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L’administration Bush pourrait être jugée pour «crimes de guerre»

Quand les Etats-Unis violent la convention de Genève

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Par Moumene Belghoul

Un rapport secret du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) révèle le recours à la torture contre des prisonniers membres présumés d’Al Qaïda dans le bagne de Guantanamo. Dans un livre intitulé The Dark Side «la Face cachée», qui paraît cette semaine aux Etats-Unis, la journaliste américaine du New Yorker, Jane Mayer, dévoile un rapport tenu secret du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), dont les conclusions sont accablantes. L’organisation humanitaire y confirme le recours systématique à la torture par les Etats-Unis, chantre des droits de l’Homme et de la démocratie dans le monde. L’auteur du livre est catégorique : «Les membres de l’administration Bush qui ont autorisé ces pratiques pourraient être coupables de crimes de guerre.» Jane Meyer révèle que le CICR a rédigé son rapport à l’issue d’une visite à Guantanamo à la fin de l’année 2006. Le rapport fut transmis ensuite à la CIA, qui l’a remis au président Bush et à la secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice. Depuis, il est resté sans suite. A Guantanamo, les délégués humanitaires ont rencontré plusieurs prisonniers, dont le fameux Abou Zubaydah, considéré comme l’un des lieutenants de Ben Laden et planificateur des attaques du 11 septembre. Les enquêteurs du CICR ont reconstitué le traitement inhumain infligé aux détenus dans le cadre de «la lutte contre le terrorisme». Notamment dans les prisons secrètes de la CIA, avant l’étape Guantanamo. Le rapport cite Abou Zubaydah assurant avoir été soumis au moins à dix reprises à la simulation de noyade «waterboarding». Après son arrestation, il aurait été enfermé dans une caisse où il ne pouvait que rester «replié en position fœtale», rapporte la journaliste dans son livre témoignage. Unanimement, les prisonniers avouent avoir été privés de sommeil, en étant soumis inlassablement «à une lumière très forte et à du bruit qui déchirait leurs tympans». Certains ont dénoncé les nombreuses heures passées «enchaînés au plafond».
Il ne fait aucun doute pour Jane Mayer que ces pratiques sont contraires aux conventions de Genève. Et, de ce fait, leur auteur, l’Etat américain, dans ce cas de figure, peut être jugé pour crimes de guerre. Aux Etats-Unis, dans la sphère médiatique notamment, le mot «torture» reste tabou. La diffusion des images de la prison irakienne d’Abou Ghraib, qui ont ébranlé l’opinion mondiale, n’y a rien changé. Les médias américains utilisent plutôt le terme soft d’«abus». Réagissant à la sortie du livre, le CICR n’a pas caché son embarras et sa gêne face aux révélations rendues publiques. «On ne discute jamais publiquement du contenu de notre dialogue confidentiel avec les autorités», a répondu l’organisation, regrettant «toutefois que l’ouvrage attribue au CICR des informations sur les détenus alors que la divulgation de telles informations n’est pas la pratique de l’organisation».
Si l’origine de la fuite n’est pas le CICR, elle ne pourrait être, selon les observateurs, que venant du microcosme gravitant autour de l’administration américaine, où une guerre sourde se déroulerait, la fin de mandat de l’actuel président approchant.

Au goulag de Guantanamo
Dans son livre, Jane Mayer révèle que, devant la gravité de la situation, un certains nombres de responsables américains travaillaient dans l’angoisse du scandale. Citant l’exemple de l’ancien ministre de la Justice, John Ashcroft, qui craignait tellement d’être sur écoute qu’il «en est arrivé à utiliser un langage codé pour parler à ses collaborateurs». La Croix-Rouge a «averti que cet abus constitue un crime de guerre, qui place les plus hauts responsables du gouvernement des Etats-Unis en situation de pouvoir être jugés», écrit Mayer. Les responsables méricains ont commis des «crimes sérieux», en violation de la Convention de Genève et de la législation américaine. Au point que de nombreux agents de la CIA commenceraient à s’inquiéter et chercheraient à couvrir leurs arrières sur le plan judiciaire.
Il faut dire que le centre de détention de la base navale américaine de Guantanamo, situé sur le versant nord de l’île cubaine, est devenu un symbole des excès de la «guerre contre le terrorisme» de l’administration de George W. Bush. Plus de 800 hommes et adolescents sont passés par le centre depuis son ouverture en janvier 2002, et environ 270 s’y trouvent encore, pour la plupart depuis des années, sans inculpation. Les deux successeurs potentiels du président Bush, le Démocrate Barack Obama et le Républicain John McCain se sont engagés à fermer le centre de détention à cause du tort fait à l’image de l’Amérique sur la scène internationale. George W. Bush lui-même a maintes fois évoqué son intention de fermer le gênant centre de détention. Mais l’administration américaine semble ne point savoir quel sort réserver dans ce cas aux détenus, notamment ceux qui ne trouvent toujours pas de pays d’accueil.
La journaliste Jane Mayer est l’une des meilleures spécialistes du renseignement et du contre-terrorisme à l’hebdomadaire américain de gauche The New Yorker. Son ouvrage, très documenté, de 392 pages avertit l’opinion internationale et américaine en particulier sur une réalité amère : «La guerre contre le terrorisme s’est transformée en une guerre contre les idéaux des Etats-Unis.» Le livre explique aussi comment dans les prisons de non-droit de Guantanamo, d’Abou Ghraïb, d’Afghanistan ou dans celles d’autres pays y compris en Europe, les Etats-Unis ont enfermé, clandestinement et sans charges, des milliers de personnes en les torturant ou en les faisant torturer, créant un véritable goulag des temps modernes.
Pour Jane Mayer, la lutte contre le terrorisme s’est transformée en «une guerre contre les idéaux américains». Parmi les hauts responsables américains chargés par Mme Mayer, le vice-président et faucon néo-conservateur Dick Cheney.
Ce dernier est présenté comme métamorphosé dans le mauvais sens par les attentats du 11 septembre 2001. «Pour comprendre la réponse auto-destructive de l’administration Bush au 11 Septembre, il faut regarder dans la direction de Dick Cheney, l’expert en apocalypses et le partisan sans complexes de l’élargissement du pouvoir présidentiel», écrit Jane Mayer. «Pour la première fois dans leur histoire, les Etats-Unis ont formé leurs fonctionnaires pour qu’ils torturent leurs prisonniers, faisant de la torture une loi», écrit-elle encore.
La journaliste fait remarquer que les Etats-Unis d’Amérique sont devenus le premier pays à justifier les violations de la convention de Genève, signée après la Seconde Guerre mondiale. Comble de l’ironie, le document d’origine de la célèbre convention est gardé soigneusement au… département d’Etat à Washington.

M. B.

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