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Le dialogue n’est pas au programme des talibans

Afghanistan : le risque d’un sanglant enlisement se précise

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Par Hasna Yacoub

La violence connaît une importante recrudescence en Afghanistan à dix jours seulement de l’élection présidentielle qui se tiendra le 20 août prochain. Hier matin, les talibans ont attaqué à la  roquette et à l’arme automatique plusieurs bâtiments gouvernementaux à 50 km au sud de Kaboul. Un attentat suicide à la bombe a également visé les forces de l’OTAN dans la province de Kunduz dans le Nord. Un kamikaze conduisant une voiture remplie d’explosifs l’a fait exploser près des troupes de la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF). Toujours dans la province de Kunduz, une autre attaque a visé un véhicule transportant des soldats allemands.
Les militaires d’Outre-Rhin sont sortis indemnes de l’attentat mais le transport de troupes a été endommagé. Ce regain de violence à la veille de la deuxième élection présidentielle de l’histoire du pays perturbe sérieusement la préparation du scrutin. Il risque surtout de dissuader nombre de citoyens afghans d’aller voter, préviennent les Nations unies dans un rapport. L’ONU affirme qu’«il n’est pas surprenant que la peur et l’intimidation voilée ou manifeste qui caractérise l’insurrection créent une réticence à faire campagne ou à aller voter». Les talibans, qui ont multiplié les attentats ces dernières semaines, ont appelé la population à boycotter le scrutin dont ils ont promis de perturber l’organisation. Malgré ces menaces et les attaques qui ont atteint ces derniers mois leur pire niveau dans le pays depuis le renversement des talibans en 2001, des responsables américains ont déclaré que le scrutin se déroulerait comme prévu et que les électeurs pourraient se rendre aux urnes en sécurité. «Le peuple afghan est prêt et il attend. Notre but est […] qu’il ait l’occasion de choisir librement et dans la sécurité son prochain dirigeant», a déclaré la représentante permanente de Washington à l’ONU, Susan Rice.
Mais sur le terrain, la réalité est tout autre. La violence a amené certains candidats à renoncer à faire campagne. Neuf personnes ont déjà été tuées dans des attaques directement liées à l’organisation de l’élection et de nombreuses tentatives d’assassinat sont enregistrées. Les talibans ont d’ailleurs diffusé des menaces à la radio dans deux provinces et distribué des tracts menaçants dans deux autres.
Ainsi, le risque d’un sanglant enlisement se précise en Afghanistan et les dirigeants occidentaux évoquent de plus en plus l’inévitable dialogue avec les talibans. Mais les rebelles ne semblent pas prêts à aller vers cette solution.
Le président afghan Hamid Karzai, favori de l’élection du 20 août, a fait de l’ouverture de négociations avec les insurgés l’une des promesses phares de sa campagne présidentielle. Il a même proposé la médiation du roi Abdallah d’Arabie saoudite. Les dirigeants occidentaux, qui n’ont jamais autant perdu de soldats en Afghanistan depuis leur arrivée pour chasser les talibans du pouvoir à la fin de 2001, soutiennent également l’idée d’un dialogue avec les rebelles «modérés». Mais c’est loin d’être gagné. Karzai ne semble pas être l’homme des négociations si on rappelle que, pour sa réélection, le président afghan a choisi comme potentiels vice-présidents, deux anciens chefs de guerre ayant combattu les talibans dans les années 1990, Mohammad Qasim Fahim et Karim Khalili. Il est également allié au chef de guerre ouzbek Abdul Rashid Dostom, accusé d’avoir tué des milliers de combattants talibans, y compris en massacrant ceux qui s’étaient rendus après l’invasion américaine de la fin de 2001. De plus, qu’est-ce qui pousserait aujourd’hui les talibans à négocier ? Sont-ils en position de faiblesse ? C’est loin d’être le cas puisque ces derniers continuent à opérer normalement depuis le Pakistan. Ils s’en tiendront donc à leur première requête, défendue depuis 2001 : pas de négociation sans départ préalable des quelque 100 000 soldats étrangers déployés dans le pays pour soutenir le gouvernement. «Nous ne parlerons jamais au gouvernement de marionnettes de Karzai», a  déclaré l’un des porte-parole des talibans, Yousuf Ahmadi, cité par l’AFP.  Et les négociations avec les Occidentaux ne risquent pas également d’avoir lieu surtout après la déclaration, dimanche dernier, du conseiller à la sécurité nationale du président américain, Barack Obama, dans laquelle il a affirmé que son pays n’exclut pas d’envoyer des renforts supplémentaires en Afghanistan. Quant à l’espoir des Occidentaux de dialoguer avec une frange «modérée» des talibans, Yousuf Ahmadi y a mis un terme en soutenant qu’«il n’y a pas de divergences. Le concept de taliban modéré n’est qu’une invention des envahisseurs étrangers». Restent, enfin, les rumeurs faisant état d’une guerre de succession entre talibans après la mort présumée de leur chef, Baïtullah Mehsud, probablement tué mercredi dernier dans un tir de missile américain. De hauts dirigeants talibans qui ont démenti et la mort de Baïtullah Mehsud et la guéguerre interne, accusent les autorités de mensonges et de propagande.
Mais, même si la mort de Baïtullah Mehsud se confirmait, elle serait, certes, une victoire pour les Etats-Unis et les autorités pakistanaises mais une vague d’attentats en représailles serait également à redouter.  

H. Y.

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