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Championnat d’Europe des nations 2008

Heureux foot !

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Par Noureddine Khelassi

Il a naturellement sacré l’Espagne, l’équipe la plus joueuse, et consacré les sélections audacieuses et toujours portées vers l’avant comme la Russie, la Turquie et les Pays-Bas. Il aura été, fort heureusement, le cimetière des équipes frileuses et calculatrices. La treizième édition, c’est le foot total contre les schémas rigoureux et les dispositifs cadenassés, ces catenaccio des temps modernes. Elle aura donc signé la défaite des blocs hermétiques qui ont finalement pris l’eau, à l’image de l’Italie et de la France. C’est aussi une histoire de tops et de flops. Top du top, l’Espagne. Luis Aragones, le vieux boucanier du football espagnol, a vaincu le signe indien, 44 ans après, en restant fidèle aux valeurs de la Roja : jeu technique à une touche de balle, porté vers l’avant, rythme et rapidité. Derrière les stars Torres, Villa, Casillas, Puyol, Iniesta, le «vieux» qui va exhiber ses cheveux blancs et sa science sur les rives du Bosphore a réussi l’amalgame avec des révélations comme David Silva ou des confirmations comme l’Hispano-Brésilien Marcos Senna. Avec une moyenne d’âge de 26 ans, la sélection espagnole a de l’avenir devant elle. Et 2010, c’est demain. Le top espagnol, c’est aussi des chiffres. Les statistiques espagnoles sont la preuve par onze que l’audace et le beau jeu finissent toujours
par payer. Dans une belle compétition où le football d’attaque a enregistré 77 buts, soit 2,48 par match, l’Espagne a marqué 12 fois. Le meilleur buteur du tournoi est logiquement espagnol, David Villa qui n’a pourtant pas joué la finale contre l’Allemagne. Deux attaquants espagnols, Villa et Torres, ont marqué la moitié des buts de leur équipe.
L’’Espagne possède également le meilleur goal-average avec 12 buts en attaque et 3 buts encaissés avant les quarts de finale, ce qui en fait la meilleure défense du tournoi après la Croatie qui n’a joué, elle, que 4 rencontres. Au-delà des statistiques, c’est la démonstration du football collectif et léché des Ibériques qui a séduit et conquis l’Europe. Ce n’est pas par le physique que l’Espagne a dominé le tournoi. Sa victoire
fut celle du mouvement, de l’évolution vers l’avant à une touche de balle. C’est  le triomphe de la maîtrise technique, notamment des petits milieux de terrain, danseurs de rumba et petits rats d’opéra comme Xavi, Iniesta, Fabregas et Silva, poids plume à la technique léchée. L’Euro 2008 fut aussi celui du Bolchoï russe.
A l’image de l’Espagne qui lui a barré le chemin du bonheur, le football russe a été total, chatoyant, un foot pétillant comme le champagne. Les jeunes artistes russes furent menés par le chef d’orchestre, maître Andrei Arshavin, que la planète foot veut s’arracher (2 buts, 2 passes décisives). Après une éclipse qui a coïncidé avec l’éclatement de l’Union soviétique, le football russe est de retour au premier plan européen et le maestro Arshavin n’y est pas pour rien qui a porté la sélection russe vers les demi-finales, pour la première fois dans l’histoire de la Russie. Au top, outre l’Espagne et la Russie, la Turquie de Fétih Térim, qui fut finalement mieux qu’un invité surprise de l’Euro. Six ans après, la sélection turque, solide comme un roc et dotée d’un mental de fer, a prouvé que sa demi-finale au mondial 2002 n’était pas un hasard. De retour au dernier carré, les Turcs ont affiché une énorme force de caractère et envoyé un message à peine subliminal : en 2010, le monde footeux doit compter avec eux.
L’Euro des tops, c’est aussi le sublissime Croate Luka Modric.  A la technique brillante, ce milieu aura ravi les nostalgiques de Johan Cruyff. Une des grandes révélations de l’édition 2008, il est sans doute un
digne héritier des artistes de l’ex-Yougoslavie, amateurs de dribbles chaloupés et de passes millimétrées. Il devra confirmer à Tottenham, un championnat fait pour les attaquants. Le flop des flops aura été enfin la France, équipe poussive, asthmatique et souvent au bord de l’asthénie. Le coq gaulois, qui n’a pas pu monter sur ses ergots, a finalement baissé la crête et laissé des plumes. Pas de cocoricos, les Bleus de Raymond Domenech, qui a préféré mourir avec ses certitudes sabre au clair, ont quitté piteusement le tournoi. Chiffres du naufrage du Titanic français : zéro victoire, un petit nul (0 à 0) et une valise pleine de buts (6 en 3 matches).

N. K. 

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