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Des réformes sont engagées et menées graduellement

La Syrie en pleine mutation politique, économique et sociale

Correspondance particulière de Damas
Laïd Zaghlami

A l’aller comme au retour, Air Algérie passe son temps à s’excuser auprès de ses passagers pour les retards ; ce qui n’est pas du tout, en somme, une information nouvelle. En revanche, ce qui serait une vraie information souhaitée, c’est lorsque la compagnie nationale décolle et arrive à temps en respectant au passage sa clientèle. Mais, il est connu que la ligne Alger-Damas a ses propres règles et pratiques. Bref, notre arrivée à Damas a eu lieu ce 3 juin à quelques heures seulement de l’ouverture des travaux de l’atelier sur le développement de l’entrepreneuriat et l’innovation dans la région du Maghreb et du Moyen-Orient, organisé par Syrian Computer Society, InfoDev de la Banque mondiale et sa filiale régionale MENA Inc. C’est la première fois que la Syrie organise ce genre d’atelier pour lequel plus de 200 experts, entrepreneurs, incubateurs et innovateurs représentant la région du Monde arabe, étaient présents. C’est un signe que ce pays entame sérieusement et graduellement sa mutation politique, économique et sociale depuis l’avènement du jeune chef d’Etat Bechar Al Assad, commente un participant.

Classe politique rajeunie
Il y a lieu de constater un renouvellement et un rajeunissement de la classe politique, à l’image de ce jeune vice-Premier ministre chargé des questions économiques, M. Dardouri. C’est un artisan et partisan de la nouvelle approche politique et économique réaliste et pragmatique. Sa participation active et son soutien aux initiateurs de l’atelier dénotent un engagement pour reformer et innover le pays. Certes, le parti Bath est omniprésent, les photos du défunt président Hafedh Al Assad et de son fils continuent à garnir les espaces publics, et les comités de vigilance sont actifs. Mais le changement s’opère en douceur, à l’effet du dynamisme économique que connaît le pays et particulièrement la région d’Alep dans le nord du pays, comme le souligne Ahmed, un jeune Constantinois ayant investi le créneau de la confection et du textile. Alep, aux yeux de notre importateur (de marchandises en conteneurs), connaît un boom économique, et les travailleurs syriens sont aussi entreprenants et productifs que les Chinois. Et que font les Algériens dans tout ça ? Excellent-ils uniquement dans l’import-import ?

Pique-niques nocturnes
Il y avait une forte chaleur, frôlant parfois les 40 degrés, en ce début de mois de juin à Damas, et les habitants de la capitale n’ont pas beaucoup de possibilités pour se rafraîchir, à moins de rejoindre la mer Méditerranée à 200 km. En revanche, les familles optent pour des pique-niques nocturnes où la température est plutôt clémente. Au fait, ces sorties familiales suscitent à première vue étonnement et interrogations. Comment se fait-il qu’un pays en guerre soit si sécurisé et que ses citoyens bravent les menaces en passant des nuits entières dehors ? La mobilisation et la vigilance sont de rigueur depuis les années 50, répondra le Dr Habib Arous de Syrian Computer Society. C’est un réflexe au quotidien, même plus, c’est une culture, ajoute-t-il. Il est vrai, la situation sécuritaire est si calme et paisible qu’on se pose des questions sur les secrets de cette politique.

Pressions de toutes parts
L’engagement réel et effectif de toute la population est palpable à travers les comités, les cellules de sécurité et de renseignement. A cet égard, il y a lieu de noter que la plupart des édifices et institutions publiques sont intégrés dans des bâtiments et habitations ordinaires, sans protection policière apparente. Certes, la confiance entre l’Etat et ses citoyens est une réalité perceptible, car les impératifs de sécurité l’exigent. Cependant, il n’y a point de barrages ou check-points, mais le pays vit des pressions et menaces de partout. Le conflit latent au nord avec l’annexion d’une partie du territoire par la Turquie, depuis plusieurs décennies, et dont on ne parle pas assez. Le bourbier libanais a ses répercussions, l’état de ni guerre ni paix avec Israël et la situation au Golan sont à l’esprit. Le conflit en Palestine occupée et l’invasion américaine en Irak sont une source complémentaire de préoccupations. En somme, constate le Dr Arous, la seule bouffée d’oxygène qui nous reste est la résistance libanaise, et, à un degré moindre, palestinienne, sans pour autant occulter la coopération stratégique avec l’Iran. Toutefois, la Syrie garde des relations amicales avec l’ex-bloc socialiste. 35 000 cadres syriens ont été formés dans les universités de l’ex-URSS, et 7 000 couples se sont unis, nous confie un ancien militaire formé en Ukraine. Cela dit, plusieurs pays arabes continuent à «bouder» la Syrie pour ses positions «intransigeantes» envers Israël. Mais, en ce triste anniversaire de la débâcle du 5 juin 1967, les rumeurs circulent sur d’éventuelles négociations directes avec l’Etat hébreu pour discuter du recouvrement des hauteurs du Golan connues pour leur fertilité et leur richesse.

Les vestiges des Omeyyades
La Syrie offre l’image d’un pays stable et accueillant, le tourisme est prospère, et les nombreux visiteurs européens et étrangers investissent les lieux d’histoire et de loisirs.
La statue de Salah Eddine Al Ayoubi, rénovée suite à un accord avec l’Italie rappelant la bataille des croisés, suscite curiosité et admiration. Non loin se trouve la grande mosquée des Omeyyades, un véritable vestige historique retraçant les moments forts de la civilisation arabo-musulmane. Nous sommes en plein vieux Damas qui garde encore son architecture, son histoire et ses traditions. Hamidia est l’autre coin privilégié pour faire des emplettes à des prix abordables. Nos «porteurs devalises» et de «cabas» connaissent bien l’endroit. A côté des magasins et commerces pullulent restaurants et cafés. La cuisine syrienne au même titre que celles libanaise et palestinienne recèle beaucoup d’ingrédients et de sauces. Aucun plat n’échappe à cette règle, et ceux qui en ont envie peuvent s’en servir abondamment.

Détente et inspiration à Qaissoun
Cependant, dans les nouveaux quartiers de Damas se sont édifiées des habitations avec la pierre taillée bien soignée, offrant une architecture joyeuse et plaisante, à l’opposé du caractère hideux de notre tissu urbanistique. Les grandes chaînes hôtelières sont déjà établies, Sheraton, Four Seasons, Hitlon et Cham. Ce dernier vous invite à un repas «panoramique» où vous avez droit pendant 45 minutes à une vue globale de Damas d’un 11e étage, tout en étant assis devant une table bien garnie et bien servie. Mais l’autre endroit idéal pour voir et apprécier la grandeur de la ville et de l’ancienne Mésopotamie est le mont de Qaissoun, situé à 1 400 m, qui surplombe Damas. Sur ce mont s’érigent restaurants et cafés.
Il reste le lieu privilégié pour les moments de détente et de loisirs, mais aussi d’inspiration pour les poètes et romanciers arabes. Nizar Qabani, pour ne citer que ce dernier poète contemporain, a certainement profité des caprices des lieux pour créer, charmer et égayer les millions d’amoureux de sa poésie pleine de romance et de tendresse.

L. Z.

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