DEPUIS LES VIOLENCES DES ANNÉES QUATRE-VINGT-DIX
Un sentiment d’insécurité s’est installé au sein de la société
Photo : S. Zoheir
Par Abdelkrim Ghezali
La presse nationale ne cesse de rapporter des cas d’agression en plein jour, contre des citoyens. La cote d’alerte a atteint des pics dangereux instaurant un climat de peur et d’insécurité dans différents quartiers des grandes villes et même dans les moyennes
et petites villes. En dépit des efforts des services de sécurité, le phénomène prend de l’ampleur et touche même les quartiers du centre-ville. Dans certains quartiers, les délinquants font la loi. Des bandes de jeunes désœuvrés, livrés à eux-mêmes, échappant à toute autorité parentale, font régner la terreur et imposent leur diktat. Les victimes de ces agressions sont les femmes, les hommes, les vieux et les jeunes. Manifestement, la petite délinquance n’est qu’une phase de transition vers le grand banditisme qui lui, s’adonne au racket, au kidnapping, au vol de voiture, au trafic de drogue et au meurtre. Les caïds du crime organisé, recrutent dans les quartiers malfamés, dans les bidonvilles, ceux qui prouvent leurs capacités de nuisance à travers des agressions, des larcins et autres besognes. Si la délinquance a pris de l’ampleur, c’est en raison de la conjugaison de plusieurs facteurs. L’explosion démographique des années précédentes et le développement anarchique des villes n’ont pas été accompagnés d’un développement économique et social qui absorberait les énormes déperditions scolaires des années 80 et 90. Cette donne objective a été exacerbée par les conséquences socioculturelles et psychosociales des années de violences. La tragédie nationale prend tout son sens dans la dislocation du corps social, la déliquescence des valeurs de solidarité ancestrales et du civisme. Le laxisme des autorités locales et centrales, quant à la prise en charge des besoins des jeunes et moins jeunes, en matière de distraction, de culture, de loisirs et de sport, pousse les milliers d’enfants dans la rue où ils apprennent tous les vices et s’identifient aux déclassés et marginaux, encouragés en cela par des images télévisuelles qui glorifient le banditisme et la violence. Mais la raison fondamentale de cette violence et de cette insécurité qui se généralisent dans toutes les villes du pays, c’est la paupérisation de larges pans de la société, ce qui a grandement affaibli l’autorité parentale et sa capacité à mieux prendre en charge les besoins des enfants aussi bien éducatifs que sociaux et psychologiques. Les disparités sociales énormes aggravent le sentiment d’exclusion chez les enfants et les jeunes qui cherchent d’autres symboles auxquels ils s’identifient pour exprimer leur dépit de la société qui les a rejetés et leur appartenance à des groupes marginaux qui les protègent et les nourrissent de valeurs asociales.
A. G.
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