pause citron
Le syndrome du 3 mars
Par Samir Azzoug
Le football est un sport mais aussi un spectacle. Petit enfant des arènes de combats à la romaine, il est le nouveau fédérateur et mobilisateur des foules. Le stade devient le rendez-vous hebdomadaire des amoureux du ballon rond. On y va en masse, bariolé des couleurs du club fétiche pour vibrer avec ses acteurs et chanter à l’unisson des hymnes qui leur sont dédiés. Joie, colère, déception, crainte, espoir… le supporteur passe par toutes les composantes du sentiment humain en l’espace d’une heure et demie, le temps d’une rencontre de football. Sous d’autres cieux, on va au stade comme on irait au cinéma ou au théâtre pour se divertir et éprouver des sensations intenses. Sauf que la représentation a ceci de particulier que même les artistes du spectacle n’en connaissent pas l’épilogue sous d’autres cieux, car, en Algérie, le football comme le reste des loisirs est apathique. On a un championnat parce qu’il y a un budget réservé pour. Sans conviction aucune. Le parcours de l’équipe nationale et la folie joyeuse qui l’a accompagné en est symptomatique. D’ailleurs, depuis ces explosions de joie, les gradins des stades sont boudés par les supporters. La faute à qui ? A tout le monde. Quelle meilleure façon d’expliquer les défaillances que de revenir sur le honteux épisode de la rencontre du 3 mars dernier entre l’Algérie et la Serbie. Une fête qui se transforme en une ignominie. Une organisation chaotique qui a fini par exacerber les tensions, transformant les supporters en délinquants. Insultes, agressions, jets d’objets sur le terrain et les autres spectateurs… révulsion. Le syndrome du 3 mars. Le football, si stratégique et lucratif qu’il peut être, est un spectacle. On a du mal à imaginer une personne assister à une représentation théâtrale dans un lieu dépourvu d’un minimum de confort. Passer des heures sans pouvoir s’offrir une boisson chaude ou fraîche, un casse-croûte ou éliminer l’excédent calorique parce que les toilettes sont cadenassées, n’est pas digne du genre humain. Pourquoi tolérer cela pour un amateur de football ? Jeux atoniques, stades hostiles, accueil rédhibitoire, conditions de réception indignes… et après on dénonce la violence dans les stades ! Un cocktail rebutant qui assimile la fréquentation des stades de foot à celle des endroits malfamés. Beaucoup de citoyens s’abstiennent d’y mettre les pieds. Et comme la nature a horreur du vide, l’espace est occupé, pour la plupart, par des fauteurs de troubles qui viennent s’y défouler à la manière des barbares. Insultes et saccages sont leur façon de s’exprimer. A l’heure où l’on veut ouvrir les portes du stade aux femmes, on ferait mieux d’abord de les ouvrir au commun des citoyens en préservant un tant soit peu la dignité des spectateurs.
S. A.
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- Samedi 18 février 2012
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