Canada, élections législatives
Les Québécois privent Harper d’un gouvernement majoritaire
Synthèse de la Rédaction internationale
Les indépendantistes du Bloc québécois ont réussi leur pari de priver les conservateurs du Premier ministre Stephen Harper d’une majorité à l’issue des élections législatives canadiennes de mardi dernier. Les conservateurs avaient 127 députés à la dissolution de la Chambre, début septembre, et tablaient sur
d’importants gains au Québec pour atteindre le seuil de la majorité qui se situe à 155 députés sur les 308 que compte la Chambre des communes. Les troupes de Stephen Harper avaient réussi une percée inespérée dans la «Belle Province» en 2006, faisant élire une dizaine de députés, et souhaitaient récolter cette fois les fruits de leur reconnaissance de «la nation québécoise au sein d’un Canada uni». Stephen Harper a d’ailleurs commencé sa campagne électorale au Québec, où il pensait profiter du peu d’appui qu’a actuellement le projet d’indépendance. Mais le Bloc québécois, représentant des indépendantistes au Parlement fédéral, a lui-même relégué au deuxième plan son projet sécessionniste et a fait campagne sur les dangers d’élire un gouvernement majoritaire conservateur sur l’ensemble du Canada. «Nous avons atteint notre objectif. Sans le Bloc québécois, Stephen Harper formerait un gouvernement majoritaire», s’est félicité le chef bloquiste, Gilles Duceppe, devant des supporters en liesse à Montréal. Les conservateurs ont augmenté leurs appuis partout au Canada et remporté 143 sièges, selon les résultats quasi définitifs, mais leurs appuis ont légèrement baissé au Québec. «C’est en réalité le Québec qui a empêché les conservateurs d’obtenir leur majorité», a déclaré à l’AFP Pierre-François Gingras, professeur de sciences politiques à l’université d’Ottawa. Le Bloc québécois a capitalisé sur l’abolition de programmes culturels par les conservateurs peu avant les élections, la promesse conservatrice de renforcer les peines de prison pour les criminels âgés de 14 ans et les coupures dans des programmes de développement économique régionaux. Stratégie payante puisqu’il a remporté 50 des 75 sièges que le Québec occupe au Parlement d’Ottawa, obtenant 38,2% des votes québécois contre 21,7% pour les conservateurs, dont les appuis dépassent pourtant 37% à l’échelle nationale. «La nation québécoise s’est exprimée, et il est maintenant très clair qu’elle ne saurait se contenter d’une reconnaissance symbolique», a déclaré M. Duceppe. Le Bloc a obtenu le soutien de personnalités au Canada anglophone, dont la romancière Margaret Atwood, qui voyaient dans les troupes de Gilles Duceppe le seul rempart contre les conservateurs, étant donné la faiblesse des libéraux qui ont d’ailleurs enregistré l’un des pires scores de leur histoire. Mais Gilles Duceppe n’a pas interprété sa victoire dans la province comme un appui croissant au projet d’indépendance du Québec.
«Les Québécois n’ont pas voté pour la souveraineté mais ils ont voté pour un parti souverainiste», a-t-il nuancé.
La tâche d’organiser un référendum sur la sécession de la province francophone ne revient pas au Bloc québécois mais à sa formation sœur, le Parti québécois, représentant du mouvement indépendantiste au Parlement provincial. Ce parti est actuellement dans l’opposition et ne promet plus de référendum s’il revient au pouvoir.
R. I.
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