie, réalités et perspectives». Pourtant, les œuvres architecturales et les actions urbanistiques doivent être conçues de sorte à garantir un environnement sain et vivable pour les habitants des villes, dans le respect des normes. Mais tel n’est pas le cas, et personne ne s’en inquiète outre mesure. On détruit quelques bâtisses par-ci, on suspend quelques chantiers par-là, mais personne ne s’est encore attaqué au chantier proprement dit et qui devrait, avant toute chose, commencer par un travail à la pelle mécanique, auquel succéderait une application stricte des réglementations en vigueur. Ces deux démonstrations de force permettraient à l’Etat de reconquérir son autorité et de s’imposer. Le civisme viendra après, de gré ou de force.
H. G.
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