La dépendance alimentaire piégée par les exportations de matières premières
La sécurité économique : entre nécessités vitales et facilités mortelles
Par Louisa Aït Hamadouche
Est-il nécessaire de rappeler que la flambée des cours des denrées alimentaires (+53% au cours des quatre premiers mois de 2008 par rapport à la même période de 2007) a touché de plein fouet les plus pauvres de la planète, provoquant des émeutes en Afrique, dans les Caraïbes, en Asie et à Haïti. Selon la Banque mondiale et les organisations humanitaires, la flambée des prix alimentaires peut faire basculer 100 millions de personnes dans la famine. Environ 850 millions souffrent déjà de la faim.
L’Afrique compte actuellement 750 millions d’Africains. Elle en comptera 1,5 milliard en 2030. D’ici à 2050, la population africaine aura doublé, et se sera davantage urbanisée. Plus du tiers de la population du continent vit déjà en dessous du seuil de pauvreté et en milieu rural. La facture alimentaire de l’Algérie est de 5 milliards de dollars et seules 50% des terres agricoles sont cultivées. Pour l’Algérie comme pour tous les autres pays dépendants, l’augmentation de la production agricole locale est une urgence vitale. A l’échelle mondiale, la production alimentaire devra augmenter de 50% pour faire face aux besoins d’ici à 2030. Comment atteindre cet objectif ?
Sécurité et défense économiques
La sécurité économique est un savant mélange entre vision réaliste et libérale du monde. Car si la vision libérale du monde est fondée sur l’interdépendance et la fonction régulatrice de l’économie sur les relations internationales, la conception réaliste est basée sur les rapports de force et de domination. La sécurité économique est à la croisée de ces deux chemins.
Car la sécurité économique matérialise le rapport information-pouvoir-puissance, et constitue en fait «un facteur de domination». D’où ce que Franck Bulinge appelle une «dérive symptomatique d’un système fondé sur la domination plutôt que sur le partage», liée à «l’espionnage économique, tout comme [au] patriotisme économique». La sécurité économique est une dynamique dans laquelle l’information stratégique, le renseignement économique et l’économie concurrentielle se complètent ou du moins sont supposés se compléter. La sécurité économique comprend deux volets : la sûreté (protection du secret, contre-espionnage) et l’investigation (enquête, espionnage). Essentiellement, la défense économique veille au maintien de la continuité économique, au fonctionnement général de l’économie. Une politique de sécurité économique s’appuie sur la «définition d’un périmètre stratégique de l’économie nationale, c’est une politique d’influence, notamment auprès des organismes où s’élaborent les normes qui règlent la vie économique».
Dans cette perspective, elle vise la prévention des dysfonctionnements économiques, la préparation et la gestion des crises susceptibles d’intervenir. Cette mission passe par la protection et la sécurité des infrastructures et des secteurs d’activité d’importance vitale, la protection du patrimoine scientifique et technique des administrations et des entreprises, la sécurité des systèmes d’information et la protection du secret de la défense nationale. Compte tenu de ses caractéristiques propres et de la nature des relations économiques actuelles, la défense économique est à la fois une fonction régalienne et partenariale. La fonction régalienne veille au fonctionnement général de l’économie, à titre préventif ou curatif (gestion des crises). La dimension partenariale fait de l’Etat un partenaire, coopérant avec les entreprises. Cette coopération s’impose pour la protection et la sécurité des systèmes d’information, pour la protection du patrimoine, de plus en plus de la responsabilité des entreprises, pour accroître la compétitivité face à la concurrence et à la mondialisation, en s’appuyant notamment sur la maîtrise du savoir au moyen de l’intelligence économique, volet de la défense économique en relation avec l’information économique ouverte.
Insécurité alimentaire : les solutions par les causes
Plus générale, la notion de sécurité économique commence par l’essentiel, la sécurité alimentaire, laquelle a toujours été relative, présente et garantie dans les pays les plus développés, aléatoire ou quasi absente dans les autres. La différence entre la relativité passée et la situation actuelle vient de l’aggravation de l’insécurité alimentaire et sa propagation. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon disait encore récemment que «le monde ne pouvait pas se permettre d’échouer». Plaçant la barre très haut, il demandait aux plus riches un effort financier de 15 à 20 milliards de dollars par an. Mais les secrétaires généraux sont rarement écoutés. La FAO a, finalement, annoncé le lancement d’une «initiative d’urgence» de 17 millions de dollars pour lutter contre la flambée des prix des denrées de base.
Les solutions à l’insécurité alimentaire se situent à deux niveaux. Le premier est celui de la production. Il s’agit alors de produire plus et de produire mieux. Produire davantage car la demande augmente en même temps que la croissance de la population mondiale et son vieillissement. Produire mieux concerne la nécessité de cibler les produits les plus consommés, d’une part, et de promouvoir très concrètement la production locale, d’autre part.
L’agriculture a reculé dans les pays qui souffrent le plus d’insécurité alimentaire au nom d’une doctrine économique selon laquelle les secteurs secondaire et tertiaire sont plus avantageux en termes de développement, et l’importation des produits alimentaires, plus rentable que la production locale, plus chère en raison des moyens, de la productivité, etc. Jacques Faye, (sociologue du monde rural, ancien directeur de l’Institut sénégalais de recherche agricole), est l’auteur d’une excellente étude sur le comment et le pourquoi d’une révolution verte en Afrique. L’état des lieux est de effrayant, puisque, plus les besoins augmentaient, plus la production baissait. Dans les années 60, un agriculteur dans le bassin arachidier au Sénégal produisait une tonne par hectare. En 2008, il produit 600 à 800 kg par hectare. Il produit moins, alors que la productivité aurait dû exploser en 40 ans. Un pays comme le Nigeria prétend avoir la capacité de devenir le «panier alimentaire» de l’Afrique, mais reconnaît que ses exploitations agricoles dépendent à 90% des précipitations, ce qui les rend vulnérables au changement climatique, et que ses 14 millions de petits propriétaires recouraient encore à des techniques rudimentaires.
Réduire l’insécurité alimentaire implique donc le retour à la production locale, laquelle est conditionnée par la révision totale du statut du monde rural, séparé du monde urbain par un fossé d’inégalités en termes de conditions de vie, d’accès aux infrastructures, aux services publics, etc. Il faut donc investir dans la recherche, les infrastructures, les services publics, l’éducation et la formation, mais il faut aussi et surtout des solutions politiques à un problème politique. Le recours à l’importation est un choix politique qui permet d’acheter à court terme la paix sociale et de satisfaire les lobbys, clans, groupes d’intérêts impliqués dans l’import. La politique traite également de la question du foncier, un problème épineux que connaissent la plupart des pays africains. La corruption des systèmes politiques clientélistes, les détournements des deniers publics, de l’aide publique au développement et du foncier sont monnaie courante. Les «décideurs politiques transfèrent systématiquement les terres agricoles à leurs clientèles politiques afin de calmer les populations urbaines. On n’en parle pas, alors que cette pratique dépasse de très loin les montants de la corruption par l’argent direct. L’Etat est le principal créateur d’insécurité foncière au niveau des exploitations agricoles familiales», dénonce Jacques Faye. Le directeur de la Banque mondiale, accusé par ses détracteurs d’avoir négligé l’agriculture, a annoncé que l’institution avait l’intention d’accroître de 50% à 6 milliards de dollars l’an prochain son effort dans ce secteur. Le plan d’action de la BM se concentrera sur les 20 pays les plus vulnérables et prévoit la fourniture de semences et de fertilisants aux pays en développement.
Le second niveau se rapporte au commerce et à l’exportation. Sur ce point, la demande concerne la levée des restrictions aux exportations, lesquelles encouragent la flambée des prix et touchent les populations les plus pauvres. Inutile de parler des subventions dont bénéficient les grands producteurs européens et américains, lesquels sont quasiment intouchables en raison de la puissance des lobbys agricoles. Yvette Cooper, secrétaire britannique au Trésor, a exhorté l’Union européenne à réformer sa politique agricole, qui coûte chaque année plus de 40 milliards d’euros aux consommateurs, et à suspendre certaines taxes douanières sur des produits alimentaires. Jacques Diouf, directeur général de l’Organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a noté, quant à lui, que les pays riches consacraient des milliards de dollars aux subventions agricoles et à une consommation alimentaire marquée par l’excès et le gaspillage. «Les excès de consommation des personnes obèses coûtent 20 milliards de dollars par an, à quoi il faut ajouter des coûts indirects de 100 milliards de dollars résultant de maladies qui s’y rattachent et de décès prématurés.» Selon des ONG humanitaires, le Japon et la Chine contribuent à la forte hausse des prix du riz en limitant leurs stocks. Le Premier ministre japonais, Yasuo Fukuda, a promis à la conférence de débloquer au moins 300 000 tonnes de riz d’importation stockés afin de combattre la crise.
L’intelligence économique…
Le concept est relativement récent, puisqu’il date d’une quinzaine d’années. L’intelligence économique consiste à «rechercher et à analyser les informations indispensables pour permettre aux entreprises d’anticiper et d’agir sur leur marché» [dixit Patricia Auroy, présidente du Groupement des compétences pour l’information et la compétitivité (GCIC)]. Le but est d’anticiper sur les marchés à venir, d’appréhender les stratégies des concurrents, de diffuser correctement les informations en interne pour être capable de développer et de préserver leurs avantages compétitifs. Les moyens utilisés sont légaux, ce qui exclut l’espionnage. Les sources d’information sont très nombreuses (visibles et invisibles, formelles et informelles, ouvertes et fermées, sur Internet et hors Internet). L’intelligence économique comprend la ou les stratégies d’influence. Car une entreprise doit préparer les esprits, accompagner le déploiement de ses produits et se défendre des attaques indirectes des concurrents de manière quasi permanente. «L’époque où une bonne stratégie garantissait la victoire est révolue. Aujourd’hui, il faut expliquer qu’elle est bonne, et, pendant son déploiement, elle peut contrer les agressions en tous genres voulant la déstabiliser», affirme Alain Juillet, haut responsable en charge de l’intelligence économique auprès du Premier ministre au Secrétariat français général de la défense nationale (SGDN). André Added, président de l’Institut français d’intelligence économique (IFIE), précise que les données recherchées sont d’ordre financier, technique, juridique, et que les destinataires sont les responsables d’entreprise. Nathalie Quéruel cite une estimation de la Fédération des professionnels de l’intelligence économique (FEPIE), selon laquelle il y aurait quelque 200 prestataires de services opérant dans ce domaine, réalisant un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros et employant un millier de personnes. Ils sont présents dans les cabinets de conseil, dans les entreprises, le secteur public, etc. Un exemple concret, Schneider Electric a créé une cellule d’intelligence économique au sein de la direction de la stratégie de cinq analystes en 2005. Cette cellule fait de la veille, suit les sites Web, surveille les entreprises du secteur, produit des études ad hoc (organisation commerciale d’un concurrent, benchmark de performance financière par segment de marché, etc.) et anime un réseau de correspondants «veille» dans les pays et les centres de profit.
Concernant l’Europe, Alain Juillet relève que l’intelligence économique est pratiquée à un niveau très variable. Les Anglais et les Suédois sont très en avance, les Français tentent de combler leur retard, mais d’autres en sont au tout début. Le Groupe permanent pour l’intelligence économique qui se réunit tous les 15 jours à Matignon est un point central qui permet d’orienter et de centraliser les actions du dispositif. Les Américains sont en avance, car ils travaillent dessus depuis 20 ans. L’Inde est au même niveau que la France, et la Chine est particulièrement intéressée par les nouvelles techniques d’acquisition, de traitement et de protection de l’information.
…dans les pays en développement
Qu’en est-il dans les pays en développement ? Les Chambres de commerce et d’industrie (CCI) tunisiennes s’intéressent de plus en plus à la compétitivité des entreprises, liée à la capacité à accéder aux informations, à les traiter en interne pour élaborer leur stratégie. Ainsi les CCI multiplient-elles les initiatives individuellement et collectivement pour se doter des moyens permettant d’accompagner les entreprises dans leur démarche de recherche d’informations et de connaissances sur leur environnement. Une action d’initiation à l’intelligence économique organisée en septembre 2007 en collaboration avec la GTZ/Commerce international. CoVigilance bureau consult, spécialisée en ingénierie de veille, est présente en Tunisie et devrait l’être aussi au Maroc. Et finalement, c’est en 2007 que le centre de documentation et de veille technologique a été ouvert pour répondre aux besoins des PME/PMI qui ne peuvent pas mobiliser les moyens financiers et le temps nécessaire pour mettre en place un système de veille. Ce centre d’anticipation concurrentielle permettra aux entreprises de mener des missions qui leur permettront de mieux appréhender les menaces et les opportunités. Il est à signaler que le secteur des industries mécaniques, électriques et électroniques compte 820 entreprises, lesquelles réalisent un taux de croissance de 26% et assurent l’exportation d’une bonne partie de leurs activités. Parmi les segments porteurs, citons les composants automobiles, les fluides et le stockage du gaz.
Concernant l’Algérie, Abderrahmane Abdou, chercheur au Cread, estime que les entreprises pratiquent depuis toujours la collecte de l’information et non l’intelligence économique. Pour y remédier, «l’Etat doit aider les petites et moyennes entreprises en leur créant un système d’intelligence économique, car son rôle est de les assister». Il faut dire que, dans certains pays, des structures chargées de l’intelligence économique ont été créées dans ce but. La Tunisie voisine en est un exemple.
Le Sénégal a décidé de renforcer les actions de l’intelligence économique en commençant par la «constitution de banques de données sur les grappes de convergence et la mobilisation des informations stratégiques acquises par l’administration centrale et les renseignements au profit de la compétitivité des entreprises». Thiendou Niang relève, par ailleurs, que le gouvernement a opté pour l’utilisation des ressources extérieures telles que les émigrés sénégalais et les responsables des missions économiques dans les ambassades ; de même qu’une grande entreprise algérienne a noué un partenariat avec un des premiers acteurs mondiaux de l’information juridique, économique et financière, pour l’analyse de contenus sur ses priorités stratégiques. En Afrique du Sud, Competitive Business Intelligence Analysis (Cbia) fournit des services de conseil, de formation et donne des analyses utiles à la prise de décision.
Conseil de sécurité économique et social
Puisque la sécurité économique dépasse de très loin les frontières des Etats, pourquoi ne serait-elle pas perçue, appréhendée et gérée à la manière de la paix et de la sécurité internationale ? Stéphane Hessel propose une piste intéressante, consistant à doter les Nations unies d’une instance comparable au Conseil de sécurité, mais qui serait spécialisée dans les questions économiques. Son rôle serait de dynamiser et de coordonner l’ensemble des institutions économiques, financières existantes vis-à-vis des questions relevant de la pauvreté, des grandes pandémies, de la pollution, de la marchandisation des biens publics, etc. Les Nations unies ont organisé de grandes conférences sur la santé, les droits de la femme, la lutte contre la pauvreté, les enjeux démographiques, les droits de l’Homme ; ses actions pourraient être encadrées dans un Conseil de sécurité économique et social. Il aurait la même capacité de décision que le Conseil de sécurité actuel et ressemblerait à un G8 élargi. Il regrouperait les grands pays du Nord et du Sud ainsi que les pays ayant la population la plus nombreuse. Il serait accompagné d’un secrétariat général, qui fonctionnerait comme un procureur signalant les décalages entre les promesses et les actes. Son rôle serait d’inciter, enfin, au respect des normes fixées et de veiller à l’application des programmes d’action.
L. A. H.
- La grande manipulation ?
- Le TAS affirme que sa sentence est immédiatement exécutoire
- Affaire RCK / FAF : la sentence du 29 septembre est exécutoire, selon le TAS
- Football / CAN / CM 2010 : Algérie / Libéria : Echos de Monrovia...
- Algérie-Liberia : carte en règle !







Commentaires (15 envoyés):
AUX USA LA COMMUNITEE A SUIVI LE MATCH
DANS L'AMBIANCE ALGERIENNE .
ENCORE BRAVO , VOUS ETES DANS LES ANNALES DE FOOT ALGERIENNE
er à exercer son activité par effet rétroactif contraire à l'art.2 du code civil n'est il pas un abus et excés d'autorité de l'administration. cette ac
tivité se faisait avec tous les docu-ments nécessaires. Un décret et un arrê-té sont il au dessus de la loi. Que pen-
se ce lollectif d'avocats et Mr. le Pré-
sident des droits de l'homme.
elle a dit le sahara et marocain, pour vous reppler que vous etes sur la page ou on pale de leconomie mais pas le Maroc, ca se voit que vous sorter de votre cuisine, et je pense il vaut mieux retourner dans votre cuine et FERMER LA... ici on pas besoin de votre mechant oppinion
wa salaam alikom
Réagissez et insérer votre commentaire