Les solutions sécuritaires prouvent leurs limites
La guerre civile s’installe en Syrie
Par Moumene Belghoul
Depuis le début de la mission de Kofi Annan deux massacres ont eu lieu en terre syrienne (Houla et el Koubeir) où près de deux milliers de personnes ont été tuées dont beaucoup d’enfants. Un groupe de pèlerins chiite libanais enlevé près des frontières, provoque une vive tension confessionnel au nord du Liban entre sunnites et alaouites. Le Conseil national syrien décide de confier la direction à une nouvelle personnalité autre que Bourhane Ghalioun. Les événements qui se succèdent au fil des jours forcent le pessimisme pour les Syriens qui regardent leurs pays sombrer. La situation est plus que jamais délétère et la crise syrienne se dirige inexorablement vers le pourrissement. Plus de quinze mois depuis l’éclatement de la contestation du régime en place, dans le sillage des événements du printemps arabe, seule la détérioration est une certitude en Syrie. Le régime croyait pouvoir éteindre la contestation en quelques semaines au plus tard, et l’opposition est allée jusqu’à souhaiter une intervention étrangère croyant que l’Otan allait systématiquement réitérer le scenario libyen. Aucun des deux antagonistes n’est arrivé à imposer ses fins et ce malgré des dégâts humains considérables. Le Conseil national syrien a commencé à craqueler dans la perspective d’une éventuelle chute du régime. Burhan Ghalioun, figure de l’opposition dite laïque, très critiqué pour avoir été constamment reconduit à la tête du Conseil depuis sa création en août dernier, est remplacé par Abdelbasset Sayda, un kurde. Le choix de l’origine de ce dernier est loin d’être fortuit. Dans l’opposition, on souligne que l’élection d’Abdelbasset Sayda pourrait permettre d’attirer davantage de Kurdes au sein du CNS. Les membres kurdes du CNS se sont souvent opposés aux autres membres notamment sur la très sensible question des droits des Kurdes et sur «l’organisation de la Syrie post-Assad en Etat fédéral comme l’Irak voisin.» Des membres fondateurs du CNS, avaient menacé de démissionner si Burhan Ghalioun restait président. Les Frères musulmans, acteurs les plus influent du CNS, avaient d’abord fait savoir qu’ils souhaitaient le maintien de Burhan Ghalioun à la présidence. Ils ont fini par apporter leur soutien à Abdelbasset Sayda pour tenir compte des protestations de membres de l’opposition intérieure syrienne après un troisième renouvellement du mandat du professeur le mois dernier. Un début de lassitude est également perceptible chez nombre d’acteurs dans cette crise multidimensionnelle. Même les pays du Golfe, dont les médias sont quasiment parti-prenante, semblent regretter de s’être engagé dans un conflit qui vire lentement mais surement vers la guerre civile avec ses conséquences immédiates dans une région explosive possédant les deux tiers des réserves du pétrole mondial. Un véritable conflit avec un fond confessionnel a lieu actuellement sur le terrain syrien, où plusieurs régions échappent complètement au contrôle de l’armée régulière qui trouve de plus en plus de difficultés à éteindre les foyers de tension. Des groupes islamistes radicaux combattent auprès de l’armée libre pour faire chuter un régime jugé confessionnel. L’armée libre qui reçoit de l’armement de l’extérieur arrive à sérieusement gêner l’armée régulière et à porter la confrontation au bord de la Capitale Damas. L’armée régulière syrienne combat sur plusieurs fronts et, malgré l’usage de moyens lourds, n’arrive pas à contrôler des villes comme Homs et d’autres poches à Idleb et Hama. La population syrienne comptant plus de vingt millions est particulièrement partagé dans la crise qui se joue actuellement. Une partie non négligeable des Syriens soutient toujours le régime en place et ce pour des raisons multiples. La Syrie actuelle est selon un éditorialiste du journal britannique the Guardian partagée en trois parties : un tiers favorable à l’opposition, le second tiers pour le régime et une dernière partie composé des indécis bloqués par la complexité de la situation qui refusent que leurs pays sombre complètement. Sur le plan géopolitique le verrou russe continu à fonctionner même si Moscou, sous pression permanente de Washington, Paris et Berlin, joue des nuances dans le but évident d’engranger des dividendes. Sergueï Lavrov le ministre des Affaires étrangères russe a récemment donné quelques signes envers les occidentaux en déclarant que la Russie est d’accord pour le départ du président Assad si tel est le souhait des Syriens. Mais Moscou semble intransigeant quant à l’éventualité de l’intervention étrangère et le changement de régime par la force. Un scenario à la yéménite, c’est-à-dire le départ du président syrien dans le but de préserver la structure du régime et permettre une transition en douce. Le scénario est difficilement envisageable au regard de la donne actuelle d’autant plus que le cas syrien comporte un certains nombre d’éléments distincts. Les deux puissances, russe et chinoise, qui ont «perdu» le régime irakien et libyen ne sont pas disposées à abandonner complètement Damas. L’armée régulière ne s’est pas complètement disloquée comme au Yémen. Enfin, une incertaine décision de Bachar Assad de se retirer pourrait fortement être rejetée par les tenants du pouvoir au sein des institutions sécuritaires et militaires au risque de subir des contre coups dangereux.
La complexe crise syrienne semble échapper aux comparaisons et aux médications imposées ailleurs. Une chose est sûre ; la pérennisation du conflit pourrait bien, à terme, aboutir à une déstabilisation de toute la région, devenue plus que jamais fragile.
M. B.
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