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La culture du nif

Par Abdou B

Les hommes politiques en Algérie, qu’ils soient au pouvoir, dans l’opposition ou entre les deux (ce qui est une spécificité nationale) car il y en a, semblent tous en parfaite communion sur des dossiers et des problématiques consensuels. La facture des importations alimentaires, les bateaux chargés de pétards et autres nuisances dangereuses, les trafics de drogues et de produits contrefaits, les résistances aux pressions étrangères fort intéressées, les déclarations de l’ONU sur le Sahara occidental, la circulation des hommes vers l’UE, la composante originelle amazighe de l’Algérie et d’autres dossiers font l’unanimité sinon l’unanimisme. Et c’est heureusement vérifié et vérifiable. Alors quelles sont les divergences fondamentales qui font que les déclarations des uns et des autres donnent l’impression d’une guerre civile larvée aux plans idéologique et politique, avec certaines dissonances sur les choix économiques, des hommes ?Il y a cependant une autre dimension culturelle, ontologique diraient les sociologues et philosophes, qui va de soi en quelque sorte. Cet héritage, quoique contaminé depuis la Constitution de 1989, est également revendiqué et tout également consommé régulièrement. Il empêche, comme dans toutes les nations civilisées que les composantes de l’opposition et celles du pouvoir se rencontrent pour des discussions politiques, lors de cérémonies communes au pays et à son histoire, pour des avis et éventuellement plaisanter, afficher des amitiés, de l’estime et du respect au-delà des positions, des élections et du jeu démocratique des alternances, de la commune à la Présidence en passant par les institutions nobles, honorifiques, culturelles, médiatiques, sportives, consultatives etc.A l’image des pays arabes et africains dont les gouvernances sont aux antipodes des gouvernances européenne, anglaise, japonaise, nordique, américaine, australienne… il y a deux bunkers face à face dans lesquels chacun pense détenir la vérité, la science infuse, la connaissance, l’érudition, la prospective, la sagesse et le sens absolu de l’humour. Cette ambiance de duel à mort, ancré comme une culture, socialisé dans la société est exactement reproduite dans les quartiers, les cités et les villes. Ce qui explique pour une part l’intolérance très difficile à soigner aux sommets et au sein des populations. La culture de la misogynie, de la négation de la femme pour les hauts postes de responsabilité descend d’en haut vers le bas. Dans quelle formation politique peut-on trouver des femmes au plus haut niveau de la conception, de la décision et au rang de porte-parole ? A part le cas de Louisa Hanoune qui est anachronique et peu représentatif de l’éducation et de la pratique exécutées par les décideurs, le système algérien est encore conservateur, arriéré et très réactionnaire. L’intérêt inexistant dans les programmes rendus publics par écrit ou dans les déclarations des chefs de l’opposition pour l’art, les productions culturelles, les formations dans les métiers artistiques est exactement le même que celui des partis qui ont la majorité numérique au Parlement et au gouvernement. Les deux camps n’ont jamais initié un projet de loi pour le paysage audiovisuel qui prend des raclées mémorables chaque jour, au point que l’objet sur lequel il y a un unanimisme national, au profit de diffuseurs étrangers, c’est la parabole qui montre des cultures et des femmes dans tous leurs états. Cette culture rétrograde équitablement partagée ferait hurler les Algériens à la seule idée, à la seule rêverie, à la simple plaisanterie qui ferait d’une femme chef du ministère des Finances, de la Défense, de l’Intérieur, de la Santé ou des Affaires religieuses. Quant à faire comme l’Allemagne, puissance de grande envergure, et se laisser diriger par une femme, le nif national bien dressé par la culture d’en haut se ferait couper à ras les narines. C’est la culture du nif ou de Omar Gatlato, mais qui n’a rien à voir avec l’érection de monuments et temples pour la culture, la danse, l’orchestre symphonique ou une cathédrale à même de recevoir, au grand complet, le Bolchoï, l’Opéra de Pékin ou le Cirque de Moscou. Sur les absences énormes, les films, les livres qui se font à l’étranger par des Algériens, la culture de l’unanimisme et celle du nif sont très opératoires. 

A. B.

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