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Incontestablement le sitcom le plus suivi sur l’ENTV

Djemaï Family, une méthode didactique et critique payante

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Par Abdelkrim Ghezali

Essoufflée, l’ENTV semble peiner à concurrencer les chaînes satellitaires arabes qui mènent une offensive sur les téléspectateurs de la région arabe, et même au-delà, en innovant tant dans la quantité des programmes diffusés que dans la qualité et le marketing. Cet état de fait est caractéristique de toute l’année. Cependant, le forcing des chaînes arabes redouble de «férocité» pendant le mois de Ramadhan pour capter le maximum de téléspectateurs et augmenter ainsi l’audimat, véritable critère d’attractivité de la publicité qui ne manque pas d’ailleurs. Les chaînes arabes ont réussi une mutation qualitative qui les met au diapason des chaînes occidentales qu’elles rivalisaient aisément avant même le codage des bouquets français qui étaient très suivis en Algérie. Dans cette promiscuité télévisuelle, l’ENTV n’arrive pas à capter les téléspectateurs algériens au-delà d’un programme ou deux. Djemaï Family est un véritable phénomène, comme le fut Nas mlah city et Lefhama qui fait un tabac.
Le sitcom est très attendu par la majorité des téléspectateurs qui font le lendemain, de chaque partie, un sujet de discussion. Pourtant, le concept de ce sitcom est simple. Une famille algérienne classique, composée de six membres et autour de laquelle pivotent un parent ou deux, des voisins, des amis et différents acteurs de la vie. La famille de Djemaï est assez représentative de la famille algérienne. Le père est chauffeur de taxi, ayant raté ses études. La mère, une psychologue qui accepte le rôle de femme au foyer. Le grand frère, un intellectuel en herbe né trop tôt ou trop tard pour s’adapter à une société et à un système qui ne le comprennent pas. La grande sœur est le modèle parfait de la jeune fille algérienne qui veut réussir et prendre la revanche de la mère, puisqu’elle a terminé ses études de médecine et a ouvert un cabinet dans une aile de la maison familiale. La petite sœur prend comme exemple sa grande sœur et persévère dans ses études alors que le jeune frère est la caricature de ces enfants qui vont à l’école par obligation mais qui ont l’affairisme dans le sang et en perspective.
Chaque partie repose sur une idée, un thème de société, un fait divers…Les scènes se déroulent dans deux décors, l’intérieur de la maison familiale et le café du quartier, occasionnellement. Les acteurs incarnent parfaitement leurs rôles respectifs, à l’exception de celui de Khalti Boualem, une idée géniale, inspirée de l’Enfant de sable de Tahar Ben Jelloun, mal incarné par l’actrice qui ne semble pas maîtriser le dialogue et le jeu. Si Djemaï Family est un succès, il n’en demeure pas moins que certaines parties sont des flops comme si le réalisateur était en panne d’idées et d’inspiration.
Les tentatives de parodie du feuilleton turc, Nour, et son personnage fétiche, Mouhanned, qui dérange les hommes par son charme et son succès auprès des femmes, a été un ratage, aussi bien dans le dialogue que dans le jeu. La partie du voyage dans le temps, où des moments glorieux de la révolution algérienne ont été revisités et celle où un Chinois a fait irruption dans la famille, étaient au top tant au plan du jeu, du dialogue qu’au plan du choix des idées qui étaient géniales. Ces deux parties ont subjugué les téléspectateurs et ont suscité des discussions parfois houleuses et contradictoires s’agissant du flash-back sur la guerre de libération. A ce propos, justement, des réactions démesurées ont été constatées dans une certaine presse qui s’autoproclame tutrice de la mémoire de Novembre et de l’islam et se permet d’accuser le sitcom d’avoir porté atteinte aux symboles de la révolution. Lorsqu’on ne sait pas lire une fiction audiovisuelle ou écrite, autant s’abstenir de porter des jugements de valeur avec une légèreté déconcertante. D’autant plus que le réalisateur a fait preuve, aussi bien dans cette partie en question que dans toutes les autres parties, d’un sens de pédagogie subtile, comme vecteur d’un message subliminal qui a permis aux téléspectateurs de revisiter la bataille d’Alger, l’Opium et le Bâton, Hassen Terro… et de redécouvrir ces épopées avec un regard plein de tendresse, de fierté et d’humour. La presse, qui voue aux gémonies cette partie de Djemaï Family, suggère, comme d’autres organismes et milieux, qu’il est blasphématoire de rire de notre histoire, de la caricaturer, de la ressusciter avec un autre regard humoristique. Le sérieux, la rigueur et la probité sont exigés de l’historien, d’un réalisateur de documentaires et de films historiques, ou d’un témoin sur un événement historique donné. On ne peut exiger de l’artiste que l’art, la déontologie et l’éthique qu’exige toute œuvre artistique. Donc, le critique doit éviter de confondre les genres et, surtout, éviter de faire de son appréciation personnelle d’une œuvre artistique une référence qu’il impose à tout le monde parce qu’il dispose d’un support médiatique, d’autant plus que cette appréciation est déformée par une approche idéologique ou par un goût artistique fossilisé. Autant la partie sur la révolution algérienne était un vibrant hommage aux fidaiyine et aux chouhada que les enfants et les jeunes ont redécouverts, autant celle de Chi Chouan était une critique subtile du tempérament algérien peu enclin à l’effort physique et intellectuel.
Djemaï Family est, de par sa nature d’œuvre artistique, une caricature quotidienne de la société, de ses problèmes, de ses tares, de ses qualités, de ses contradictions.
Le sitcom se veut un miroir qui reflète la réalité sociale, politique, culturelle, linguistique et comportementale de la société algérienne.  Le talent du réalisateur et la bonne prestation de la majorité des acteurs, à travers la profondeur des personnages qu’ils incarnent, sont révélés dans cette méthode didactique et pédagogique qui a réussi à regrouper les Algériens autour de Djemaï Family juste après le f’tour, pour rire d’eux-mêmes et apprécier un travail globalement bien fait et qui mérite tout l’encouragement.

 A. G.

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