LA PROBLÉMATIQUE DE L’IDENTITÉ À TRAVERS LA LITTÉRATURE ET LES ARTS
Libérez l’imaginaire pour une réelle construction de la culture nationale
Photo : Riad
Par Sihem Ammour
La problématique de l’identité, de la construction d’une culture nationale et de la transmission des images véhiculées par les différents courants créatifs et artistiques était au cœur de la onzième séance de la rencontre internationale. Dans ce cadre, l’universitaire Nadjet Khedda, dans son intervention intitulée : «Les écrivains de la décennie 50, écrivains de la conscience nationale», que tous les intellectuels quelle que soit leur place dans la société et en priorité les artistes de façon générale et les écrivains, surtout ceux de la langue française, ont contribué à une prise de conscience. Il était ainsi des porte-parole du peuple algérien vers les autres pays. Cette prise de conscience, ils l’ont accompagnée dans la sphère politique dans les luttes syndicales c’est-à-dire à un niveau de citoyen. L’autre travail qui est prépondérant, c’est celui qu’ils ont réalisé dans leurs œuvres même si la visée artistique est surdéterminée par la visée politique où il faut arracher leur indépendance, il reste la préoccupation principale de ces artistes des années cinquante à l’instar de Mouloud Feraoun, Mohamed Dib, Kateb Yacine, Malek Haddad et Assia Djebar pour ne citer que les plus grands. La conférencière a également abordé la notion du miroir brisé de la représentation de la société algérienne dans cette littérature. Pour sa part, l’universitaire Mourad Yellès, à travers sa conférence intitulée «Identité nationale et patrimoine littéraire en Algérie», dans le contexte de la problématique posée par le colloque, il a abordé la manière dont le champ littéraire algérien a été configuré et comment ce champ littéraire est lui aussi tributaire d’une certaine mémoire nationale. Il a illustré ses propos en se référant au manuel de l’histoire littéraire édité en Algérie où transparait une certaine vision de la littérature algérienne et donc de l’identité algérienne.Cette image est clairement incomplète, il y a des omissions ou des flous. Ainsi dans ces manuels scolaires, il y a une flagrante absence de la littérature, dite populaire, en tamazight ou en arabe algérien, à l’instar des contes et légendes du patrimoine algérien ou des poésies du malhoun ou des poèmes amazighs. Dès lors, la question qui est posée et celle de la transmission des images littéraires aux jeunes Algériens. Si on ne leur apprend pas leur propre héritage littéraire ancestral. Il a également posé la problématique du statut de la littérature francophone, qui a été menacée de disparition par certains, mais dont le constat aujourd’hui est celui de son existence à travers la production d’auteurs algériens en Algérie et publiée par des maisons d’éditions algériennes. Il estime à cet effet que «cette littérature, dite francophone, n’est pas morte et appartient au champ littéraire algérien et elle nécessiterait d’avoir une meilleure considération». L’intervenant a également posé un problème épineux qui a enflammé les débats, en l’occurrence, celui de la production littéraire des Européens d’Algérie durant la période coloniale. Il estime qu’il est intéressant d’étudier ces auteurs pour avoir sa propre réflexion et non pas celle de chercheurs d’autre pays. Dans un autre volet, Anissa Bouayed, a également posé la question de la pédagogie et de la transmission lors de sa conférence intitulée «Le don des peintres d’Algérie en 1964 : espoir et déconvenues d’une Internationale de l’art ?» après avoir présenté une projection de diapos les œuvres majeures de ce don auquel ont contribué près de quatre-vingt-dix artistes dont le célèbre peintre chilien Malta qui avait un espoir d’une nouvelle décentralisation de l’art tourné vers le Sud à travers les regards portés sur l’Algérie. Ainsi le plus grand hommage que ces artistes faisaient à la Révolution algérienne et le fait que l’Algérie était un écho à leurs propres réflexions artistiques et esthétiques. Par conséquent, à travers ces dons, il s’agissait aussi de faire de l’Algérie, de son face à face avec la France, pour se diriger vers une aura d’une dimension mondiale. Toutefois, la conférencière a regretté que la réception enthousiaste de ces œuvres en Algérie n’ait pas fait long feu, car il y a eu un choix vers d’autres types de représentation, où il s’agissait notamment de visualiser l’histoire à travers une vision interne et nationale. Ainsi aujourd’hui il est important d’assurer un lien entre ces œuvres et les plus jeunes à travers des efforts de pédagogie et de transmission, qui sortent du seul cadre des manifestations conjoncturelles.
S.A.
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