Union pour la Méditerranée
Mohamed VI boude mais ne désespère pas d’accueillir le secrétariat général de l’UPM
Par Noureddine Khelassi
Pour expliquer l’inattendue absence du roi Mohamed VI au sommet fondateur de l’Union pour la Méditerranée, le palais royal a argué d’un agenda interne inhabituellement chargé et le pays hôte a minimisé sans trop convaincre la défection royale. Les véritables raisons sont ailleurs et sont à chercher finalement du côté de la frontière Est du Maroc. Suivez le regard.
On connaît, certes, le peu de goût et d’engouement du jeune roi du Maroc pour les grands-messes internationales. En 2007, il a boudé toutes les rencontres officielles et s’est fait représenter par son frère Moulay Rachid, comme lors du sommet parisien de l’UPM.
De même que, lors du 19ème sommet arabe de Riyad ou à la Conférence des chefs d’Etat d’Afrique et de France. En 2008, un seul déplacement officiel à l’étranger figure dans l’agenda royal : c’était en mars dernier à l’occasion du 11ème sommet de l’OCI, l’Organisation de la conférence islamique.
Toutefois, selon des sources bien informées et concordantes à Paris, le jeune monarque aurait ainsi protesté contre le traitement accordé, avec beaucoup trop d’égards à son goût, au chef de l’Etat algérien. Le roi Mohamed VI, comme l’indiquent les mêmes sources, est convaincu qu’Alger s’oppose à ce que le siège de l’UPM revienne au Maroc qui l’a réclamé avec beaucoup d’insistance. Les Français ont d’ailleurs expliqué à leurs alliés marocains la difficulté de prévoir un secrétariat de l’UPM à Rabat, sachant que l’Algérie s’y opposerait et que deux pays méditerranéens importants, l’Espagne et la Tunisie, sont des candidats motivés pour le poste. La décision d’affectation du siège de l’UPM, en fait un secrétariat général de 20 membres et la nationalité du futur secrétaire général, sera connue en novembre prochain lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UPM, à Marseille.
La demande marocaine d’abriter le siège de l’Union est fortement concurrencée par Barcelone et Tunis, sans compter La Valette et Marseille qui y songent aussi, selon les sources déjà citées. Pour appuyer la demande d’abriter le siège de l’UPM, la diplomatie marocaine, qui se veut «tranquille et vertueuse», a fait valoir, pêle-mêle, l’octroi au Maroc d’un «statut avancé» par la Commission de Bruxelles, le projet de construction d’un pont à travers le détroit de Gibraltar, la réalisation du grand port de Tanger-Méditerranée, la coopération culturelle «exceptionnelle» et les délocalisations d’entreprises espagnoles et françaises : autant de «preuves» de la volonté marocaine de développer un partenariat «naturellement méditerranéen». En outre, et c’est de bonne guerre, Rabat met en avant auprès de ses partenaires français et de Bruxelles sa «volonté» de tendre, «sans arrière-pensées», la main à l’Algérie en vue de la réouverture de la frontière. D’où ses appels réitérés aux responsables algériens de la rouvrir indépendamment des contentieux bilatéraux et de l’épineuse question de l’autodétermination libre du peuple sahraoui.
Si le roi du Maroc qui, l’été dernier, avait peu goûté la valse-hésitation du président Nicolas Sarkozy au sujet de sa première visite au Maroc et son choix de se rendre d’abord à Alger, se plaint de «l’excès» de sollicitude à l’égard de son riche et incontournable voisin, il y a bien une autre raison, encore plus sensible que le problème du siège de l’UPM. Il s’agit, selon les mêmes sources concordantes dans la capitale française, de la question du Sahara occidental. A ce sujet, le président français se serait montré peu enclin à reconduire la position française, favorable aux thèses marocaines sous le mandat du président Jacques Chirac.
Le chef de l’Etat français, qui a peu goûté le revirement brutal du palais royal à propos de l’achat de Rafale français auxquels ont été préférés finalement des F16 américains moins performants, serait disposé à infléchir de manière «douce et progressive» la position française au sujet du conflit du Sahara occidental. Le président Nicolas Sarkozy ferait donc évoluer la diplomatie française en faveur d’une solution moins favorable à l’offre d’autonomie encadrée proposée par le Maroc. La crainte marocaine quant à d’éventuelles garanties françaises à l’Algérie d’adopter une position plus neutre dans le dossier de la crise au Sahara occidental aurait pesé aussi dans la décision de Mohamed VI de se porter aux abonnés absents lors du sommet de lancement de l’UPM.
La bouderie du roi n’est cependant pas allée jusqu’à provoquer une quelconque tension dans les relations traditionnelles entre le Maroc et la France. Tout en se faisant représenter à Paris par son frère Moulay Rachid, Mohamed VI a téléphoné le 12 juillet dernier au président Nicolas Sarkozy, réitérant à l’occasion sa pleine adhésion à l’UPM.
Le chef de l’Etat français, lui, tout en prenant en compte la volonté du roi de changer de cap en préférant l’alliance et la technologie militaires américaines, ne semble pas tenir rigueur au jeune monarque puisque les 19 et 20 juillet dernier, il s’est rendu en voyage privé à Marrakech.
Bien que la diplomatie et le gouvernement français aient tout fait pour éviter l’absence du président Abdelaziz Bouteflika au sommet de l’UPM, le 13 juillet dernier, il n’y a pas de l’eau dans le gaz entre Paris et Rabat.
Et même si un diplomate marocain à Paris s’est montré déçu et amer du fait que son pays soit «si mal remercié de sa diplomatie tranquille et vertueuse», le palais royal n’est pas prêt pour autant à couper définitivement le cordon ombilical avec le vieil allié politique et économique qu’est la France.
N. K.
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- Samedi 18 février 2012
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