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à l’aura internationale retrouvée, une main de fer est imposée à l’intérieur

L’Eternelle Russie ressuscitée

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Par Ali Boukhlef

Crainte, admirée ou tout simplement respectée, la Russie ne laisse plus indifférent. Depuis que Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev ont décidé, le 8 août 2008 dernier, d’envahir la Géorgie, les grandes puissances occidentales sont désormais averties : rien ne pourra se passer sans l’aval ou tout au moins, le consentement de Moscou.
Plus que l’aura retrouvée, la Russie franchit même de nouveaux pas sur le plan interne, en s’alignant désormais, non pas sur les démocraties occidentales qui veulent lui donner des leçons, mais sur d’autres modèles en instaurant une nouvelle forme de gouvernance à la limité de l’autocratie. Quelques mois, en effet, après son élection –controversée- à la tête de la Fédération, Dmitri Medvedev a osé proposer un amendement constitutionnel qui prolongerait le mandat présidentiel (actuellement d’une durée de quatre ans) à six ans. Il a beau tenter de rassurer que cela ne signifie en rien le retour de Vladimir Poutine –l’homme fort de Moscou- à la tête du pouvoir, personne, du moins en Occident, ne le croit vraiment.
Comment, en effet, un pays, sorti du régime communiste il y a juste 17 ans et qui se dirigeait vers un système démocratique, veut-il retourner aux bonnes vieilles méthodes de la gouvernance à vie, du culte de la personnalité et, presque, de la cruauté ? Pour comprendre cet état de fait, il faudrait remonter l’histoire à seulement 17 ans.
En 1991, donc, l’URSS s’est décomposée et la Russie, le noyau des anciennes républiques soviétiques, hérite du passé glorieux, mais désormais lointain, de l’ancien empire. Boris Eltsine, le premier président de la Fédération de Russie après la chute de l’URSS, change carrément le train des choses. Sur le plan politique d’abord, puisque les élections démocratiques et transparentes ont été régulièrement organisées depuis 1993. Cette ouverture politique amène dans son escarcelle une autre ouverture, économique celle-là, qui va chambouler de manière extrêmement profonde le train de vie des populations russes. Une ouverture trop rapide a eu, donc, comme conséquence, la montée en puissance d’une minorité d’oligarques qui s’emparent de l’essentiel des richesses du pays, tandis que la majeure partie de la population plonge dans une extrême pauvreté. Selon les statistiques fournies par plusieurs
organismes internationaux, le produit intérieur brut (PIB) de la Russie a chuté de 45% de 1993 à 1998. Bien sûr, la chute des prix du pétrole et des matières premières, dont le pays est l’un des plus grands producteurs mondiaux, a joué un rôle crucial. Mais la
politique adoptée par Eltsine, jugé très frileux par ses opposants, a fait du pays une puissance tout juste moyenne, si elle n’était pas en déclin.

La chute de l’URSS et la frilosité d’Eltsine
Tandis que le pays sombrait, les oligarques s’enrichissaient d’une manière totalement condescendante. Et ce n’était sûrement pas ce grand pays qui en profitait. Il a fallu attendre l’an 2000 avec l’arrivée d’un ancien officier du KGB (les puissants services secrets soviétiques), Vladimir Poutine –un temps Premier ministre d’Eltsine- pour voir l’histoire du pays basculer. Ainsi, à peine arrivé au pouvoir, le nouveau chef de l’Etat s’attelle à restaurer l’autorité d’un Etat en déliquescence. Il commence par rétablir «le pouvoir vertical», ce qui faisait défaut aux responsables de l’époque. Il s’efforce, avant tout, d’instaurer un régime présidentiel fort, à même de faire face à une situation inextricable.
Vladimir Poutine s’attaque en premier lieu aux nouveaux riches, arrêtés et jugés les uns après les autres. L’affaire la plus retentissante est sans conteste celle de l’arrestation de l’ancien p-dg du groupe gazier Ioukos, Mikhaïl Khodorkovsky, (toujours en prison malgré la nationalisation de son entreprise et sa fusion dans Gazprom). D’autres magnats suivront, dont certains sont en fuite notamment en Angleterre. Ce bras de fer est lancé par Poutine contre les hommes d’affaires et étendu aux républiques séparatistes et parfois même aux opposants politiques. Mieux, le maître du Kremlin s’empare de presque toutes les grandes chaînes de télévision et de journaux. Certains, parmi les rares journalistes qui ont osé sortir de la ligne, sont soit menacés, soit carrément assassinés, à l’image d’Anna Politkovskaïa –tuée en 2006-, qui enquêtait sur la violation des droits del’Homme en Tchétchénie.

Un nouveau tsar nommé Poutine
Résultat des courses : malgré un net recul des droits de l’Homme et des libertés démocratiques, le pays reprend de plus en plus sa place sur la scène internationale. Mais cette reprise est due aussi à l’essor économique que connaît la Fédération de Russie depuis le début des années 2000. D’une récession durable, la Russie a un taux de croissance moyen de 6%, et le niveau de vie des Russes s’est amélioré au fil des années. Il faut dire que la hausse spectaculaire des prix du pétrole a joué un rôle crucial dans ce boom économique qui a également boosté d’autres secteurs névralgiques, à l’image de l’industrie de l’armement.
Une relance économique qui a, donc, engendré une relance de l’activisme russe sur la scène internationale.
Refermée sur elle pendant des années et essuyant même des humiliations des Occidentaux, notamment des Américains, la Russie a fini par donner la réplique. Du tac au tac. A l’Otan qui se rapproche de ses voisins, notamment de la Géorgie et de l’Ukraine, en envahissant Tbilissi. Au projet du bouclier antimissile américain dans l’Europe de l’Est, en opposant un système antimissile tourné vers l’Europe à Kaliningrad. Autant dire que la Russie veut désormais retourner au temps de la guerre froide lorsque la défunte URSS disputait l’influence du monde aux Etats-Unis.
Quant aux problèmes internes, le duo Poutine-Medvedev a tout le loisir de changer les lois qu’ils veulent maintenant que leur pays est redevenu grand. 

A. B.

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