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Des entreprises familiales ouvrent leur conseil d’administration à des membres externes

Vers un nouveau mode de gouvernance dans les PME privées ?

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Photo : S. Zoheir

Par Salah Benreguia

Pour soutenir la croissance et assurer sa pérennité, les entreprises algériennes, à l’image des grandes entreprises internationales les mieux gérées, doivent adopter un nouveau mode de bonne gouvernance, traduit, entre autres, par la création, puis l’élargissement de son conseil d’administration à des membres externes, spécialistes en la matière. Les experts et enseignants en management ne cessent de répéter ce genre de propos, tant l’enjeu est énorme. Si énorme qu’il y va directement de la survie de l’entreprise. A travers le monde, des centaines, voire des milliers de grands groupes connaissent cette mutation, quelque temps après leur création (généralement en pleine croissance). Les statistiques des organismes internationaux spécialisés parlent d’elles-mêmes. En effet, les chiffres montrent que 70% des entreprises familiales ne réussissent pas le passage à la deuxième génération et disparaissent à la première. Et seulement, une famille sur neuf passe à la quatrième génération. Quid de l’Algérie ? Si les exemples se comptent sur les doigts d’une seule main, il n’en demeure pas moins que nos chefs d’entreprise commencent à mesurer réellement l’importance d’une telle démarche, décisive, voire capitale dans la vie d’une entreprise. Si, sur le terrain, deux entreprises ont annoncé publiquement avoir opéré un changement dans leur système de management, d’autres, cependant, ont affiché une volonté sans précédent d’opérer ce genre de changements.

Nouveau mode de gouvernance : Cevital donne l’exemple
Le bal de ce genre de changements, défendu bec et ongles par les spécialistes en management, est ouvert par le groupe industriel Cevital. Ainsi, le plus grand groupe, via cette démarche, a voulu vraisemblablement prôner l’intégrité et la transparence, le courage et l’engagement comme valeurs. Et de ce fait, le groupe Cevital a ouvert la voie aux entreprises algériennes vers un nouveau mode de gouvernance en entreprise. Enregistrant depuis une dizaine d’années une croissance continue à deux chiffres, le groupe Cevital a estimé nécessaire d’adopter un mode de gouvernance évolué pour mieux faire face aux défis que pose sa croissance forte et durable. Comment ? En ouvrant son conseil d’administration à des membres indépendants. Depuis le 25 octobre dernier, le conseil d’administration du groupe Cevital est composé d’un nombre égal de membres internes et externes, six membres faisant partie de la famille Rebrab et six personnalités indépendantes. «On ne peut pas gérer une entreprise comme on peut gérer trois entreprises ou un groupe de la dimension de Cevital. Nous ne pouvons plus gérer les 21 filiales comme on gérait quelques entreprises. Avant, toutes les décisions venaient du haut vers le bas. Aujourd’hui, on doit changer de mode de gouvernance. Nous devons gérer par délégation de pouvoirs. C’est-à-dire les décisions de gestion doivent être d’abord au niveau des entités opérationnelles, pour remonter vers le haut.» Ces propos du capitaine de l’industrie agroalimentaire nationale renseignent à quel point «le passage» est obligatoire mais certainement profitable. Quels seraient les rôles de ces membres externes ? Pour la même source, «ces membres externes vont aider à mieux gérer la croissance du groupe et gérer les risques, d’autant que le groupe est en train de se diversifier et projette d’investir près de 4 milliards de dollars d’ici à 2012».

L’absence d’une politique managériale freine la compétitivité de l’entreprise
«L’objectif de l’ouverture du conseil d’administration à des experts indépendants est de prévoir une bonne relève pour l’entreprise. Cela ne signifie pas nécessairement qu’elle restera dans la famille.» Cette phrase d’un expert en management renseigne à quel point les entreprises algériennes ont intérêt à s’ouvrir sur l’extérieur et ne plus rester au stade «familial». D’autant que la quasi-totalité des entreprises, même les grands groupes privés, sont constituées des membres de la même famille. «Dans les entreprises algériennes, il n’existe pas d’actionnaires externes ni d’administrateurs indépendants. Il n’y a pas non plus de directeurs et de managers autonomes. Le conseil d’administration est constitué principalement de membres de la famille. Les cadres managers ne sont pas motivés car il n’y a pas ou peu de délégation de pouvoirs, une faible transparence dans la gestion des ressources humaines, un risque de marginalisation des cadres non issus de la famille», nous a fait savoir un enseignant universitaire spécialisé en management d’entreprise. La même source ajoute également que la gouvernance de l’entreprise doit être confiée à un conseil d’administration devant être constitué par des membres externes, qui est le lieu de promotion de l’intérêt de l’entreprise. Faisant le parallèle, notre interlocuteur soutient que la non-progression du secteur économique privé national est due, entre autres, à la nature constituante de nos entreprises. En clair, l’absence de gouvernance dans les entreprises familiales algériennes, autrement dit l’absence de système par lequel on peut s’assurer et vérifier que l’entreprise est bien gérée et est performante, freine la création de valeurs et la compétitivité de celle-ci, ajoute notre source. Et pour éviter, estime cet enseignant, ce cas de figure, le groupe Cevital a  effectué des changements nécessaires dans son système de gestion. Désormais, conclut-il, l’exemple donné par le groupe Cevital est à   méditer par d’autres entreprises. Il s’agit de sortir des modes de gouvernance archaïques et d’entrer dans l’ère de la modernité pour améliorer la production et, pourquoi pas, se donner les moyens de concurrencer les entreprises étrangères.   

S. B.

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