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Ossétie du Sud, Abkhazie, le réveil des indépendantistes

Jeu et enjeux de puissances dans le Caucase

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Par Moumene Belghoul

La nouvelle crise armée du Caucase mettant aux prises les troupes russes à celles de Géorgie, qui risque de dégénérer en conflit ouvert aux conséquences incalculable dans une région complexe, cache mal des velléités de positionnement entre les deux puissances américaine et russe. La guerre froide, officiellement finie, a laissé des traces encore vivaces en ce début du troisième millénaire. Les ex-républiques d’URSS n’en finissent pas d’endurer le soviétisme. Le stalinisme semble inéluctablement les poursuivre dans leur nouvelle vie d’Etats indépendants. Le conflit actuel en Ossétie du Sud et son corollaire en Abkhazie constituent une bombe à retardement dont l’explosion n’épargnera pas grand monde dans le Caucase et au-delà.
La crise Ossète est héritée de la période de Staline quand, sous prétexte de lutter contre le nationalisme et les velléités indépendantistes des petits peuples, il entreprend le partage d’un certain nombre de régions en confettis épars. L’Ossétie a été divisée en deux parties : le Nord, rattaché à la Fédération de Russie, et le Sud, octroyé à la Géorgie dont est issu l’homme fort de l’URSS.
L’histoire récente est des plus claires. Depuis qu’ils ont proclamé leur indépendance, en 1991, les Géorgiens ont fait face à trois mouvements sécessionnistes empêchant le nouvel Etat de jouir pleinement de territoires faisant partie de la Géorgie historique. Parmi ces derniers, la République autonome d’Adjarie, située sur les bords de la mer Noire. La zone est entrée dans le giron géorgien après l’arrivée au pouvoir à Tbilissi du président pro-occidental Mikheil Saakachvili. Le passage s’est fait pratiquement sans qu’aucun coup de feu n’ait été tiré. Reste la république autonome d’Abkhazie, également sur la mer Noire. Elle est devenue presque indépendante après l’expulsion par la force de quelque 200 000 Géorgiens sous pression russe. Pour l’heure, l’Abkhazie n’est reconnue par aucun pays, mais bénéficie d’un soutien total de Moscou pour son importance stratégique. Il y va de même de la région autonome d’Ossétie du Sud. Depuis le retour d’un pouvoir nationaliste à Tbilissi en 2004, l’Ossétie du Sud relève d’une compétition politique entre Mikheil Saakachvili et les indépendantistes ossètes, majoritaires en Ossétie du Sud. Le président géorgien souhaite la réintégration des régions sécessionnistes au sein du territoire alors que les indépendantistes veulent une souveraineté complète. De son côté, la Fédération de Russie ne fait rien pour améliorer la situation, préférant faire perdurer le statu quo.
Une attitude qui met indubitablement le pouvoir géorgien dans l’embarras, lui, qui lorgne langoureusement du côté de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Les indépendantistes d’Ossétie du Sud souhaitent également une réunification avec l’Ossétie du Nord. Une éventualité qui ne trouve pas de soutien du côté de la Fédération de Russie encore moins de la Géorgie. Le premier référendum de 1992 n’ayant pas été reconnu au niveau international, la République d’Ossétie du Sud a tenu un deuxième référendum sur son indépendance le 12 novembre 2006 : plus de 90% des votants se sont prononcés pour l’indépendance. Tbilissi, Washington et Bruxelles ne reconnaissent pas le référendum, le considérant comme illégal, alors que Moscou le reconnaît et y fait souvent référence.

Saakachvili : erreur d’appréciation ?
En provoquant Moscou, le président géorgien, Mikheil Saakachvili, connaissait pertinemment le risque encouru par son jeune Etat. Le fait qu’il ait osé transgresser cette «ligne rouge» imposé par son puissant voisin prouve la présence d’un plan tacite avec la partie occidentale dans le but de tester la capacité de riposte de Moscou. Une autre thèse pencherait plutôt vers l’erreur d’appréciation dont a fait preuve le bouillonnant président géorgien tombeur de Chivarnadze. Saakachvili est connu pour son caractère trempé et par son impulsion trop pro-occidentale.
En outre, il a toujours manifesté une intention extrême de défendre l’«intégrité territoriale» de la Géorgie, tout en tolérant un statut de large autonomie à la province problématique qu’est l’Ossétie du Sud. L’option reste néanmoins de l’ordre de l’intention et du vœu pieux. Quelles que soient les causes premières dans le début de la crise armée actuelle, la Russie maintient des forces en Ossétie du Sud comme en Abkhazie sous le couvert plutôt soft de «maintien de la paix». Moscou a tout intérêt à empêcher une résolution du conflit. Ces abcès de fixation que sont les régions indépendantistes lui donnent un moyen de pression politique et militaire sur la Géorgie et d’autres ex-républiques soviétiques. Cette pression permanente est d’autant plus forte au moment où la Géorgie veut absolument rejoindre l’OTAN. La dernière visite de la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice en juillet dernier a fait ressortir l’option ostentatoire de Tbilissi. A l’occasion, un soutien franc de Washington avait été affirmé pour la Géorgie notamment pour les deux points chauds que sont l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. Les Etats-Unis auraient pesé de tout leur poids pour faire adhérer la Géorgie à l’Alliance atlantique durant le dernier sommet de Bucarest. Mais l’option avait été jugée prématurée par la France de Sarkozy et l’Allemagne de Merkel. Les intentions de Washington de mettre au plus vite Tbilissi sous le parapluie atlantiste sont imputables à plusieurs raisons : un message d’avertissement à Moscou quant aux territoires indépendantistes. De plus, une Géorgie atlantiste constituerait incontestablement une zone de sécurité extrêmement importante pour le bouclier anti-missile en Pologne et en République tchèque.
Où va la nouvelle crise sanglante qui ébranle la région du Caucase ? Pour l’heure, les pays occidentaux semblent impuissants en voulant un retour au statu quo ante. D’un côté, ils ne peuvent inciter ouvertement les Géorgiens à céder à la pression russe. Et dans le même temps, ils n’ont presque aucun moyen d’agir sur une Russie, puissance militaire, qui semble décidée à redorer son blason terni des années de la guerre froide. De plus, Moscou brandit le précédent du Kosovo avec ostentation. Les Russes, qui avaient «accepté» l’indépendance de l’ex-république yougoslave la mort dans l’âme, semblent tenir leur revanche sur le «bloc» occidental. Ossétie, Kosovo, le deux poids, deux mesures des Occidentaux est en effet flagrant. De quoi faire éterniser les flammes au Caucase, éternel point chaud de la planète.

M. B.

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