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Téhéran fait monter les enchères autour de son industrie nucléaire

Les pressions internationales poussent à la radicalisation de la position iranienne

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Par Lyes Menacer

L’Iran ne veut pas céder sur son droit de se doter d’une industrie nucléaire. Elle répond aux pressions des capitales occidentales par de nouveaux défis qui font monter les tensions et rendent les négociations de plus en plus ardues. Le dernier défi en date est l’ordre donné par le président iranien Mahmoud Ahmadinejad de construire dix nouvelles usines pour l’enrichissement de l’uranium appauvri qui peut servir l’industrie nucléaire, aussi bien civile que militaire. La veille, le Parlement avait applaudi à la décision de son gouvernement de «réduire sa coopération» avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) après l’adoption, vendredi dernier, d’une résolution condamnant l’Iran pour sa politique nucléaire. Dans un discours devant les députés, le président du Parlement, Ali Larijani, a affirmé que cette résolution pourrait ouvrir la voie à de nouvelles sanctions de l’ONU. Elle constituait, pour lui, une véritable et inacceptable «tricherie politique». La résolution adoptée par l’AIEA à une large majorité de ses 35 membres (25 votes pour, 3 contre et 7 abstentions) avait, entre autres, demandé la «suspension» de la construction du site nucléaire de Fordo à Qom (centre du pays), et dont Téhéran avait dissimulé l’existence jusqu’en septembre dernier. Pour sa part, l’ambassadeur d’Iran à l’AIEA, Ali Asghar Soltanieh, avait déjà affirmé samedi que son pays pourrait limiter sa coopération avec l’Agence aux seules dispositions du Traité de non-prolifération (TNP) dont l’Iran est signataire. Mahmoud Ahmadinejad était allé très loin dimanche en déclarant que son pays pourrait produire lui-même de l’uranium enrichi à 20%, au lieu de confier cette tâche à la Russie et à la France comme cela a été convenu lors de la dernière réunion de l’AIEA à Vienne (Autriche), le mois dernier. L’AIEA avait, pour rappel, proposé à l’Iran d’échanger son uranium faiblement enrichi (3,5%) contre du combustible nucléaire (uranium enrichi à 20%) pour son réacteur de recherche médicale à Téhéran. Le processus d’enrichissement devait se dérouler en Russie puis en France dont la participation à la réunion de Vienne avait été au départ rejetée par l’Iran. Donc, au fil des jours et depuis début novembre dernier, la situation s’est davantage corsée et les négociations sont au point mort.

L’Iran veut s’imposer comme maître du jeu
Le discours à la fois conciliant et menaçant des Etats-Unis n’est pas du goût de l’Iran qui se montre maître du jeu, tout en continuant de nier une quelconque existence d’un programme nucléaire militaire secret. Mais l’Occident, qui peine à imposer son contrôle sur l’industrie nucléaire iranienne, demeure convaincu que ses craintes ne sont pas de l’ordre de la paranoïa mais qu’elles sont bien réelles. L’ancien empire perse a suffisamment de capacités matérielles et dispose aussi de suffisamment d’uranium faiblement enrichi pour fabriquer une bombe atomique, selon les Etats-Unis et leur allié Israël, un proche voisin de l’Iran qu’il considère comme l’ennemi numéro un dans la région du Moyen-Orient. Le scepticisme des grandes puissances (Allemagne, France, Russie, Etats-Unis, Chine et Grande-Bretagne) a été conforté par l’annonce par l’Iran de l’existence d’un site pour l’enrichissement de l’uranium dans la province de Qom. Les portes de ce site avaient été ouvertes le mois dernier aux inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique qui avaient indiqué dans leur rapport n’avoir rien découvert d’inquiétant. Mais le fait que l’Iran ait pu cacher à l’AIEA l’existence du site de Qom et qu’il ait menti sur la date du début des travaux de sa construction a suscité des doutes au sein de la communauté internationale.

L’AIEA peut-elle encore mener le bal des négociations ?
De nombreux pays, à leur tête les grandes puissances, estiment que l’Iran pourrait avoir d’autres sites qu’elle cache aux inspecteurs de l’AIEA qui commence sérieusement à perdre du terrain devant les Etats-Unis et les pays impliqués dans le processus des négociations avec Téhéran. Autrement dit, la mission du nouveau chef de cette agence, le Japonais Yukiya Amano, qui prend ses fonctions à partir d’aujourd’hui après douze ans de règne de l’Egyptien Mohamed El Baradei, ne sera pas de tout repos. M. Amano doit d’abord réussir à apaiser les nouvelles tensions entre l’Iran et les pays occidentaux qui accusent Téhéran de jouer à un «jeu dangereux» en s’«entêtant» à «ignorer les demandes» de l’AIEA concernant le sujet de l’arrêt de la construction du site de Fordo qui devrait être opérationnel dès 2011.
Les déclarations dénonçant la décision de l’Iran de construire dix nouvelles usines d’enrichissement de l’uranium sont tombées en cascade, condamnant unanimement Téhéran accusé de faire monter les enchères, sachant qu’une intervention militaire sur son sol n’est pas à l’ordre du jour et serait dangereuse pour le monde entier. C’est d’ailleurs ce qu’a laissé entendre le président du Parlement iranien hier dans une déclaration devant les députés. «Je pense qu’il existe encore une opportunité diplomatique et il est dans leur intérêt [les Occidentaux] de l’utiliser», a-t-il déclaré en exhortant ces derniers à accepter le programme nucléaire iranien, ont rapporté plusieurs médias. «Une des options serait qu’ils acceptent que l’Iran développe sa technologie nucléaire sous la supervision de l’AIEA. S’ils ne l’acceptent pas, l’Iran devrait alors protéger ses capacités nucléaires», a indiqué M. Larijani, estimant que l’Occident devait répondre à cette question. Sûr du soutien implicite de la Russie et de la Chine, l’Iran semble vouloir aller jusqu’au bout de sa logique en devenant la troisième puissance dans l’Asie du Sud, aux côtés de l’Inde et du Pakistan.
La question se pose sur les capacités du nouveau chef de l’AIEA à éviter au monde un éventuel embrasement militaire dans cette région de la planète, déjà minée par la guerre contre les talibans en Afghanistan et au Pakistan.

 L. M.

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