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Pourquoi les footballeurs algériens s’exportent-ils mal ?

Un décalage de niveau ?

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Par Sid Ali Doudou

Contrairement aux autres pays d’Afrique, devenus des usines à produire des footballeurs et exportant leurs jeunes champions dans le monde entier, l’Algérie n’intéresse plus les Occidentaux qui, jadis, s’y approvisionnaient. Le  marché algérien et maghrébin était alors en pleine expansion. Les clubs algériens peinent à récupérer les bénéfices. Adulés, chouchoutés, ovationnés et portés à bout de bras en Algérie, les bons joueurs n’intéressent guère les clubs étrangers. Ce triste constat correspond malheureusement à une tendance qui ne semble pas près de s’inverser… Le dernier marché d’été des transferts a été riche en déceptions pour les joueurs algériens. Annoncés dans de grands,  ils ont finalement rejoint… les modestes clubs des pays du Golfe. L’attaquant du Mouloudia d’Alger, Hadj Bougueche (26 ans), meilleur buteur de l’élite avec 17 buts lors de l’exercice écoulé, s’est engagé avec l’Emirates Club (Emirats arabes unis), alors qu’il était annoncé au Club africain. Selon des sources proches du joueur, citées par l’APS, l’intéressé aurait signé un contrat de deux ans pour 600 000 dollars. Mohamed Derrag, Sofiane Younes, Hadj Aïssa, pressentis et promis à d’autres clubs, sont finalement restés dans leur club. Le jeune prodige Moumen Djabou, que les médias algériens voient prochainement en Belgique, Suisse ou France, pourrait bien connaître le même sort. Les bons clubs européens sont réticents à recruter des joueurs algériens. Seul le transfert d’Abdelmalik Ziaya à l’Itihad Djeddah, après avoir remporté à deux reprises la Coupe arabe des clubs champions avec l’ESS, a été un succès. Adel Maïza et  Hadj Aïssa, pourtant l’un des plus doués de sa génération, ont peiné à trouver leurs marques. Concernant les transferts vers l’Europe, seul le jeune défenseur et capitaine du Nasria, Rafik Halliche, a réussi à embrasser une carrière professionnelle au Portugal. Le longiligne défenseur international a signé officiellement au club portugais du Benfica de Lisbonne pour un montant de 300 000 euros. Une aussi bonne opportunité pour le jeune défenseur qui ne peut que progresser en côtoyant le haut niveau. Il faut tout de même croire que le football étranger ne réussit pas à la plupart des joueurs issus des équipes
algériennes.

Y a-t-il un problème d’adaptation au rythme des championnats européens ?
Ils n’arrivent pas à s’adapter au rythme des championnats européens, y compris ceux de Suisse ou de Hongrie, dont le niveau est assez proche du championnat algérien, et même à celui des pays arabes. C’est le cas de Amir Saayoud avec El Ahly d’Egypte. Rarement titularisés par leurs équipes, ils manquent de compétition. Résultat : leur niveau et celui du football algérien en général s’en ressentent. En témoignent les difficultés éprouvées par l’équipe de Abdelhak Benchikha pour s’imposer dans les dernières minutes de la rencontre face à la Libye comptant pour les éliminatoires du CHAN qui aura lieu au Soudan. Comment expliquer une telle méfiance des équipes européennes ?  Si l’on exclut le cas particulier des Algériens émigrés qui font les beaux jours des grands clubs de première ou de seconde division, les joueurs algériens du championnat local à avoir réussi dans un grand sinon un bon club européen sont extrêmement rares. L’emblématique Hocine Achiou a tenté deux fois l’expatriation en France, avec un passage en Suisse, sans jamais arriver à s’y imposer. Noureddine Deham, pourtant classé parmi les meilleurs buteurs du championnat, n’a fait qu’un bref passage en Allemagne où il a ciré le banc durant une année, avant de revenir en Algérie. Et de tels exemples sont légion… Pour voir des Algériens titulaires, il faut généralement aller prospecter dans des clubs des divisions inférieures ou alors en Bulgarie ou en Tchéquie. En fait, seuls quelques joueurs émigrés ou d’origine algérienne  ont  vraiment réussi à tirer leur épingle du jeu au plus haut niveau. Le championnat russe commence aussi à devenir une opportunité intéressante pour les footballeurs algériens. Un seul joueur algérien a tapé dans l’œil des recruteurs ; le bilan reste finalement maigre aux yeux des recruteurs des grands clubs européens, qui préfèrent chercher les opportunités ailleurs qu’en Algérie, n’hésitant généralement pas à investir des sommes importantes pour attirer de bons joueurs étrangers. Comment expliquer que les stars de notre championnat deviennent des joueurs de seconde zone à l’étranger ? Pas assez physique, pas assez tactique, le championnat algérien habituerait nos meilleurs joueurs à jouer à un niveau plus faible que celui des clubs européens. Considérés comme des stars en Algérie, nos joueurs auraient du mal à assumer le changement de statut à l’étranger, où ils ont tout à prouver et doivent énormément travailler pour gagner une place sur le terrain. Star lorsqu’il jouait à l’USM Alger, Hocine Metref a dû batailler ferme à son arrivée à Dijon. Il a mis deux ans pour se faire un nom dans l’effectif dijonnais pourtant évoluant en 2eme division française.

Nos meilleurs clubs n’arrivent plus à rivaliser avec les modestes clubs africains
Cette différence de niveau est bien visible dans les joutes continentales. Les performances de nos équipes en Ligue des champions sont indignes des dizaines de millions engloutis chaque année dans le recrutement de joueurs étrangers et de l’intérêt accordé au football dans le pays. Championne d’Algérie, l’an dernier, l’ES Sétif n’a pu venir à bout du Stade Malien en finale de la Coupe de la CAF. La JSK et la JSMB n’ont pas passé le 1/16ème de finale de la Ligue des champions et de la CAF. Révélation de la saison dernière, la JSMB a terminé la saison africaine au mois d’août après une défaite au Mali. Quelles sont les causes de la réticence des grands clubs à recruter des joueurs algériens ? Pourquoi  des joueurs maliens, sénégalais, ivoiriens, congolais et camerounais jouent-ils au plus haut niveau en Ligue des champions, alors que les Algériens, plus doués techniquement, sont quasiment absents ? Il faut dire qu’en dix années, le nombre de joueurs étrangers dans les cinq grands championnats européens (Angleterre, Espagne, Italie, Allemagne et France) est passé de 463 à 998. Dans le même laps de temps, le taux de ceux qui sont nés en Afrique est passé de 10,6 à 16,3%.
Le Sénégal et le Cameroun (25 joueurs chacun) viennent en tête des statistiques,  suivis du Nigeria (21), de la Côte d’Ivoire (17), du Ghana (10) et de l’Afrique du Sud (8). Pour le seul mercato (le marché des transferts) de l’été 2007, les clubs de ces cinq pays ont déboursé la rondelette somme de 2 milliards d’euros. On estime que 300 millions d’euros environ ont atterri sur les comptes de fédérations, de joueurs, d’agents ou de dirigeants de clubs africains. Tous les joueurs africains ne sont pourtant pas logés à la même enseigne. La plupart jouent dans l’une des 73 autres ligues professionnelles européennes, dont ils représentent 18% des effectifs. En prenant en compte le monde amateur, ce sont même plus de 2 000 joueurs du continent qui évolueraient sur les stades européens. Payés à 400 euros par mois, ils ne vivent évidemment pas comme Didier Drogba, le footballeur africain le mieux payé de tous les temps, dont le salaire mensuel s’élève à 900 000 euros. Et qu’est-ce qui permettrait de faire changer les choses ? Le football algérien manque de bons joueurs ayant un niveau international. Preuve en est la surreprésentation des joueurs issus de l’émigration algérienne en Europe dans l’équipe nationale (3 joueurs sur une sélection de 23), alors que les Algériens émigrés ne sont que quelque six millions. Le football algérien manque de formation et de vision sur le long terme. Chaque année, des millions d’euros sont engloutis pour transférer des joueurs étrangers, avec des retours très aléatoires, des sommes qui seraient mieux investies pour former les champions de demain. La pénurie de bons jeunes joueurs algériens et la suppression du transfert de joueurs étrangers aboutissent à une inflation des salaires et des primes dans le championnat national. Un effort est nécessaire donc pour favoriser l’éclosion de bons joueurs et accroître la concurrence interne. Cela requiert cependant une vision sur le long terme que seuls les dirigeants des clubs turcs
ont pour l’instant... 

S. A.

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