Marché et traçabilité de l’argent en football
Dés pipés, jeu brouillé, arnaque, omerta générale et consensuelle… raisons de tous les échecs
Par A. Lemili
Nul ne pourrait en disconvenir, laisser croire, voire feindre de croire que la masse d’argent qui circule en début de compétition nationale de football et en son interlude (mercato) ne serait pas phénoménale serait faire preuve de la plus grande cécité. Elle l’est d’ailleurs d’autant plus parce qu’elle n’est soumise à aucune traçabilité. C’est donc dans une sorte d’omerta obligée et consensuelle à tous les niveaux que se déroulent des tractations entre des joueurs et leurs
employeurs sans tout d’abord que la Fédération algérienne de football s’immisce sérieusement comme le lui ferait par obligation la réglementation et encore moins que les pouvoirs publics via des organes de contrôle et de régulation ne s’en émeuvent ensuite. Il est vrai que les uns et les autres parmi toutes ces instances balisent le parcours, agitent le poing, mais toutes ces mises en garde sont mises sur le compte de l’esbroufe habituelle qui n’entament en rien ni la mise en scène ni le casting. Il n’existe pratiquement plus depuis au moins une quinzaine d’années aucune référence, aucun repère, aucune possibilité d’évaluer dans un ordre de grandeur financièrement parlant aussi bien le recrutement des joueurs de façon globale que des dépenses de fonctionnement engagées en cours de saison. Comme par hasard, seuls les frais d’engagement, la rémunération des agents chargés de l’ordre sont parfaitement maîtrisés et pour cause... leur facturation réelle parce qu’impliquant des institutions officielles. Il peut en être de même quoique à un degré moindre des frais de voyage quand il s’agit toutefois du recours à une compagnie aérienne, si tant est que cette opportunité ne permette pas encore le bénéfice à des personnes étrangères à la délégation, souvent pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le motif du déplacement parce que s’agissant de… parents, amis. En l’absence d’une comptabilité publique jamais exigée par les représentants agissant ès qualités au nom de l’administration et à laquelle est substituée en général la tenue d’un brouillard de caisse sommaire particularisé par deux colonnes «recettes-dépenses» et en guise de justification des «bon pour» coupablement non réglementaires, les dirigeants s’en donnent à cœur joie dans ce qui est juridiquement qualifié d’abus de biens sociaux et plus trivialement de «pillage» qui ne dit pas son nom. Summum de l’ironie des «bon pour», souvent seulement écrits et paraphés par les parties signataires, ont servi d’avenant de modification partielle d’un contrat et parfois de la disposition essentielle : les clauses financières au moment où toute modification devrait intervenir dans la même forme que celle initiale... autrement dit par acte notarié. Cette situation est encore plus déplorable, en ce sens qu’il existe, notamment ces trois dernières années, bien des indicateurs à même de renseigner les structures exécutives relevant des pouvoirs publics sur les abus et autres dépassements qui laminent la scène sportive. Il y a d’une part les clubs, malgré leur ancrage populaire incontestable dans le monde du football quoique nés par procuration, à l’image de l’USM Annaba, ersatz d’une réforme de trente ans ayant ciblé le secteur économique et partiellement celui des universités, née presque du néant et devenue un tiroir caisse sans commune mesure pour tous les opportunistes à telle enseigne que l’association qui se revendique du sponsoring-alibi de Mittal Steel a totalement défiguré le marché, perverti les règles du jeu, instaurant les siennes.
Quand l’USM Annaba entre en jeu
Ce qui a fait dire à Abdelhakim Madani, président du Mouloudia de Constantine au cours d’une conférence de presse que son club «...en raison de la modestie [toute relative néanmoins, ndlr] des moyens dont nous disposons, nous n’avons pas pu accéder au marché en raison d’une flambée des prix de joueurs instaurée par les propositions inégalables de Menadi», et son manager général d’ajouter : «Et le CABBA.» Il est vrai que, lorsque ce dernier pérore en plastronnant régulièrement à chaque entame de saison avoir prévu «une cagnotte de 25 à 30 milliards pour le recrutement» il ne se trouve plus d’explication rationnelle ni à la situation du club en général et des performances mitigées que nul n’ignore depuis le retour du club en division une.
Non seulement toute la gestion interne de l’association est discutable mais le sont encore plus les pratiques installées par cette surenchère du club annabi dont la douteuse prodigalité a cela de particulier qu’elle déstabilise le championnat et fausse le rapport de force par la vampirisation de leurs meilleurs éléments du reste des autres clubs et les affaiblissant incontestablement. Actuellement, au titre du statut galvaudé à souhait de club... plus professionnel que les autres (sic), l’Entente de Sétif use des mêmes moyens, vulnérabilisant à son tour des clubs formateurs qui ne crachent pas néanmoins au bassinet au vu des sommes mirobolantes proposées pour la cession d’un ou de plusieurs joueurs.
Le chassé-croisé de joueurs est pourtant là… palpable ; le hasard nous a fait rencontrer deux présidents de club en l’espace de 48 heures. Les deux ont eu affaire à deux joueurs qu’ils voulaient recruter. L’un des deux éléments s’est vu proposer la somme de 4,5 millions de dinars. Il a réservé sa réponse pour les 24 heures qui suivaient. Il tiendra parole et reviendra chez le président qui voulait le recruter pour lui dire que «le président de… lui a proposé 1,5 million de plus».
Le deuxième joueur après, avoir finalisé toutes les démarches avec un autre club, a obéi à la même démarche, assurant réfléchir sur le montant de 6 millions de dinars pour parapher son contrat le lendemain avec un autre club pour la somme de 9 millions. Dans ce dernier cas, le président grugé ne le saura qu’en lisant la presse. Mais dans tout ce capharnaüm, les directions ont-elles réellement les mains propres ? Evidemment… non ! L’authenticité des montants pour lesquels émargent les joueurs recrutés est incontestable, mais c’est surtout la ventilation de cette somme qui exige d’être établie. L’opinion publique sachant
pertinemment que sur le parcours se sucrent le ou les dirigeants, l’agent intermédiaire, le notaire et, enfin, le joueur. Tout cela est diffus et brouillé à escient au même titre que la pratique qui consiste à laisser certains joueurs parmi les meilleurs au frigo et surenchérir à la veille de la clôture des engagements.
Pour l’anecdote, la Ligue nationale de football dispose du contrat d’un joueur du MOC au titre de la saison 2008/2009 paraphé et signé par toutes les parties sans qu’il soit rempli à l’exception de l’identité du joueur.
Ledit joueur est actuellement en conflit avec son ancien club employeur et envisage d’ester la LNF pour négligence. C’est dire.
A. L.
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- Samedi 18 février 2012
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