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Eradication des marchés informels

Persistante anarchie de l’économie parallèle

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Photo : S. Zoheir

Par Samir Azzoug

Résoudre la problématique du commerce informel en Algérie n’est pas une tâche facile. De tout temps décrié, mis à l’index et combattu, ce phénomène semble enraciné dans la société. Les habitudes de consommation des citoyens, leur faible pouvoir d’achat et le chômage érigent en règle l’anarchie qui règne sur les marchés. Des artères aux placettes publiques en passant par les stations de bus et même dans les cités, des extensions anarchiques sur des espaces de commerces licites ou carrément des marchés sauvages sont improvisés au grand dam des commerçants légalement installés. Par la force des choses, ces derniers ne se laissent pas dépasser par les événements. A la concurrence déloyale, ils répondent par la manière pernicieuse. Après avoir maintes fois dénoncé ce commerce illégal, ils ont trouvé la parade en investissant de leurs marchandises les trottoirs ou carrément en distribuant une partie de leurs stocks à des jeunes du quartier pour les vendre et ainsi concurrencer les étalagistes sauvages. Une manière de guérir le mal par le mal. Cette situation a atteint des proportions tellement importantes que l’une des conditions exigées par l’OMC (Organisation mondiale du commerce) pour l’adhésion de l’Algérie concerne des garanties du gouvernement sur l’éradication du phénomène.
Il est clair que, même si ce genre d’échange présente quelques avantages pour le simple citoyen, ses méfaits sont multiples et tentaculaires. Plusieurs griefs sont à mettre à son actif, entre autres, le danger sur la santé du citoyen et sa sécurité, la propagation des produits contrefaits, le manque à gagner pour l’Etat… La Banque d’Algérie, dans un rapport établi à la fin de l’année dernière, faisait état de 1 242,16 milliards de dinars en circulation hors de la banque à la fin septembre 2007. Le ministère du Commerce estime le manque à gagner par le Trésor public à 55 milliards de dinars. Par ces facteurs, les gouvernements successifs ont engagé plusieurs opérations pour l’éradication du commerce illégal en général et des marchés informels en particulier et ce, depuis plusieurs années. En 2004, la loi n° 04.02 du 23 juin a été promulguée en complément de celle de 1995, fixant les règles applicables aux pratiques commerciales. Menant des opérations sporadiques, les services de sécurité trouvent beaucoup de mal à mettre un terme à ces pratiques. Même si, en l’espace de trois ans,
23 marchés illicites sur 96 existant dans la capitale ont été supprimés, il reste beaucoup de travail à faire (rappelons qu’en 2006, il était question d’éradiquer 34 marchés informels). Ainsi, des espaces de vente illicites, à l’image de Oued Kniss aux Anassers, de Ben Omar à Kouba ou celui du 1er Mai, ont été rendus aux citoyens. Ces opérations ont été une réussite car la plupart des vendeurs à la sauvette ont bénéficié d’étals à l’intérieur des nouveaux marchés de proximité.
Selon les déclarations de M. Youcef Lamari, directeur du commerce d’Alger, en juin dernier, 2 250 commerçants qui exerçaient illégalement ont été intégrés dans le circuit légal. 100 milliards de centimes ont été dégagés par les pouvoirs publics pour la réalisation de marchés de proximité, couverts et de gros dans la capitale.
Mais suffit-il de construire des marchés pour éradiquer le phénomène ? Il est notable qu’à l’entrée de chaque espace de commerce, des extensions anarchiques sont opérées. Dans ce cas, le contrôle joue un rôle prépondérant. Mais que peuvent faire 160 agents à la solde de la direction du commerce d’Alger (DCP) face aux centaines de milliers de commerçants ? Il y a pratiquement un agent de contrôle pour 1 000 commerçants. Toujours selon M. Lamari, la DCP ne peut contrôler que «30% des commerces au niveau de la wilaya». Au plan national, le ministère du Commerce a lancé ces dernières semaines un appel au recrutement de 500 inspecteurs principaux de la qualité et de la répression des fraudes. Mais est-ce suffisant face aux 450 marchés informels répartis sur le territoire national et où activent plus de 90 000 intervenants (plus de 9% du nombre global des inscrits au registre du commerce) ?
Cela dit, la tâche n’est pas facile. Car il ne s’agit pas simplement d’empêcher les jeunes de vendre illégalement sur les voies publiques, il faut également assurer un revenu à ces citoyens, garantir l’approvisionnement des produits de large consommation et dissuader les commerçants légaux de trop tirer sur la corde en fixant des marges de bénéfice trop importantes. Dans les quartiers où les marchés informels ont été éradiqués, les commerçants procèdent à une véritable saignée des bourses des citoyens. A croire qu’ils ont un retard à rattraper. Par ailleurs, le citoyen lui-même n’est pas exempt de tout reproche. Ses pratiques de consommation favorisent l’anarchie qui règne sur le marché.
Il est certain que le pouvoir d’achat en baisse oriente les clients vers les marchands illégaux, mais est-ce une raison pour risquer sa vie ? 

S. A.

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