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Aggravation de la situation au Mali

Forcing diplomatique sur l’Algérie

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Par A. Samil
 
La réponse à la question ne peut être qu’affirmative, sachant que même les conflits militaires les plus meurtriers s’enclenchent et s’éteignent souvent dans des ballets diplomatiques pour, jusqu’à la dernière minute, donner sa chance à un règlement pacifique. Le Mali n’est pas un cas inédit, même si la tournure prise par les événements dans ce pays rend de plus en plus probable, voire inévitable, une intervention militaire sous couverture d’une légalité internationale. La nouvelle donne, qui accrédite une telle hypothèse, est constituée par une internationalisation de fait du conflit qui n’est plus, désormais, le fait des seules parties maliennes. La rébellion touarègue, aussi vieille que l’indépendance du Mali, a ouvert la voie au rappel de groupes islamistes qui n’étaient pas loin et qui n’attendaient que le moment propice pour investir un territoire «vacant», y guerroyer et participer à la mise en œuvre des préceptes d’un islam rejeté par les populations locales. Une importante portion de pays à l’abandon, une Libye devenue un immense arsenal à ciel ouvert, un pouvoir central (Mali) complètement défaillant et plus affaibli encore par des putschistes infantilisés : où l’aventurisme guerrier pouvait-il trouver meilleur terrain ? Il est tout de même significatif de relever que les rebelles qui ont pris les villes du nord du Mali l’ont fait sans réellement livrer bataille, n’ayant rencontré aucune résistance pendant toute leur progression, de Tessalit à Tombouctou en passant par Gao et Kidal. Pire, pris dans un mouvement de débandade générale, les soldats de l’armée régulière malienne ont abandonné sur place tout un armement qu’ils n’ont même pas eu le temps de détruire. Face à une situation aussi catastrophique, les pays de la région, en particulier ceux de l’Afrique de l’Ouest, membres de la Cédéao, ont vite évalué l’ampleur des dangers qui se profilaient. Le nord du Mali, par son étendue, était déjà devenu un point de jonction pour tous les groupuscules islamistes qui parcourent d’immenses étendues, depuis le nord du Nigéria (Boko Haram) jusqu’en Lybie en passant par le sud de l’Algérie. La Cédéao a bien tenté des efforts diplomatiques et une médiation via le Burkina Faso, mais plus le temps passe plus les groupes armés auront de chances de consolider leur présence dans les territoires tombés sous leur contrôle.Rien d’étonnant donc à ce que de plus en plus de voix, en Afrique et en dehors du continent, s’élèvent contre les atermoiements, inévitables pour toute voie diplomatique, et invitent à une action militaire concertée. La Cédéao a saisi d’une demande en ce sens le conseil de sécurité de l’ONU, pendant que les Maliens la réclament de tous leurs vœux. Pays voisin du Mali avec lequel elle partage une longue frontière, l’Algérie est sollicitée de toutes parts pour prendre une part active dans cette intervention et qu’elle déroge à son sacro-saint principe de non intervention militaire en dehors de ses frontières. Elle subit en ce moment même un véritable forcing, y compris des puissances occidentales, pour qu’elle mette son potentiel militaire au service d’une coalition qui neutraliserait les bandes armées dans le Sahel. Le ministre malien des Affaires étrangères, en visite à Alger depuis trois jours, n’est certainement pas venu –à son tour- dans un autre but que celui d’une «sollicitation militaire». Il est, certes, difficile d’anticiper une réponse de l’Algérie, tant les conséquences d’une intervention à l’extérieur ne sont jamais connues d’avance, y compris pour les pays qui se classent parmi les premières puissances militaires mondiales. Mais le fait est certain que, d’une certaine façon, l’Algérie n’échappe pas à la tourmente sahélo-malienne. Des faits suffisamment probants corroborent cet état de fait. Depuis le 5 avril dernier, et dès leur entrée dans la ville de Gao, les islamistes du Mujao ont pris en otages le consul d’Algérie et six de ses collaborateurs, pendant que Belmokhtar, ancien du GIA et du Gspc, se fait un plaisir de visiter l’enceinte diplomatique pour narguer l’Algérie. Le même Mujao s’illustrera, par la suite, par deux attentas kamikaze ayant ciblé deux sièges de la Gendarmerie nationale, d’abord à Tamanrasset, en mars dernier, ensuite à Ouargla le mois dernier. Il va de soi que, dans un tel contexte et en fonction du degré de gravité des menaces qui pèseraient sur elle du fait de la situation dans le Sahel, l’Algérie ne pourrait que peser très sérieusement le pour et le contre de son implication dans une intervention militaire.
A. S. 
 
Un capitaine fantasque 
À ce jour, les motifs réels du coup d’Etat mené le 22 mars dernier contre le président légitime Amadou Toumani Touré restent difficiles à élucider. L’accélération des événements depuis le putsch, avec une perte totale des deux-tiers du territoire qui échappent à Bamako, rend malaisée toute compréhension de la situation présente et encore moins des perspectives immédiates. La personnalité du capitaine Sanogo, intronisé chef de junte militaire, est plus déroutante encore et ajoute à la confusion générale qui règne au Mali.Ayant bouclé ses 40 ans en mai dernier, Amadou Sanogo, en parfait inconnu, semble surgi de nulle part et non d’une institution militaire formatée dans la rigueur et la discipline. Qu’on en juge : dans sa toute première déclaration, il dit que son objectif est de «réformer l’Etat», avant d’avouer, sans paraître le moins du monde gêné, qu’il n’a jamais voté de sa vie. Sur l’élément déclencheur de son action, il explique que c’est une réunion avec le ministre de la Défense, le 21 mars (la veille du coup d’Etat) laquelle a mal tourné, qui a précipité son passage à l’action. «J’ai profité de la situation et voilà où j’en suis», dit-il à des interlocuteurs de la presse.Formé dans des écoles militaires aux Etats-Unis, l’obscur capitaine était donc loin de s’attendre à des destinées aussi hautes. Il donne chaque fois l’impression d’en être lui-même le premier surpris. Président du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (Cnrdre) et devenant chef de l’Etat, sa première décision est de suspendre les institutions.Mais sous la pression internationale, il les rétablit le 1er avril, mais en prenant soin de préciser que le Cnrdre demeure l’autorité suprême du pays. Une semaine plus tard, sous la contrainte des événements, il signe un accord rendant le pouvoir aux autorités civiles. Pendant la vingtaine de jours où il est resté chef de l’Etat malien, les rebelles touaregs ont conquis toute la moitié nord du pays et proclamé l’indépendance de l’Azawad.
A. S. 
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