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La question de la relève dans le domaine du sport

Posture et imposture institutionnalisées

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Par A. Lemili

Il serait pourtant utile de rappeler qu’en d’autres circonstances et d’autres temps cette relève entrait dans l’ordre normal des choses, étant en ce sens un exercice quasi naturel au lendemain de l’indépendance déjà et jusqu’à la fin des années 1980. Elle n’est plus qu’une vue de l’esprit sur laquelle il n’est nul besoin de trop s’attarder au risque de verser dans la polémique et surtout subir des réponses à-propos qui taxeraient quiconque poserait des questions sur cet aspect de la réalité de nostalgique et/ou de passéiste à la vision étriquée.Mais il n’y a pas que cet exemple de la sélection cadette féminine de volley-ball qui n’en est qu’un parmi beaucoup. Il se trouve incontestablement plus convaincant. Celui des footballeurs et la disponibilité d’un vivier de renouvellement, de la formation. Il y a bien entendu tant d’exemples vantés et pompeusement médiatisés comme l’académie du Paradou ou encore celle de la fameuse académie de Draria, laquelle, semblerait-il selon les dernières informations, aurait fermé ses portes et mis en congé les jeunes sportifs récupérés ici et là à travers tout le territoire et auxquels était prématurément tracé un avenir national. Rien qu’une illusion collective en fait appelée à justifier un travail de prospection de talents dormant dans le pays profond qui n’a jamais été en réalité.Or, s’agissant de ce sujet précis, il est de notoriété publique que, toutes proportions gardées, l’émergence d’un nombre de nouveaux noms dans le monde du football n’aura pas dépassé la centaine de joueurs tout au long de ces dix dernières années et si tant est que la moitié se soit inscrite dans la durée. Bien de  nouveaux noms s’évaporent dans la nature pour diverses raisons dont l’inefficience d’une prise en charge sportive même a minima. Cet échec se confondant avec le privilège immédiat d’un confort matériel et financier qui placerait les ambitions de footballeurs à la valeur intrinsèque effective sous le boisseau. Une attitude pour le moins légitime pour des sportifs qui ne disposent pas d’un plan de carrière, en ce sens qu’ils vont au football comme d’autres vont à la pêche à la ligne. Autrement dit sans l’assurance de gagner à tous les coups et compte tenu d’une longévité des plus éphémères pour la majorité.Depuis une dizaine d’années, ce sont donc les mêmes joueurs qui sont recyclés, ne gagnant qu’en maturité et rarement de compétence pour certains, en attendant de quitter la scène après un possible essai, forcément peu probant, en sélection nationale. Les quelques rescapés peuvent, toujours par l’entremise de leur agent, aller faire «les beaux jours» ou apporter une touche d’exotisme à une très ordinaire petite formation de la France profonde, sinon l’assurance de gagner beaucoup d’argent et de régresser encore plus dans un richissime pays du Golfe. Ainsi sont achevés plus des bourrins que des chevaux.
Quoi qu’on dise, s’il existait une relève sportive, et nous resterons plus particulièrement dans le domaine du football, des clubs comme l’USM Alger et l’ES Sétif, pour ne citer que ces deux formations, ne videraient pas le reste des autres associations pour arriver à en monter une… valable mais surtout pour s’assurer un ou des titres, le doigt dans le nez. Pour la simple raison qu’en face il n’existe pas de réelle opposition.  Autre particularité, au lendemain de l’indépendance la prospection était un acte d’utilité publique en ce sens qu’il n’appartenait pas seulement à des personnes spécialisées d’orienter, voire de placer dans des clubs, en particulier des jeunes footballeurs aux promesses certaines, qui leur seraient alors proches de cœur et/ou géographiquement. Seul le talent était incontestable et les prédispositions à confirmer a posteriori faisaient alors la différence. Et, pour ce faire, nombreuses sont ces anonymes qui ont pris leur bâton de pèlerin, allant «tuer le temps» en sillonnant les quartiers et les nombreux terrains vagues sur lesquels des centaines d’enfants passaient pratiquement toute la journée à taper dans une balle très souvent difforme. C’est de cette image d’Epinal que sont issus les Abdouche, Lalla, Fendi, Belkedrouci, Bousri, Gamouh, Selmi, Krokro, Boufermes, Draoui, Djeddou, Dali, Boubzari, Iboud, etc. Or, actuellement, le premier réflexe des pouvoirs publics est de bétonner tous ces espaces.Comme il est vrai d’ailleurs que sur une période de près de trente années au lendemain de l’indépendance, combien de talents sont passés à la trappe parce que tout simplement la concurrence était féroce et surtout honnête par sa transparence. Il suffirait de se souvenir du numéro 10 au sein de la sélection nationale, et si Belloumi a hérité du maillot, ce n’est pas parce qu’il était le meilleur, mais celui qui ponctuellement émergeait parmi une légion d’autres meilleurs à ce fameux poste d’inter-gauche, piaffant d’impatience de fouler un terrain sur tout le territoire national. Parce qu’il n’existait que de phénoménaux postulants à un poste qui exigeait un génie exceptionnel. Un génie face auquel les joueurs algériens ne cultivaient aucun complexe alors.Et en plus de la formation évoluant sur le terrain, le banc de touche regorgeait de ce qui sera par la suite appelé «remplaçants de luxe», car si le qualificatif de joker n’est venu que tardivement dans le jargon du football, il n’est pas exagéré de dire que les clubs algériens avaient à l’époque le leur, comme les dirigeants et surtout les entraîneurs n’hésitaient pas à surclasser des éléments de la catégorie cadette pour les lancer dans le bain avec les joueurs seniors de l’équipe fanion.En fait, tout est dans l’état d’esprit. Et c’est malheureusement cet état d’esprit qui n’existe plus qui fait qu’il relève de la plus grande gageure d’espérer voir un jour le football en particulier et les autres disciplines en général renaître de leurs cendres. A l’heure actuelle, le sport-roi s’est déplacé vers une autre forme de spectacle. Celle qui consiste à étaler sur la place publique les montants faramineux placés sur une dizaine de joueurs dont la valeur intrinsèque, comparée à l’échelle des valeurs des années soixante et soixante-dix, est en réalité quasi nulle. Le déclin des artistes a ouvert la voie à l’émergence des tocards sur le terrain et l’imposture des dirigeants dans les coulisses.Pour l’anecdote, aux dernières universiades de Shenzhen, l’Algérie a remporté trois médailles (or, argent et bronze) sur 918 mises en jeu. Ce qui est insignifiant mais également réconfortant pour ceux (les trois représentants algériens) qui se sont échinés à les obtenir parmi 8 000 autres athlètes. 

 A. L.

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