Le président Mamadou Tandja insiste sur un troisième mandat
Réelle menace sur une démocratie naissante au Niger
Par Lyes Menacer
Décidé à briguer un troisième mandat contre vents et marées, le président nigérien, Mamadou Tandja, 71 ans, s’est octroyé vendredi dernier des «pouvoirs exceptionnels» en activant l’article 58 de la Constitution qui lui offre la possibilité de gouverner par le biais d’ordonnances et décrets, lorsque «l’indépendance de la République est menacée».
Cette annonce a soulevé un véritable tollé au sein de la classe politique nigérienne de l’opposition qui a vu dans une telle décision un «coup d’Etat» de la part de Tandja qui veut à tout prix avoir sa VIe république.
Un appel à la désobéissance a d’ailleurs été lancé à l’armée pour mettre fin à l’ambition du président Tandja de garder le pouvoir pour cinq années de plus. La genèse du conflit qui a plongé le pays dans une profonde crise politique remonte au début du mois de mai dernier lorsque le président nigérien avait annoncé la tenue d’un référendum ayant pour objet l’adoption d’une nouvelle Constitution qui mettrait fin à la limitation des mandats présidentiels à deux quinquennats successifs. Mamadou Tandja, qui a convoqué le corps électoral pour le 4 août prochain, s’est vu signifier un refus catégorique de la part de la Cour constitutionnelle qui a annulé le décret qu’il avait signé. Ce refus est intervenu suite à une requête des partis de l’opposition et des ONG locales auprès de cette institution dont les décisions ne sont pas susceptibles d’appel et qui s’imposent même au président de la République. «La Cour a déclaré la requête recevable, annule le décret du 5 juin 2009 portant convocation du corps électoral pour le référendum sur la Constitution de la 6e République», avait annoncé un député le 12 juin dernier devant les autres membres du Parlement nigérien à qui revient la charge d’élire les membres de cette haute juridiction. Dans son arrêt, la Cour constitutionnelle avait en fait estimé que «le décret consacre un véritable détournement de pouvoir en ce sens que le président de la République s’est érigé en constituant, en violation de la Constitution actuellement en vigueur».
Durant les premiers temps, les alliés du Président avaient tenté de «rallonger» l’actuel mandat de trois ans mais leur stratégie avait tout simplement échoué. L’idée de changement de la Constitution s’était alors imposée mais la société civile, les partis de l’opposition et les ONG ont vite réagi, manifestant rapidement leur hostilité à ce projet. Le 17 mai, déjà, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a prévenu que le Niger, qui en est membre, s’exposerait à des «sanctions» s’il organisait le référendum. Mamadou Tandja était resté imperturbable. Il avait persisté à déclarer qu’il ne faisait que répondre aux vœux de ses gouvernés qui auraient souhaité le voir garder le trône pour un quinquennat de plus. La manifestation dans la capitale Niamey de dizaines de milliers de citoyens contre un troisième mandat a constitué pour l’opposition un sérieux démenti et un argument réfutant les déclarations du Président. La manifestation pacifique s’était déroulée sous la houlette du Front de défense de la démocratie (FDD), une coalition de partis, de syndicats et d’ONG. Moins d’une semaine après cette manifestation, début juin, Tandja, au terme de son deuxième quinquennat, qui s’achève le 22 décembre 2009, a dissous le Parlement car il constituait pour lui un grand obstacle. La date de la tenue d’une élection législative anticipée a été fixée par le Conseil des ministres au 20 août. La situation s’est davantage aggravée, suscitant des réactions de la part de la communauté internationale, à sa tête les Etats-Unis et le Canada. A ces critiques parvenant de l’étranger s’était ajoutée l’annonce d’une grève générale, observée le 18 juin dernier, par les sept centrales syndicales du Niger. La grève de ces syndicats, regroupant le secteur public et privé, avait été jugée «illégale» par un juge d’un tribunal de Niamey qui a motivé sa décision par le fait que la question du référendum, «bien qu’elle soit une préoccupation des travailleurs, ne doit pas les pousser à observer une grève». Depuis l’avènement de la démocratie en 1993, ce pays, colonie française de 1890 à 1960, n’avait pas connu de tels événements. L’utilisation de la télévision d’Etat par Mamadou Tandja n’a pas réussi à inverser la tendance de l’opposition, hostile à un troisième mandat. Encore moins sa lettre menaçante par laquelle il avait pas saisi la Cour constitutionnelle «aux fins de voir considérer et déclarer l’inexistence juridique de l’arrêt du 12 juin 2009 [...] tirer toutes les conséquences de cette inexistence juridique». L’entêtement du Président à maintenir la date du 4 août pour la tenue du référendum a provoqué la défection dans son gouvernement qui a vu le retrait de huit ministres issus de son principal allié, la Convention démocratique et sociale (CDS). Ce parti, dirigé par le président du Parlement dissous, Mahamane Ousmane, avait apporté à Tandja un appui décisif lui permettant de gagner aux présidentielles de 1999 et de 2004. Dans la foulée, les partisans de l’ancien chef de gouvernement, Hama Amadou, ont annoncé vendredi la création d’un nouveau parti politique, le Mouvement démocratique nigérien (Moden), marquant ainsi leur rupture avec le parti au pouvoir. Pour rappel, Hama Amadou, était l’«ex-dauphin» du président Mamadou Tandja dont il a été le Premier ministre pendant sept ans. C’est lui aussi qui avait dirigé le Mouvement national pour la société de
développement (MNSD, au pouvoir) de 2005 jusqu’à son incarcération en juin 2006 dans une prison de haute sécurité pour détournement présumé de fonds publics. Le 23 avril, il a été remis en liberté conditionnelle et séjourne depuis en France pour des «raisons de santé», dit-on. L’ambition du Modem est de participer à toutes les échéances électorales prévues cette année, y compris la présidentielle du mois de décembre prochain. Amputé du soutien de ses principaux alliés politiques, qui bénéficient eux aussi de l’appui d’une grande partie de la société civile, le président Tandja risque avec son entêtement de conduire le pays vers les portes de l’inconnu, au moment où le Niger a retrouvé une certaine stabilité politique doublée d’une croissance économique satisfaisante durant l’exercice 2008. Sa décision de s’arroger des «pouvoirs exceptionnels», en se justifiant par l’article 58 du texte de la Constitution qu’il cherche à modifier selon ses desseins, démontre les limites de la culture politique et de l’exercice du jeu démocratique sur le continent noir. L’exemple du président gabonais, Omar Bango, qui a régné pendant 41 ans jusqu’à sa mort il y a deux semaines, ne semble pas inspirer positivement Mamadou Tandja dont l’ambition personnelle ne servirait qu’à replonger son pays dans une nouvelle crise politique. Car il ne faudrait pas oublier que la déstabilisation du Niger pourrait être accompagnée d’un bradage des ressources naturelles (or, uranium, pétrole, fer et charbon) par des multinationales assoiffées de gain.
L’utilisation du territoire nigérien comme zone de repli des groupes terroristes opérant dans le Sahel, à leur tête Al Qaïda au Maghreb islamique, n’est pas non plus à écarter dans ce cas précis. Et cela ne ferait que compliquer la tâche de tous ceux qui luttent contre le terrorisme dans cette zone de l’Afrique.
Le problème nigérien ne devrait pas être uniquement le souci des partis politiques locaux ou de la société civile, il devrait constituer la préoccupation de l’ensemble des pays voisins et de l’Union africaine dont le rôle est d’œuvrer à la stabilisation du continent pour lui assurer une meilleure prospérité.
L. M.
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