En attendant d’entrer dans le vif des projets
L’UPM : les «pour» et les «contre»
Par Louisa Aït Hamadouche
Le projet UPM est ambitieux. Parmi ses ambitions, citons une zone de libre-échange comme il en existe dans d’autres grands pôles. En Amérique du Nord avec l’Alena, l’Amérique latine avec le Mercosur et l’Asie avec l’Asean. Citons également la priorité donnée au domaine environnemental et scientifique avec la lutte contre les bouleversements climatiques, la dépollution de la Méditerranée, l’agroalimentaire, la production et l’exportation de l’énergie solaire. L’autre grand volet sera consacré à l’éducation et aux échanges culturels. Tous ces projets sont supposés créer pas moins de 40 millions d’emplois d’ici à 2010, soit en moins de deux ans.
La Méditerranée des ambitions
Depuis longtemps, la Méditerranée est au centre de nombreux projets, dont certains ont été avancés depuis le milieu des années 1990 par des politiques et intellectuels européens. La plus proche de l’UPM est peut-être celle de Jean-Louis Guigou et Dominique Strauss-Kahn (Parti socialiste français et actuel directeur général du FMI). Dans un rapport intitulé «Construire l’Europe politique- 50 propositions pour l’Europe de demain» daté de 2004, ils cherchent à solutionner la crise issue du rejet néerlandais, danois et français du traité constitutionnel. L’une des propositions est l’union euroméditerranéenne (UEM) qui consisterait à ouvrir à terme l’Europe à l’ensemble des pays méditerranéens, en commençant par la Turquie dès 2010, puis les pays des Balkans, le Maghreb, la Russie et l’Ukraine. L’UEM était calquée sur le modèle du marché unique européen (politique agricole commune, fonds structurels, aide internationale…) pour devenir une vaste zone de libre-échange de cinquante pays et de plus d’un milliard d’habitants. Cet ensemble réaliserait plus de 80% du commerce entre eux et contrebalancerait la zone Amérique et l’ensemble Chine-Japon-Asie du Sud-Est à l’horizon 2015.
Face à la stagnation du processus de Barcelone, la France réinvestit le partenariat dit 5+5, qui remontait à 1983. Vingt ans plus tard, la proposition d’une «Initiative de sécurité» ouest-méditerranéenne est lancée à Lisbonne. Ce forum associe quatre pays européens (France, Espagne, Portugal et Italie) et les trois pays du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie). Les projets sont choisis en partenariat à partir d’intérêts identifiés en commun. Une première réunion d’experts en format 4+3 s’est tenue à Paris, en septembre 2004. Deux mois plus tard, Rome accueille une seconde réunion en format «5+5» (avec Malte, la Mauritanie et la Libye). Réunis à Paris le 21 décembre 2004, les ministres des dix pays décident d’établir une coopération sécuritaire multilatérale en Méditerranée occidentale : une déclaration d’intention est signée et un plan d’action est établi, avec pour priorités la surveillance maritime, la contribution des forces militaires, la protection civile et la sécurité aérienne. L’Initiative de sécurité 5+5 a été dotée d’une architecture légère à trois niveaux : d’abord, une réunion annuelle des ministres de la Défense pour dresser le bilan du plan en cours et approuver le plan d’exécution de l’année suivante, ensuite, réunion des responsables du ministère de la Défense (deux par pays) deux fois par an pour lancer et suivre les plans d’exécution et désigner des comités ad hoc d’experts, et, enfin, réunion des comités mettant en place les plans d’action.
Les méditerranéo-sceptiques et les optimistes
Opportunité et projet viables pour les uns ; utopie ou escroquerie pour les autres. Le débat est ouvert. Les critiques ne manquent pas et varient simplement d’intensité. Pourquoi ce qui n’a pas fonctionné dans le processus de Barcelone réussirait mieux dans l’UPM, entend-on ici et là ? Ce scepticisme est fondé sur un éventail de raisons. Sur le plan économique, rappelons que les Etats-Unis consacrent actuellement 20% de leurs investissements directs dans leur flanc sud, l’Union européenne seulement 2%. Pourquoi cela changerait-il, alors que les priorités de l’Europe sont toujours tournées vers l’Est ?
Les optimistes voient dans la conception du projet une grosse dose de pragmatisme, ce qui maximalise ses chances de réussite. Ainsi, contrairement au processus de Barcelone, n’est-il plus question de conditionnalités politiques, de démocratisation et des droits de l’Homme. La visite du président français en Tunisie et ses déclarations relatives au fait que la Tunisie n’avait pas de leçons à recevoir n’ont laissé aucun doute sur les choix et les priorités politiques de Paris. Et si la Libye était absente au sommet de l’UPM, ce n’est pas parce qu’elle a été marginalisée (comme dans les années 90), mais parce qu’elle a bruyamment décliné l’invitation. Quand le pragmatisme est là, les appétits s’aiguisent vite. Citons, à titre d’illustration, la Fondation pour le monde méditerranéen. Il s’agit d’une association de 30 entreprises (15 du Nord, 15 du Sud) directement inspirée du North American Competitiveness Council créé dans le cadre de l’Alena. Ce Conseil fait des recommandations aux chefs d’État des trois pays et conçoit des projets communs. La Fondation se propose donc de mener des projets et des expertises, de faire le lien avec les décideurs politiques et de faciliter le brassage des élites (entrepreneurs, chercheurs, experts). «Cet outil sera l’interlocuteur des institutions que décideront de mettre en place les hauts dirigeants réunis à Paris. Il favorisera les contacts entre les entreprises, accélérera les échanges entre les élites des pays méditerranéens, mettra ses réseaux d’affaires en contact avec les experts et les décideurs politiques.» Nul doute que les entreprises constituant cette fondation seront les premières bénéficiaires de ce mécanisme. Les pessimistes estiment cette façon de faire comme de l’opportunisme plus que du pragmatisme et que trop d’opportunisme tue les opportunités.
De plus, le projet a déjà connu trop de compromis, trop de révisions à la baisse pour qu’il puisse conserver sa substance à la fin. Emmanuel Español (historien) et Béatrice Patrie (députée européenne socialiste, présidente de la délégation pour les pays du Machrek), l’expliquent bien, en relevant quelques virages à 180° effectués seulement dans la phase préparatoire du lancement officiel de l’UPM. «L’Allemagne s’oppose à une Union pour la Méditerranée [UPM], réservée aux Européens du Sud dont elle serait exclue… l’UPM intègre désormais les vingt-sept pays européens ; l’Egypte, grande puissance africaine et acteur crucial du Machrek, n’était pas invitée il y a quelques mois… après son passage à Paris, voici Hosni Moubarak bombardé coprésident de l’UPM.
La France n’a pas un sou…
Nicolas Sarkozy reprend à son compte les projets déjà lancés par l’Union européenne tels que l’autoroute transmaghreb, la dépollution de la Méditerranée, le plan énergie Euromed.» A cette liste, on pourrait ajouter : les pays arabes évoquent la présence d’Israël comme obstacle à leur participation, il obtient celle spectaculaire du chef de l’Etat syrien.
L’UPM : quels moyens pour quels obstacles
Les optimistes parlent de partenariat gagnant-gagnant, permettant au Nord et au Sud de tirer des avantages. Ainsi l’Europe cherche-t-elle à enrayer l’immigration clandestine en développant la prospérité à la source, tandis que le Sud cherche plus de développement pour, entre autres, enrayer la fuite de ses compétences. L’Europe est vieillissante, le Sud (à fort taux de population en dessous de 35 ans) ne parvient pas à satisfaire sa jeunesse. Le Maghreb, à lui seul, compte déjà 85 millions d’habitants. Elargie à la totalité des pays de l’Union pour la Méditerranée, la manne passe à 140 millions. De l’avis d’experts, cela peut être soit une chance en créant un vrai réservoir de co-prospérité, soit un véritable frein régional. En 2007, le Maghreb comptait 90 millions d’habitants, et d’ici à 2030, il en sera à 115 millions, soit entre 17 et 23% de la population de l’UE. Plus précisément, les moins de 15 ans constituent 35 à 40% de la population et la proportion des jeunes en âge de travailler va encore croître. La population de l’UE vieillit et les naissances (7,3 millions par an) ne compensent plus les décès (8,1 millions par an). Par conséquent, l’UE sera demandeuse de la main-d’œuvre présente au sud de la Méditerranée.
Les pessimistes parlent des obstacles concrets, dont le budget et le déséquilibre économique structurel. «La gêne constatée des diplomates français quand il s’agit de parler de gros sous est sans doute la preuve la plus édifiante de l’immatérialité du projet.» Approximations, incohérences, tout reste à faire pour mettre en route cette Union pour la Méditerranée, relève Marina Mielczarek. Pour le moment, tout est flou, on sait seulement que chaque programme scientifique ou culturel aura son budget indépendant. Certains évoquent la restructuration des mécanismes de l’ancien processus de Barcelone (plus de dix milliards d’euros), d’autres promettent de nombreux fonds privés dont la liste n’est pas encore consultable. D’autres encore parlent de l’intervention de la Banque européenne de développement, de la Banque mondiale, et même de la Ligue des pays arabes. Les déséquilibres sont importants et, plus grave, ils s’accentuent. La dégradation de la situation sociale au Maghreb est d’autant plus grave que les performances macro-économiques ne se traduisent pas par une amélioration du développement humain. Le taux de chômage en Algérie et en Tunisie était à deux chiffres en 2007, respectivement de 13,8 et 14,5% avec des pics dans la catégorie des jeunes ; le chômage des jeunes diplômés dépasse 20%. Seul le Maroc affichait un taux de 9,8% en 2006. Ces chiffres ne tiennent pas compte des salariés précarisés : vacataires, saisonniers, emplois aidés, etc. Quand le diplôme est dévalorisé, ne garantissant plus l’accès à l’emploi qualifié, à la reconnaissance et à la promotion sociales, les canaux prolifèrent. Clientélisme, affairisme, corruption deviennent la règle. Le PNUD relève que, si les dépenses publiques dans l’éducation sont relativement comparables (autour de 7% du PIB), les taux d’analphabétisme des plus de quinze ans restent élevés (25,7% en Tunisie, 31,1% en Algérie), et dramatique au Maroc, 47,7%. Dans ce dernier, 14,3% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (2 dollars par jour par habitant), dont près de 70% vivent dans le milieu rural, contre 6,6% en Tunisie. L’Algérie, de loin le pays le plus riche, accuse paradoxalement 15,1% de pauvres.
Les optimistes rétorquent par d’autres arguments. Ils évoquent le fait que la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) connaît une forte croissance économique, accompagnée d’une hausse de la création d’emplois et d’un recul du chômage (rapport de la Banque mondiale, avril 2007). Pour la quatrième année consécutive, la région MENA a enregistré une croissance économique soutenue, combinée à de fortes recettes pétrolières, une vitalité grandissante du secteur privé et la hausse des investissements. Elle a, également, enregistré en 2006 l’un de ses plus forts taux de croissance depuis les années 70, tandis que le PIB réel augmentait de 6,3% en 2006, contre 4,6% entre 2000 et 2004. Un rapport moins récent de la Banque mondiale et de la SFI (Société financière internationale) sur la pratique des affaires en 2005 relève que, dans la région MENA, le Maroc affiche de bonnes performances en termes de création d’entreprises. Le royaume détient surtout le record de célérité des procédures : 11 jours. Il est suivi de la Tunisie (14 jours) et de l’Algérie (26 jours). Quant aux coûts les moins élevés pour la création d’entreprises, la Tunisie est la plus compétitive, talonnée du Maroc, laissant loin derrière l’Algérie. En revanche, les politiques de l’emploi («uhiring and firing», soit débauche-embauche) ont été analysées à travers les paramètres suivants : Sécurité sociale, politique et rigidité de l’emploi, santé, conventions collectives, législation… Il en ressort que le royaume alaouite est le pays le plus rigide en matière d’employabilité. L’échelle de rigidité d’emploi varie de 0 à 100 ; le Maroc est à 70. La plus mauvaise performance, mais très loin derrière la Tunisie et l’Algérie.
Les pessimistes auront-ils le dernier mot, avec l’exemple de l’Alena ? En 1994, le Mexique est quasiment autosuffisant en denrées alimentaires de base, notamment le maïs, plat national. Depuis, le Mexique a triplé ses importations de céréales et importe environ 40% de son alimentation. Les terres sont en jachère et 8 millions de fermiers mexicains en faillite sont placés clandestinement aux Etats-Unis. Chaque heure, le Mexique importe 1,5 million de dollars de nourriture et, chaque heure, 30 paysans mexicains s’exilent aux Etats-Unis. Sur le simple cas du maïs, les agriculteurs mexicains perçoivent en moyenne 700 dollars de subvention annuelle, leurs homologues américains, 21 000 dollars.
Récupération politique ou dérive stratégique ?
Sur le plan politique, beaucoup de doutes subsistent quant aux réelles motivations de cette initiative. D’abord, s’agit-il d’un projet français, européen ou méditerranéen ? Depuis la fin de la guerre froide, la France connaît un net recul en termes d’influence politique en Afrique. Sur le continent européen, l’Allemagne et les Etats-Unis ont tôt fait de combler le vide laissé par l’effondrement du bloc de l’Est. Au Moyen-Orient, il n’y a quasiment pas de place pour une puissance autre qu’américaine. La Méditerranée est donc l’espace dans lequel la France pense pouvoir se déployer en mettant en avant ses atouts économiques, son appartenance à cet espace, et sa volonté de le promouvoir. Mais ce qui est bon pour la France, est-il bon pour le reste de la Méditerranée ? Il est évidemment impossible de le savoir aujourd’hui. Cela dit, quelques indices pourraient s’avérer intéressants. Ainsi le sommet a-t-il été révélateur d’au moins un élément : la centralité du rôle politique de la France. Ou du moins, du rôle que la France ambitionne de jouer. Ce sentiment est lié à un élément en particulier, à savoir la propulsion du dossier israélo-palestinien et israélo-arabe sur le devant d’une scène où il ne devait pas figurer. Les médias sont allés jusqu’à comparer la poignée de main entre Olmert et Abbas à celle de Arafat et Rabin… Comment une telle comparaison a-t-elle pu être envisagée, ne serait-ce une seule seconde !? Ni le contexte historique, ni la dimension politique, ni les conséquences locales et régionales ne sont comparables à celles d’Oslo, même si les tensions actuelles sont bien réelles. Il s’agit donc d’une évidente volonté d’exagérer l’événement au profit des dirigeants français. C’est le premier point, mais pas le plus important. Le second point parait plus important, car il pourrait avoir de très graves conséquences. Le fait que le dossier proche oriental ait été introduit d’une façon aussi dominante ne peut être découplé des tensions actuelles concentrées autour de l’Iran. Plusieurs éléments laissent penser qu’il pourrait exister un lien direct entre les deux éléments.
Commençons par l’assistance mise sur la rencontre Abbas-Olmert et le prétendu accord imminent entre les deux parties. Même si personne n’est dupe, l’annonce a fait son effet. Passons à un deuxième élément clé, la Syrie. Accueilli avec tous les égards d’un responsable politique clé, Bachar El Assad a non seulement fait son grand retour sur la scène internationale, mais, par ricochet, a pris ses distances par rapport à l’Iran. La France a d’ailleurs largement abondé dans ce sens avec, notamment, le retour de l’affaire Drakkar. L’attentat perpétré au Liban en 1983 contre 58 soldats français avaient été imputé à la Syrie. Mais voilà qu’une source proche de l’Elysée s’évertue à laver Damas de tout soupçon, en accusant l’Iran et le Hezbollah.
Le troisième est lisible dans la déclaration finale où quatre des six principaux points peuvent, d’une façon ou d’une autre, être rattachés à l’Iran. Quand on sait les positions de la France par rapport à Israël et à l’Iran, il est difficile de ne pas établir de liens.
L. A. H.
- La grande manipulation ?
- Le TAS affirme que sa sentence est immédiatement exécutoire
- Affaire RCK / FAF : la sentence du 29 septembre est exécutoire, selon le TAS
- Football / CAN / CM 2010 : Algérie / Libéria : Echos de Monrovia...
- Algérie-Liberia : carte en règle !







Commentaires (15 envoyés):
AUX USA LA COMMUNITEE A SUIVI LE MATCH
DANS L'AMBIANCE ALGERIENNE .
ENCORE BRAVO , VOUS ETES DANS LES ANNALES DE FOOT ALGERIENNE
er à exercer son activité par effet rétroactif contraire à l'art.2 du code civil n'est il pas un abus et excés d'autorité de l'administration. cette ac
tivité se faisait avec tous les docu-ments nécessaires. Un décret et un arrê-té sont il au dessus de la loi. Que pen-
se ce lollectif d'avocats et Mr. le Pré-
sident des droits de l'homme.
elle a dit le sahara et marocain, pour vous reppler que vous etes sur la page ou on pale de leconomie mais pas le Maroc, ca se voit que vous sorter de votre cuisine, et je pense il vaut mieux retourner dans votre cuine et FERMER LA... ici on pas besoin de votre mechant oppinion
wa salaam alikom
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