Stades et espaces réservés
Quand la morale est insultée à partir de la tribune d’honneur
Par A. Lemili
Fréquentés timidement en début de saison, désertés sensiblement à mesure que la sélection nationale montait en puissance dans les rencontres comptant pour les éliminatoires de la CAN et du Mondial et, finalement, désertés dès l’entame du rendez-vous continental et ne pouvont que le rester pour les mois à venir, les stades ont enfin retrouvé un calme qui est la notion même de l’olympisme, d’une part, et la marque de fabrique de l’activité sportive, d’autre part. Gradins et tribunes n’offrent plus qu’une image pathétique. Clairsemés, dramatiquement vides en certains endroits, on en serait presque, réaction ou réflexe pavlovien obligent, à regretter ces clameurs hebdomadaires qui, malgré tout, rythmaient certes violemment une journée de repos de nos compatriotes, notamment parmi ceux qui en avaient le plus besoin, mais qui, pourtant, étaient aussi un exutoire pour des dizaines de milliers d’autres. Néanmoins, si un bilan devait être tiré de la situation, il est clair qu’il n’en ressortirait que des bénéfices. Ce serait d’ailleurs faire preuve de mauvaise foi que d’affirmer que statistiquement le phénomène de la violence dans les stades, sinon le recul de celle-ci, et pour cause, l’absence de protagonistes, n’est pas quantifiable. L’expression physique démesurée dans les stades avait atteint un tel degré qu’elle n’en était plus à épargner des espaces réputés jusque-là inviolables, à l’image des tribunes officielles et jusqu’à celle dite d’honneur, dont l’usage restait à l’appréciation des organes ès qualités locaux agissant au nom des pouvoirs publics et souvent à ceux nationaux (les fédérations concernées). L’embrasement de ces espaces est d’autant plus préjudiciable qu’il est censé, ou du moins pour ceux qui ont le privilège d’y accéder, d’être le reflet de la bonhomie d’une rencontre, laquelle, peu importe l’enjeu, reste avant tout un rendez-vous sportif au cours duquel éthique, sportivité et morale seraient les maîtres-mots. D’autant que ces mêmes espaces sont réputés accueillir les invités du club, de la ville ou du pays hôte. Si jusque- là il n’y a, heureusement, jamais eu d’impair à ce niveau (international) et même si des représentants algériens parmi les plus officiels ont souvent été victimes d’attitudes très peu protocolaires lors de rencontres internationales qui se sont déroulées à l’étranger comme en Egypte assez récemment, voire à chaque fois que des délégations algériennes s’y rendent, notamment celle de football et naguère au Nigeria, il n’en est toutefois pas de même pour la compétition nationale. La tribune d’honneur est régulièrement squattée par des individus qui en constituent, en fait, la majorité et qui n’ont rien à voir avec le sujet. Il s’en trouve effectivement qui y accèdent avec la complicité des agents de police qui y sont affectés et, paradoxalement, comme il peut s’en trouver qui n’y accèdent pas même si, en revanche, ils en ont le droit et tout cela, comble du paradoxe, en raison de l’excès de zèle de ces mêmes… agents. Certains présidents de club truffent ces espaces d’hommes de main chargés, non seulement, d’y moduler la température mais également de chauffer les esprits, autrement dit le supporteur lambda prompt à s’enflammer et dès lors que l’exemple vient de la tribune
officielle, plus encouragée à l’escalade dans ses emportements. Les séides en question ont d’autres raisons de se retrouver dans ledit espace, notamment pour contenir la réaction de dirigeants ou de membres d’honneur de l’assemblée générale qui, autrement, en viendraient à exprimer leur mécontentement.
En somme, une sorte de clique dissuasive comme il en est régulièrement dépêché et facilement repérable lors des assemblées électives. Citer des présidents de club qui rémunèrent ces pratiques et disposent d’une garde prétorienne rompue à ces habitudes équivaudrait, toutes proportions gardées, à publier un almanach tant il est authentique que cette manière de gérer est littéralement entrée dans les traditions. Le plus grave est qu’elle dépasse le cadre de la compétition de «haut niveau», si tant est que peuvent être ainsi qualifiées les divisions une et deux, mais elle entache jusqu’aux paliers les plus anodins du premier sport national. Le repos «sabbatique» imposé par la sélection nationale de football et l’intérêt que lui porte les populations pourraient-ils être l’un des moyens les plus fortuits afin de redémarrer autrement la machine, une machine débarrassée des scories, d’assainir par voie de conséquence les lieux et surtout les mentalités ? Cela n’est pas à exclure. Il faudrait toutefois que les institutions en charge du dossier aient assez d’imagination pour accompagner cette trêve inespérée, avant la prochaine saison, de mesures réfléchies et dont la vision serait à long terme pour sauver une discipline qui, qu’on le veuille ou non, est celle sur laquelle seront et resteront braqués regards et intérêt des populations. Une discipline qui peut fédérer comme elle peut désagréger.
L’exemple de la sélection nationale est le plus illustratif, celui de la compétition nationale et du désintérêt des masses son… pendant.
A. L.
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- Samedi 18 février 2012
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