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Clôture du colloque co-organisé par le Cnrpah et la Tribune

«Libérer l’Histoire», un parcours du combattant

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Photo : Riad
Par Amirouche Yazid

Ouvert le 1er juillet 2012, le colloque international intitulé «Algérie 50 ans après : libérer l’Histoire» a pris fin avant-hier à la Bibliothèque nationale du Hamma (Alger), sur une note de satisfaction que les organisateurs  de la rencontre se sont fait plaisir d’exprimer à l’heure de la clôture des travaux. Co-organisée par le Cnrpah et le quotidien  la Tribune, la rencontre a été  marquée par la qualité élevée des communications données par une soixantaine d’intervenants, venus de différents pays et représentant divers profils intellectuels. La rencontre n’a pas été l’apanage des spécialistes de l’histoire, dans la mesure où des politologues, des sociologues, des anthropologues, des linguistes, des hommes de lettres et bien d’autres ont dit leurs mots à propos d’une question aussi cruciale que l’écriture de l’Histoire. Il va sans dire que l’Histoire, celle de l’Algérie comme celles des autres nations, ne se libère pas au prix d’une rencontre scientifique à laquelle prendraient part d’incontestables valeurs intellectuelles. L’œuvre, à savoir «la libération de l’Histoire»,  est tellement grande qu’elle est tributaire, dans la pratique, d’autres facteurs où se disputent souvent d’énormes enjeux stratégiques. Mais débattre de thèmes relevant de l’Histoire est incontestablement préférable à  l’entretien du silence et surtout à la diffusion du mensonge. A l’échelle qui est la sienne, le colloque initié par le Cnrpah et la Tribune, à la veille du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, aura réussi un double pari : libérer la parole et bousculer les idées reçues. Cela ne génère pas un changement significatif dans le rapport des gens avec l’Histoire, y compris celle qui les concerne de manière directe. C’est d’autant plus évident que le déroulement du colloque n’a pas intéressé tant que ça les enseignants d’histoire en Algérie, ni d’ailleurs les étudiants dans cette spécialité. Il faudrait peut-être que l’on s’interroge sérieusement, à l’heure du cinquantenaire, pourquoi les jeunes générations d’Algériens ne s’intéressent pas, sinon peu, à l’Histoire de leur pays. Cette défection, très visible lors du colloque, n’a pas cependant empêché les présents de vivre quelques moments forts empreints de reconnaissance à l’égard des acteurs de la révolution. Comme c’était le cas lors de l’hommage rendu par des chercheurs et des historiens à des femmes algériennes victimes de tortures et de viols. «Il y a encore beaucoup de choses à dire à ce sujet», annonçait  l’universitaire Zineb Ali-Benali, pour qui «il faut tout dire» à ce propos. Elle a invité «les femmes victimes de viol durant cette période à en parler et à apporter leurs témoignages». Ce à quoi a répondu, illico presto, une des Moudjahidate présentes. En sanglots, elle témoigna que «des jeunes femmes étaient bâillonnée avant de passer à la curée, sans qu’elles n’osent en parler». Chut, la Civilisation nous propose de ne pas regarder de ce coté là ! Ni  de tenir compte de ce que  pense l’historien Gilles Manceron à propos de la reconnaissance des crimes de la colonisation. Car ce dernier ne doit certainement pas plaire à tout le monde.  Pourtant, l’historien n’a pas raconté des craques. Il a juste attesté,  à Alger, que «les autorités françaises, qui représentent les générations ayant participé à l’entreprise coloniale en Algérie, n’arrivent pas à regarder en face les crimes  qu’elles ont commis dans ce pays et éprouvent de la gêne à les reconnaître». C’était un moment de vérité. Et la dernière journée du colloque sera marquée par les interventions remarquables de Samia Nkrumah et de la malienne Aminata Traoré. Les deux femmes convergeaient à mettre en exergue les moments de fierté vécus par les Africains au lendemain des indépendances. Contexte  sahélien oblige, la malienne exprima ses craintes sur ce qui se passe dans ce pays. Elle lança un véritable cri pour «la préservation des indépendances du continent chèrement payées». L’assistance a été plongée dans un silence lourd de sens  alors que la conférencière ne parvenait  pas à retenir ses larmes pour un Mali sous risque de fragmentation et d’éthnicisation. A noter enfin que, si le colloque a été un bel espace de débats et d’échange entre les gens de différentes causes, le film, «la traversée»,  projeté en guise de clôture, sonne un parfait décalage avec l’esprit de la rencontre. Libérer l’histoire n’est pas une mince affaire. C’est un nouveau  parcours du combattant !    
A.Y.   
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