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Entre absentéisme, rush sur le marché et dépendance pour certains produits

Quand Ramadhan plombe l’activité économique

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Photo : S. Zoheir

Par Smaïl Boughazi

Les Algériens jeûneront aujourd’hui ou demain. Après un mois de farniente, de repos et de soleil, le mois sacré aimé de nos concitoyens revient comme chaque année, apportant avec lui son lot d’habitudes, de stress, une intense activité religieuse –car considéré comme le quatrième pilier de l’islam- et un nouveau mode alimentaire souvent en déphasage avec le reste de l’année et difficile à appliquer, les horaires de «bouffe» étant réduits.
Les Algériens qui aiment ainsi s’attabler pour une partie de domino entre copains, voir un film au cinéma ou assister à des soirées musicales durant les nuits ramadhanesques, préfèrent prendre leur congé durant ces trente jours. une façon d’éviter un surplus de travail ou une fatigue expliquée et justifiée.
Que devient l’activité économique du pays durant ces trente jours ? Quel est le rendement d’un travailleur, d’un employé, d’un agent de bureau ?
Certes, d’aucuns ne peuvent contredire l’idée selon laquelle jeûner est synonyme d’un rendement faible et d’une baisse de la productivité. Mais, en l’absence de statistiques fiables sur le rendement des différents secteurs lors de cette période, certains expliquent que le réaménagement et l’allégement des horaires de travail et autres mesures, qui sont souvent prises en faveur des employés, font que l’économie nationale se trouve ralentie considérablement. Durant la journée, visibles pour tout le monde, les rues sont souvent quasi vides ou peu animées, durant les premières heures de travail. Personne ne bouge. Du moins pas avant la mi-journée. Les restaurants, les cafétérias, les fast-foods, etc. sont tout simplement en congé. Ils doivent baisser le rideau durant les trente jours de jeûne. Ce qui entraîne automatiquement la mise en veille d’une bonne partie de la main-d’œuvre, laquelle se voit ainsi contrainte de se mettre congé et de se rabattre sur une activité de rechange. Outre les lieux de «bouffe» qui baissent le rideau logiquement puisque toute la population ne mange pas dès l’aube jusqu’au coucher du soleil, les administrations aussi sont au ralenti ou au point mort. Ces institutions, généralement aménagent les horaires de travail de sorte que les employés puissent réduire l’effort.

«Je ne peux pas travailler durant cette période»
Ainsi, il faut dire que le mois de Ramadhan, et ce n’est pas une particularité algérienne, cause le ralentissement, le relâchement et l’inaction d’une bonne partie de l’économie dans le monde musulman. Plusieurs secteurs d’activité sont touchés directement, et d’autres indirectement.
Interrogé, à quelques jours du Ramadhan, un employé dans une entreprise privée explique, d’un air amusé : «Ramadhan pour moi rime avec congé. Je ne peux pas travailler durant cette période et je calcule souvent pour que les responsables m’accordent mes trente jours de repos annuel durant cette période». La cause pour lui «n’est pas la paresse ou le relâchement mais plutôt d’éviter aux autres des colères injustifiées». Comme lui, ils sont des centaines, voire des milliers qui préfèrent se consacrer au … «sommeil» durant les longues et éreintantes journées de jeûne. «Et c’est devenu même une culture ancrée au sein de la société», appuient d’autres. Cette situation, perçue dans différentes régions du pays, s’applique aussi bien aux travailleurs qu’aux responsables. Selon certains, durant le Ramadhan, les administrations publiques deviennent des lieux de somnolence. Chose confirmée auprès de certains agents administratifs. Pour les citoyens, cette situation, au demeurant handicapante, «n’a pas lieu d’être». Certains sont allés plus loin,proposant même d’ouvrir les bureaux des administrations après la rupture du jeûne. Algérie Poste a même pris une décision l’année dernière dans ce sens en ouvrant les bureaux la nuit dans le but de permettre aux citoyens de retirer leurs salaires. Intéressant….. !

Quant le commerce prend le relais
Cependant, en dépit de la régression, voire du ralentissement inouï de l’activité économique, le commerce, le seul secteur qui reste actif, ne chôme pas. C’est la seule activité qui augmente durant le Ramadhan. Et pour cause, la consommation dans ses différentes couleurs augmente sensiblement, ce qui provoque un regain du commerce inhabituel. Les marchés et les étals sont pris d’assaut dès le début de l’après-midi. Hommes et femmes, chômeurs comme travailleurs, tous sont au rendez-vous, parfois jusqu’à la dernière minute, avant la rupture du jeûne. Est-ce le besoin ou juste un effet psychologique ? Les spécialistes ne le cachent pas. Durant ces jours sacrés, le zèle culinaire augmente pour atteindre les seuils de l’intolérable. D’ailleurs, les spéculateurs trouvent là leurs bases d’activité. «Sur tel produit, la demande augmente et, sur celui-là, elle baisse», analysent-ils. En fait, la spéculation durant le Ramadhan trouve un terrain fertile. Les causes sont multiples et parfois compréhensibles. Mais à se fier aux déclarations des responsables, le citoyen parfois fait augmenter et provoque par son «rush» sur les étals le degré de cette activité mi-légale mi-interdite. Mais, parallèlement à cette frénésie commerciale, le gaspillage aussi pointe son nez. Les citoyens se retrouvent parfois avec des achats qui dépassent leurs besoins même pour une semaine. Ainsi, certains commerçants avouent qu’ils réalisent des chiffres d’affaires parfois équivalents à trois mois de travail. Ce qui explique mathématiquement que nos concitoyens consomment durant le Ramadhan l’équivalent de trois mois de nourriture.
Le ministre du Commerce a même mis en garde récemment contre cette pratique qui n’a aucun justificatif, si ce n’est d’augmenter la température du marché et, par ricochet, celle des prix. Ainsi, il faut dire que le mois de Ramadhan, caractérisé essentiellement par l’augmentation de la consommation des différents produits alimentaires, le gaspillage, le relâchement, l’inaction, la paresse etc. Reste un élément qui freine relativement l’économie nationale, de l’avis de nombreux observateurs. Certains même avancent un chiffre non vérifié, une baisse de la productivité qui atteindrait 20 %.

S. B.

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