Pakistan : bras de fer entre le gouvernement et le Président
Musharraf sur la sellette
Par Moumene Belghoul et Agences
Un bras de fer politique s’est engagé au Pakistan entre la coalition gouvernementale et le Président. Le ministre des Affaires étrangères, Shah Mehmood Qureshi, a adressé un ultimatum à peine voilé au président Musharraf. Ce dernier est prié de quitter ses fonctions s’il veut échapper à la procédure de destitution que s’apprête à lancer le gouvernement à son encontre. La coalition gouvernementale hostile au chef de l’Etat, en place depuis mars, s’est engagée début août à enclencher la procédure de destitution de l’ex-général allié de premier plan des Etats-Unis. L’acte d’accusation pourrait être soumis à l’Assemblée nationale. Cette mesure spectaculaire et inédite, si elle aboutissait, consacrerait cinq mois de tensions entre le gouvernement et Pervez Musharraf, au pouvoir depuis un coup d’Etat militaire en 1999. Confiant en son pouvoir, Musharraf a fait savoir qu’il n’avait nullement l’intention de lâcher les commandes du Pakistan. Il faut dire qu’en 61 années de l’histoire du Pakistan, aucun président n’a été destitué. Des tractations ont été engagées en coulisses afin de lui épargner l’humiliante procédure de destitution, voire des poursuites contraignantes.
Une autre option serait de «réduire le statut du Président à celui d’une figure de premier plan», aux pouvoirs honorifiques, privée des droits de dissolution du Parlement et de nomination du chef des armées. Plusieurs choix s’offrent au président Musharraf englué officieusement dans des marchandages avec ses adversaires pour une sortie de piste honorable. Musharraf partirait en échange de l’assurance de ne pas être poursuivi pour avoir imposé l’état d’urgence le 3 novembre 2007. Le Président peut en théorie dissoudre l’assemblée nationale, voire déclarer l’état d’urgence, même si cette dernière option semble assez improbable. Mais la perspective d’une destitution du président pakistanais inquiète ses alliés occidentaux, Etats-Unis en tête, qui redoutent toute instabilité dans ce pays. Musharraf est considéré dans la région comme un allié clé des Etats-Unis.
Washington a accordé, depuis, quelque 11 milliards de dollars au Pakistan en aide financière et militaire. Et l’allié américain a placé tous ses espoirs dans le président Musharraf pour lutter contre Al Qaïda et les taliban au Pakistan et en Afghanistan voisin.
Les Etats-Unis pensent en effet que le réseau d’Oussama Ben Laden et les taliban afghans ont reconstitué leurs forces dans les fameuses zones tribales du nord-ouest du Pakistan, à la frontière de l’Afghanistan, grâce au soutien de taliban côté pakistanais. Les espoirs des opposants pourraient à nouveau reposer sur les militaires, et en particulier sur le général Ashfaq Kayani qui a succédé en novembre 2007 à Musharraf au poste de chef des armées.
Mais, pour les analystes, un éventuel départ de Musharraf ne ferait qu’aiguiser les appétits au sein de la coalition gouvernementale, alliance d’ennemis héréditaires aujourd’hui fragilement unis par leur hostilité envers l’ennemi à abattre, le chef de l’Etat. Le Parti du peuple pakistanais (PPP), dirigé par le veuf de Benazir Bhutto, Asif Ali Zardari, et la Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz (PML-N) de l’ex-Premier ministre Nawaz Sharif pourraient, en effet, se livrer une guerre sans merci pour succéder à Musharraf.
M. B.





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