Algérie
Grogne des commerçants devant le secteur «informel» florissant
Par Abdellah Cheballah de l’AFP
«Ah non, il n’y a pas de facture, et pas de garantie non plus. Mais on peut vérifier que ça marche si tu veux !» Dans le quartier El Hamiz, un des fiefs du marché informel près de la capitale algérienne, tout se passe à l’amiable et se paie, bien sûr, en liquide. La radiocassette avec lecteur CD et DVD est vendue à 3 200 dinars (32 euros)…
Le commerce dit «informel» ou «trabendo», qui s’est accru dans les années 1990 avec la montée de l’islamisme, semble avoir encore de beaux jours devant lui en Algérie où l’Etat peine à trouver une parade alors que les professionnels du secteur réclament une baisse d’impôts et de la TVA pour contrecarrer cette concurrence déloyale. L’Union générale des commerçants et artisans algériens a récemment affirmé, sans citer ses sources, que le «marché parallèle représente actuellement 60% de l’économie nationale», une activité favorisée, selon elle, par la hausse des impôts qui entraîne à son tour un recul de l’investissement. «Cette hausse crée des obstacles pour les investisseurs, qu’ils soient nationaux ou étrangers. Ces impôts font perdre plus de 50% [des recettes fiscales] au Trésor [public], et encouragent le marché informel et la fraude fiscale», a déclaré le porte-parole de l’union Hadj Boulanouar. Pourtant, le nombre d’infractions à la réglementation enregistré est passé de plus de 115 000 pour l’année 2007 à près de 100 000 pour le seul premier semestre de l’année 2008, selon un rapport officiel. «C’est l’anarchie totale. Les autorités ne réussiront jamais à éradiquer le commerce informel car il y a trop d’intérêts en jeu», affirme Toufik, la quarantaine, gérant d’un magasin du Hamiz qui déborde d’appareils électroménagers, à une vingtaine de kilomètres à l’est d’Alger. Le commerce parallèle concerne tous les secteurs, du réfrigérateur aux moteurs divers en passant par les pots de peinture, les jouets ou les meubles. Selon Toufik, la majorité des commerçants de ce marché, où se brassent des quantités considérables de marchandises et des sommes colossales, ne payent pas ou peu d’impôts et le phénomène touche aussi la petite industrie. Ces commerçants «achètent sans facturation et sont obligés de vendre également sans facturation. Tout le monde est complice dans ce milieu. Il y a même d’importantes sociétés publiques qui procèdent de la même manière», affirme-t-il ironiquement. Pour Boualem, autre vendeur d’articles électroménagers en tous genres et toutes marques, «le mieux est de vendre sans facture, comme ça l’argent ne va pas au Trésor et tout le monde trouve son compte», dit-il en allusion à la TVA de l’ordre de 17%. De plus, l’économie informelle prospère car «les personnes qui ont fait main basse sur ce marché bénéficient de solides appuis» et ne sont «pas près de lâcher le morceau», dit-il. Selon de récentes statistiques officielles, près de 500 marchés informels ont été recensés en Algérie. Outre celui d’El Hamiz, les plus connus sont notamment situés à El Eulma, près de Sétif (300 km à l’est d’Alger), et à Bir El Ater à Tébessa (620 km à l’est d’Alger). L’union des commerçants estime que la hausse des impôts a poussé quelque 10 000 commerçants à se retirer des registres du commerce dans la région algéroise avant de rejoindre le secteur informel tandis que quelque 5 000 boulangeries ont cessé leur activité entre 2003 et 2008.
Le commerce informel a toujours peu ou prou existé en Algérie mais s’est développé au début des années 90 après que le pays se fut anarchiquement converti à l’économie de marché, rompant ainsi avec trois décennies d’économie étatisée. Il a explosé quand les islamistes du Front islamique du salut (FIS-dissous), ayant pris le contrôle de la majorité des municipalités en 1990, ont déclaré l’impôt contraire à la charia, ouvrant la voie à un commerce de «bazar» qui gangrène depuis l’économie algérienne.
AFP
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