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Réseaux thématiques, destinations branchées, développement et jeu d’acteurs

Le tourisme mondial vu par des experts

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Par Youcef Salami

Une série d’expériences réussies sur le tourisme dans beaucoup de pays ont été disséquées discutées à l’occasion du 8eme symposium sur le tourisme organisé la semaine dernière par MDI School à Alger. L’Algérie peut-elle s’en inspirer ? Le Brésil, par exemple, a développé ce que l’on appelle le réseau de tourisme responsable axé sur des centres-nature thématiques. Cette expérience a été présentée par  Saadi, Allaoua, professeur à l´université fédérale du Minas Gerais, Brésil. Le tourisme brésilien est engagé dans un processus de développement au sein duquel organismes publics et privés œuvrent à la qualification de nouvelles destinations et à la diversification de l´offre thématique. Malgré un sensible déphasage dans les portées respectives des deux sphères d’acteurs, des résultats positifs s´ajoutent périodiquement, en des combinaisons variables de causes à effets, en fonction des conjonctures politiques et/ou économiques mondiales et de leurs reflets sur l´économie nationale, relève-t-il.  Des statistiques fournies par le ministère brésilien du Tourisme affirment que le nombre de touristes étrangers a présenté un accroissement continu durant les dernières années (5 017 251 en 2006, 5 025 834 en 2007 et
6 270 557 en 2008). Elles mettent cependant en évidence les premiers  signaux d’affaiblissement en 2009, une année difficile pour le tourisme mondial, en raison de la récession économique. Le mouvement des centres d’émission de touristes est relativement stable, plaçant, pour l´année 2007, l’Argentine en première position (18,31%), suivie des Etats-Unis (13,91%) et, dans l’ordre jusqu’au 7ème rang, le Portugal (5,58%), l’Italie (5,35%), le Chili (5,18%), l’Allemagne (5,13%) et la France (5,06%). Il est notable que le Chili soit venu occuper cette place en l’année d’installation de la crise, lui qui se situait généralement au 10ème rang, après tous les grands pays européens. En ce qui concerne le tourisme interne, l’année 2008 aura enregistré 48 702 482 de déplacements par avion, où la probabilité de correspondre à des «balistiques» touristiques est très élevée, surtout dans le segment du tourisme d’affaires et de congrès. Les sondages relatifs au mois de mars 2009 indiquent le désir d’utiliser ce moyen de transport par 48,6% des candidats au tourisme. Mais il faut encore tenir compte, selon le représentant de l’université de Minas, du fait que le Brésilien de classe moyenne voyage beaucoup plus en voiture (29,8% des désirs exprimés et en omnibus (16,4%), les chemins de fer faisant cruellement défaut. De plus, le fort rehaussement du taux du dollar, en tant que conséquence de la crise n’était pas sans effets sur le flux des touristes. Saadi Allaoua explique que le réseau «REB» en question est conçu comme une holding qui contrôle un réseau thématique de centres-nature basé sur les interactions nature/culture et des principes de solidarité, responsabilité et interaction communautaires. L´idée a surgi du succès obtenu par le premier établissement, le «CIAC», au bout de cinq années de fonctionnement.
Doté d´une capacité d’hébergement limitée à quarante lits distribués sur quatre dortoirs et l´appui de deux blocs sanitaires communs (masculin et féminin), un auditoire et une aire d’alimentation, son agenda se trouve saturé sur toute l’année, principalement en ce qui concerne les fins de semaine et les périodes fériées. Le «CIAC» appuie son offre sur les ressources paysagères d’un écosystème de savanes arborées. Développé sur un relief en grande partie karstique, cet écosystème souffre des impacts générés par de fortes pressions anthropiques exercées par l’économie, par des activités agropastorales et par une industrie basée sur l’extraction et la transformation des roches calcaires en ciment et fertilisants, note Saadi Allaoua. L’Ecocentro Escarpas do Caraça entrera en fonctionnement à la fin de l’année 2009, ou au plus tard au début de l’année 2010, avec une surface de 11 hectares, 18 chambres équipées un auditoire, un café-bar et un espace piscine et sports, schématise-t-il. Sa conception architecturale et les équipements distribués sur le vaste terrain, font même de lui un puissant instrument pédagogique. Il appuie son offre sur les ressources paysagères d´un écosystème de contact forêts-savanes situé sur le piedmont escarpé d’un massif montagneux qui se dresse entre les altitudes de 900 et 2 020 mètres. Le paysage, dont ont été intensément étudiées et interprétées les dimensions naturelle et culturelle, se comporte comme un «livre ouvert de l´histoire des trois siècles d’occupation humaine post-coloniale», décrit le conférencier. Le site de l’établissement fait face, sur une distance de 500 mètres, à un escarpement sub-vertical de 1 000 mètres de hauteur taillé dans des quartzites et des roches ferrifères, ce qui compose un paysage d’une rare beauté, fort et épais, ajoute-t-il. Le territoire dans lequel il s’insère abrite la plus forte concentration urbaine baroque du XVIIIe siècle Brésilien, faite de villages et petites villes classés au patrimoine historique et culturel, tant au niveau mondial que national, rapporte Saadi Allaoua. L’existence d’importantes ressources minières (fer et or, principalement) soutient des rapports de complémentarité mais aussi de conflits entre ressources paysagères et économie minière. C´est donc au sein de ce débat déjà séculaire, qui met en scène l’exploitation minière, la protection de l’environnement, l’entretien et la valorisation du patrimoine paysager et bâti et la volonté de mise en tourisme, qu’ont été puisé les matières dynamiques pour la construction de produits de tourisme pédagogique et d´éducation à l’environnement. De la puissance du relief émergent d’innombrables possibilités pour l’établissement de défis à être posés aux participants de produits prisés, demandés par les entreprises. Un troisième établissement, Ecocentro do Litoral devrait ouvrir ses portes dans peu de temps, sur un site littoral de l´état de Bahia.  Eco-centre du littoral: le terrain déjà acquis par un candidat à l’insertion dans le «REB» se situe dans l´Etat de Bahia, sur un paysage côtier fait de l’alternance entre falaises, plages et embouchures fluviales avec mangroves, en plus de récifs coralliens et de dauphins en pleine mer. Le tourisme en France et au  Liban, a été également mis en exergue à la faveur de ce symposium. Une comparaison ente les deux expériences a été faite à cette occasion. Elle l’a été par Boualem Alliouat, professeur des universités de Nice Sophia Antipolis, Ceram Business School (Nice-Paris-China), et Lara Jaber, Portfolio Management and Credit Risk Analytics Senior Officer Byblos Bank Sal, Liban. Une question d’abord, y a-t-il des différences notoires entre le management des activités hôtelières dans la zone occidentale et celle des pays du sud ? Cette question amène fatalement des interrogations fondées à la fois sur la «performance des activités et leur style de management», soulignent les auteurs de l’exposé. «Nous nous donnons précisément pour projet ici de comparer les activités hôtelières de deux zones géographiques nord et sud afin de tenter de répondre à cette question», expliquent-ils. Les études et les analyses à propos des activités touristiques sont souvent le fruit d’observations nord-sud qui ne reflètent qu’imparfaitement la réalité touristique dont les ressorts ne répondent plus à cette dynamique verticale. L’objet de ce travail est, à l’inverse, d’établir un regard comparé et croisé sur les activités touristiques hôtelières française et libanaise afin d’en livrer les points convergents et divergents utiles au développement des structures d’accueil touristiques. En termes de croissance, ces deux pays sont-ils comparables ? Le tourisme est un support croissant de l’économie, qu’il s’agisse de la France ou du Liban, comme on peut s’en rendre compte à travers certaines données objectives. Le WTTC (World Travel and Tourism Council) a estimé que la contribution directe de l’industrie du tourisme et du voyage à l’économie libanaise durant l’année 2009 atteindra 2,59 milliards de dollars, équivalant à 9,3% du PNB et à 149 800 emplois représentant 9,6% du total des emplois au Liban cette année.
Le WTTC a ajouté que, puisque cette industrie touche tous les secteurs de l’économie, son impact réel direct et indirect est même plus important encore. Il affirme  qu’elle génèrera 7 781 emplois. Le Liban présente des atouts touristiques qui n’ont rien à envier au patrimoine français, fait remarquer Lara Jaber. Elle cite le New York Times qui a choisi Beyrouth comme la destination numéro un dans sa liste des «44 places à visiter en 2009» («the 44 places to go to in 2009). Le sondage a aussi nommé Beyrouth comme étant l’une des douze destinations de voyage de luxe, et l’une des huit destinations pour la qualité et la richesse de sa nourriture. Enfin, comme l’une des neuf destinations les plus branchées pour célébrer des évènements. Le Liban a beaucoup à promouvoir. Une zone de plages et de ski, de tourisme religieux et de vie nocturne animée. Elle dispose d’une compagnie aérienne nationale, d’une prospère industrie de vin âgée de 2 000 ans et une diaspora qui porte partout la culture libanaise. Avec un lobby mondial qui pousse à ce que soit inclus les Cèdres du Liban et la grotte de Jeitta dans les sept nouvelles merveilles du monde, Beyrouth cherche l’avant-garde de ce potentiel, fait valoir Lara Jaber. Et les valeurs identitaires dans le tourisme ? Une problématique à laquelle a essayé de répondre Evelyne Gasse de France, présente à ce symposium. Elle estime qu’aujourd’hui,  on peut dire  que  la  compréhension  de  la  motivation  profonde  d’un  touriste  qui  vient  séjourner dans un territoire  donné, une ville, une  station, un pays,  «dépasse largement la simple  prise en compte  d’éléments objectifs, logiques et rationnels [actions marketing, publicité…]».  Elle met en exergue le fait de choisir un endroit spécifique comme destination touristique, revient en fait à «choisir, dans notre inconscient, un ensemble  de  valeurs  que nous attribuons -à raison ou à tort- à cet  endroit et que nous sommes capables d’identifier parce qu’elles correspondent à nos propres valeurs ou à celles que nous recherchons». Et d’ajouter que ce peut être un ensemble de valeurs connues, si nous avons déjà séjourné sur  le territoire auparavant, ou bien de  valeurs  supposées,  si  nous souhaitons le découvrir en  fonction  de  ce que nous en  avons  perçu,  au travers d’un document promotionnel  ou d’un échange avec des amis ou des familles. Finalement, on s’aperçoit, par cette prise de conscience, que le tourisme revient à «un partage de valeurs, plus ou moins  directs  selon  le cas, entre les  habitants  d’un territoire» et les touristes-visiteurs  venant  sur  ce  même territoire, dit-elle.  Si  l’on adhère à ce constat, alors, on prend conscience que ce sont  les valeurs du territoire qui doivent donner un sens à son projet de politique touristique, si celui-ci veut garder  la maîtrise de ce développement. Par ailleurs, au sein d’un  territoire, certains lieux semblent  particulièrement attractifs alors que  d’autres paraissent plutôt indifférents. Ce qui caractérise les premiers par rapport aux seconds, c’est qu’ils possèdent quelque chose de  très  subjectif, de  l’ordre  du qualitatif, de l’émotionnel, presque  indéfinissable, qui résonne chez  la  plupart  de leurs visiteurs : ce que nous appelons parfois «l’esprit des  lieux». Qu’est-ce «l’esprit des lieux» ? Evelyne Gasse l’explique en ces termes : cet «esprit» qui semble «habiter» un  lieu est de  l’ordre du sens et des valeurs. Il existe depuis la création du lieu ou plutôt depuis l’origine de l’histoire humaine du  lieu, depuis que l’homme a établi une certaine relation, un certain lien avec ce lieu. Le développement touristique, un jeu d’acteurs, aussi. Cette question a été débattue à partir du cas de la Corse par Jean-Marie Furt, maître de conférences à l’université de Corse. Il souligne que l’activité touristique est souvent présentée dans les économies développées comme un moyen naturel de mise en valeur de la ressource patrimoniale. Elle peut, dans une vision généralement assez négative, être un vecteur de rénovation des espaces en mutation ou en crise ou de manière plus positive aujourd’hui.
Elle peut également démontrer les possibilités d’adaptation de certains territoires à une économie moderne. Cette communication partira, affirme-t-il, d’un exemple insulaire pour essayer d’expliquer que ces schémas, révélateurs d’un modèle industriel fordiste, sont, dans une économie fondée sur le service, source de dysfonctionnements et d’échecs, faute de cohérence globale et d’adhésion des acteurs. Ils visent bien souvent, pour des raisons avant tout politiques et sociales, à matérialiser le développement, à l’inscrire dans la pierre ou, dans une vision plus moderne, à construire une image autour de laquelle la réalité peine parfois à se reconnaître. Au moment où d’aucuns s’interrogent sur l’avenir des destinations lointaines et que l’on redécouvre la proximité et la
lenteur, nous tenterons de montrer, à partir du cas de la Corse, que les démarches mises en œuvre par les autorités publiques dans de nombreuses destinations qui s’ouvraient au tourisme, ont longtemps correspondu à un souci d’organisation de l’offre locale (construire, développer, moderniser). Elles semblaient, sur le plan politique et social, investies d’une grande rationalité et se présentaient comme porteuses d’un progrès que l’on ne pouvait refuser. Sur un plan plus strictement économique, elles ne se préoccupaient pas, faute de moyens, de temps ou de volonté, de développer des alliances territoriales ni une maîtrise de la production. Elles s’orientent plus aujourd’hui, dans une période de raréfaction de la ressource, vers la mobilisation et la dynamisation des acteurs appelés à participer à la construction de leur espace à travers une politique de qualité totale. Cette évolution, qui se construit sous l’égide des territoires, renforce, selon Jean-Marie Furt, le rôle des entreprises. Mais elle contribue aussi à mettre en exergue, dans un milieu fortement individualiste, dépourvu de tradition collective et d’histoire sociale, profondément marqué par la figure de l’entrepreneur, la difficulté à développer une stratégie de responsabilisation sociale organisée autour d’un partage de la valeur ajoutée. Ce choix, imposé par un certain recul de la puissance publique, ne peut, ajoute-t-il, que contribuer à renouer avec l’exacerbation des passions autour d’une activité donnée et dont le rejet, n’est pas sans conséquences. Le tourisme et le développement durable ont aussi été  au cœur des débats de ce symposium. Le durable se base, d’après les experts, sur une somme de facteurs dont l’embauche de personnes pauvres par des entreprises touristiques, la fourniture de biens et de services à des entreprises touristiques par des pauvres ou par des entreprises employant des pauvres, les ventes directes de biens et de services aux visiteurs par des pauvres (économie informelle), la création et gestion d’entreprises touristiques par des pauvres : petites, moyennes ou microentreprises ou entreprises communautaires (économie formelle), la taxe ou l’impôt sur les revenus ou sur les bénéfices tirés du tourisme, dont le produit bénéficie aux pauvres (dons et aide volontaire d’entreprises touristiques et de touristes,
investissements d’infrastructure stimulés par le tourisme et dont les pauvres peuvent aussi bénéficier là où ils vivent, soit directement, soit à travers d’autres activités que ces infrastructures favorisent). Le tourisme à l’échelle mondiale a enregistré une progression de 800 à 900 millions de touristes en deux ans. Il
réalise la quatrième année consécutive de croissance et une progression moyenne par an de  4,4% entre 1980-2008. 

Y. S.

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