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Prise en charge du patrimoine culturel

De l’importance d’impliquer spécialistes et scientifiques

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Par  Nasser Hannachi

Le patrimoine culturel renaît de ses cendres ces cinq dernières années ! Cette attention particulière portée par le président de la République et relayée par le ministère de la Culture qui a renforcé le cadre législatif avec des textes juridiques clairs, décisifs, semble cependant amputée d’un élément clé. A savoir la mise sur pied d’une machine scientifique apte à mener à bon port, sans casse, les valeurs du témoignage historique récolté.
L’heure n’est pas vraiment à la préservation, au sens propre du mot. Il est surtout question de réparer les erreurs commises par l’homme, en procédant à la restauration des lieux chargés d’histoire pour pouvoir ensuite les sauvegarder contre d’autres atteintes qui les menacent, tant qu’on n’a pas mis en valeur notre patrimoine aux yeux du citoyen lambda en le sensibilisant à la nécessité de le préserver. Ces repères identitaires exigent des actes concrets pour les sauvegarder. Avant, pendant et après la restauration, il importe de faire appel à des scientifiques, seuls capables de garantir la longévité de vie aux sites patrimoniaux, à travers un classement adéquat, une restauration minutieuse des lieux et objets et, enfin, une vigilance pour «verrouiller» tout site qui serait menacé ou fragilisé par une exploitation touristique abusive.
Les décrets et textes d’application promulgués par l’Etat et relatifs à la protection du patrimoine culturel et à la maîtrise d’œuvres portant sur les biens culturels immobiliers protégés, interpellent une action concrète sur nos sites historiques. L’intervention implique sans conteste la touche du scientifique qui jouera sur le double front de la préservation tout en veillant à la restauration d’objets de valeur de quelque nature qu’ils soient. «Fini l’approche du XIXe siècle pour laquelle deux tendances régnaient quant à la nature de la préservation des monuments», expliquera M. Badjadja, architecte-restaurateur et consultant auprès du ministère de la Culture.
Pour Viollet-le-Duc, architecte français, la restauration ne fut pas son cheval de bataille. «Les monuments de son époque s’apparentaient à un être humain qui, au fil des années, se voit dépérir». Autrement dit, le geste de sauvetage, voire de restauration, n’était pas pensé. Le charme de la sénescence primait sur la réparation. Tandis que pour le Britannique Ruskin, critique d’art et sociologue, sa vision sur la restauration dépassait la perfection… Jusqu’à ce que le XXe siècle mette la main sur le sujet en optant pour la «réparation» impliquant des scientifiques, les seuls habilités à reconstruire sans dommage les différents objets, notamment ceux altérés par le temps, pour les préserver.
Ainsi, «la protection requiert des personnes dont la connaissance culturelle historique est indéniable, où chaque mot dispose de sa place», atteste encore notre interlocuteur, et d’ajouter : «Qui dit scientifique dit spécialisé.» C’est une question pertinente et fondamentale. Car c’est le scientifique qui met en valeur le patrimoine, le sauvegarde de façon technique». Selon le même spécialiste, l’écoute d’autrui, en possession de l’histoire est une phase très importante dans la mise en valeur d’un tel patrimoine. «Une couleur, un dessin  sont des repères et des témoins de chaque phase historique», précise-t-il encore.
De plus, M. Badjadja, qui est aussi le restaurateur du palais Ahmed Bey, met en exergue la notion de la préservation en cours en Italie, seul pays européen à disposer d’un ministère des Biens culturels.
En Algérie, le domaine demeure vierge, bien que le pays ait accordé l’opportunité de créer un titre «d’architecte qualifié».
«Néanmoins, il se trouve que le nombre de cette catégorie, n’excédant pas la soixantaine, est loin de couvrir notre large patrimoine, du sud au nord», soutient le restaurateur. Sur un autre plan, ce dernier remonte dans le temps pour exhumer la faiblesse des anciens statuts datant depuis 1967, lesquels ne prenaient vraiment en compte que les sites archéologiques classés par le colonisateur français. C’est à la faveur des textes révisés en 1998 et décrétés en 2003 que notre patrimoine commence son recouvrement scientifique en prenant en considération nos repères identitaires. Cela n’est malheureusement pas une mince affaire, car il s’agit en premier lieu d’inculquer aux citoyens la notion de la préservation à travers une sensibilisation loin d’être aléatoire, mais effectuée par des spécialistes es qualité, dont la fluidité dans la communication reste de mise.
Dès lors, une autre opération suivra. D’après le scientifique, c’est la nécessité de mettre sur pied une équipe pluridisciplinaire qui œuvre en harmonie, sans la pression d’un «chronomètre» faisant accélérer la restauration qui n’a pas de compte à rendre au temps. Cela dit, un quelconque empressement pour les besoins «officiels inauguraux», risquerait d’effacer, voire d’exterminer une tranche d’histoire donc une période de vie humaine.
S’agissant du patrimoine culturel en plein chantier de restauration et sauvegarde à Constantine, on citera notamment le palais du Bey qui est à sa phase finale, et le plan d’urgence enclenché à la Médina, refaisant son histoire à l’entrée de Bab El Djabia, en attendant l’élargissement des travaux de réhabilitation à toute cette vieille ville. A vrai dire, la notion de préservation constitue une nouvelle donne dans le jargon des responsables locaux.
Pourtant, les textes sont clairs sur le contexte prédéfini par la tutelle. A moins que celle-ci n’ait mis la charrette avant les bœufs, oubliant de doter ses directions régionales en ressources humaines qualifiées. C’est pourquoi, estime-t-on, il faudra mettre le paquet au niveau de ces structures locales en connaissance des textes législatifs. Des scientifiques spécialisés devraient y être enrôlés en vue d’appliquer les directives permettant une préservation patrimoniale au diapason de la nature de chaque «terreau»… ou de chaque «abstrait» recueillis.

N. H.

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