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La Société nationale des véhicules industriels secourue par une grosse commande de l’état

Protectionnisme économique : le gouvernement passe à l’action

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Par Salah Benreguia

Le patriotisme économique prôné à cor et à cri par le gouvernement Ouyahia commence à être concrétisé sur le terrain. Après la création, au mois de  mars dernier, d’un groupement d’entreprises nationales pour l’électrification du réseau ferroviaire (GENERF), par les entreprises Kahrakib et Kahrif, respectivement filiales de Sonelgaz et de la SNTF, c’est au tour du fleuron de l’économie nationale, la Société nationale des véhicules industriels (SNVI), d’être secourue par les pouvoirs publics. De prime abord, la chronologie des décisions appliquées jusqu’à présent dans ce sillage montre que le gouvernement ne veut plus perdre ni le terrain (au profit des entreprises étrangères) ni le temps. En effet, la création ou la constitution de groupement, dans le cas de l’électrification ferroviaire,  en est la preuve la plus tangible. Elle est même justifiée par le ministre des Transports, par le fait qu’elle «devrait permettre aux entreprises algériennes d’accéder à la technologie de l’électrification ferroviaire et  de se positionner sur un marché dominé par les groupes étrangers comme Alstom». Mieux, outre la constitution du GENERF, le gouvernement a décidé de retenir deux entreprises algériennes : Enicab et Cabel, pour la fourniture des câbles et des conducteurs pour l’électrification du réseau ferroviaire. Deux autres sociétés algériennes, Baticim et Ferrovial, vont fournir des supports caténaires et autres équipements métalliques entrant dans la construction des différentes installations. Cette série de décisions montre à quel point le message est clair, net et précis : l’Etat veut mettre en valeur «la préférence nationale». En d’autres termes, les pouvoirs publics veulent, à tout prix, redorer le blason de quelques entreprises nationales qui ont tout de même survécu dans une période très difficile sur tous les plans. Une période (plus de 15 ans), conjoncture économique morose aidant, durant laquelle est sonné, à juste titre, l’hallali contre les entreprises publiques coupables, selon une thèse en vogue, de mauvaises performances. 

Lorsque Zerhouni sauve la SNVI
Sur ce point bien précis, l’un des fleurons de l’économie nationale, la Société nationale des véhicules industriels (SNVI), en est l’exemple le plus significatif. En effet, les produits fabriqués par l’ex-Sonacome ont été lon temps relégués au deuxième degré, au profit de ceux importés en devises. Mais, la SNVI a réussi en l’espace de quelques années d’existence seulement, à gagner de grands rallyes en rivalisant avec les plus grandes et anciennes marques de véhicules
industriels.
Autrement dit, elle fabrique des produits de qualité, oserions-nous dire pour les plus pessimistes. Avec un découvert bancaire de l’ordre de 42 milliards de dinars, et des dettes détenues par l’Etat estimées à 60 milliards de dinars, selon son p-dg, M. Mokhtar Chahboub, la SNVI a été tenue, plusieurs fois, pour une entreprise déficitaire, et, par prolongement, une entreprise qui ne tardera pas à être dissoute. Le ministre de l’Industrie a, dans le cadre de sa politique de privatisation tous azimuts, annoncé l’éventualité d’une privatisation totale de cette entreprise publique contrainte de réduire de moitié ses effectifs  passés de 13 600 employés au début des années 2000, à seulement 6 800 travailleurs actuellement. Toutefois, cette semaine, les pouvoirs publics ont décidé de venir en aide à cette entreprise. Après le contrat signé avec le ministère de la Défense nationale, l’année écoulée, le département de Yazid Zarhouni a repris cette option. En effet, la récente commande du ministère de l’Intérieur de 1 300 minicars destinés au transport scolaire et de 2 870 camions industriels pour un montant de 22 milliards de dinars, constitue une véritable bouffée d’oxygène qui permettra de pérenniser les activités de la SNVI. Tout compte fait, les observateurs de la scène politico-économique algéroise expliquent que le choix de Zerhouni d’équiper ses administrations des produits de SNVI, s’inscrit, entre autres, dans le cadre du programme de relance économique initié par le chef de l’Etat et qui vise à sauver ce qui peut l’être encore du tissu industriel national.

Djaaboub à la commissaire européenne : «Il s’agit de la souveraineté nationale»
Par ailleurs, la politique dite «patriotisme économique», prônée à travers le monde, crise économique mondiale oblige, a fait réagir, incroyablement, les milieux d’affaires étrangers établis en Algérie. Mais les pouvoirs publics ne comptent pas faire marche arrière. Loin s’en faut. Samedi dernier, le ministre du Commerce est revenu à la charge. Il a, en effet, indiqué que «l’Algérie prend ses décisions en toute souveraineté et nul ne peut s’arroger le droit de lui dicter ce qu’elle doit  faire». Répondant, lors d’un point de presse organisé à Constantine, aux «réserves» exprimées par la commissaire européenne au Commerce extérieur, s’agissant des mesures prises par l’Algérie quant aux investissements étrangers, El Hachemi Djaaboub a souligné que l’Algérie, qui constitue un grand marché de 51 milliards de dollars, «se doit de prendre les mesures d’encadrement de l’investissement à même de sauvegarder ses intérêts». Les décisions prises, entre autres l’obligation aux sociétés commerciales étrangères d’ouvrir obligatoirement leur capital à une participation algérienne de 30% au moins, seront «strictement respectées et appliquées, car il s’agit de mesures qui engagent la souveraineté nationale, quelle que soit la réaction de ces sociétés», a ajouté le ministre. Sur un autre registre, certains experts, tout en se félicitant de la dernière décision concernant la SNVI, qui lui permettra, selon eux, de se refaire une santé financière, reprochent au gouvernement le fait que ces décisions interviennent un peu tardivement. Comme dommage collatéral, si la SNVI a pu échapper de justesse à la privatisation, ou, pis, à la dissolution, il n’en demeure pas moins, que d’autres «fleurons» de l’industrie algérienne, ont tout simplement disparu. L’autre reproche, ajoutent les mêmes sources, est que ce genre de décision aurait pu être pris dès 2004, en attribuant, entre autres, des tronçons de l’autoroute Est-Ouest à des entreprises algériennes. Les exemples ne manquent pas, vu la réussite des entreprises locales. Celui de la filiale de Cosider (pose de canalisations) devenue l’une des plus importantes au monde, grâce notamment à des projets décrochés en Algérie, se passe de tout commentaire. Mais, du côté du gouvernement, on laisse toujours entendre qu’il vaut mieux agir tard que jamais.  

S. B.

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