Les autorités serbes ont arrêté Radovan Karadzic
Fin de la cavale du bourreau de Srebrenica
Par Moumene Belghoul
Personnage ultra-médiatisé, Radovan Karadzic était réclamé par le Tribunal pénal international TPI pour, entre autres, avoir été l’instigateur du génocide de Srebrenica de triste mémoire où près de 8 000 musulmans ont été massacrés en juillet 1995. En fuite depuis, Karadzic a défié pendant plus de treize ans la justice internationale et les Occidentaux notamment depuis son inculpation en 1995 pour «génocide et crimes de guerre». L’arrestation de Karadzic dont la cavale a valu à la Serbie de fortes pressions des Occidentaux intervient étrangement à peine dix jours après la formation à Belgrade d’un gouvernement. Ce dernier regroupant les pro-européens du président Tadic et les socialistes du défunt Slobodan Milosevic a fait du rapprochement avec Bruxelles une priorité. Réagissant à la nouvelle, l’Union européenne a salué l’arrestation de Karadzic, y voyant une «étape importante» de la Serbie sur la voie de l’adhésion à l’Europe des 27. Une des conditions requises, en effet, pour que la Serbie puisse à terme intégrer l’Europe était l’arrestation puis la remise au TPI de Karadzic. Outre Karadzic, l’Europe exigeait l’arrestation préalable de Mladic de même que celle d’un troisième fugitif, Goran Hadzic, ancien leader des Serbes de Croatie. Cette arrestation «va dans la bonne direction», a déclaré à Bruxelles le diplomate en chef de l’UE, Javier Solana, à son arrivée à une réunion des ministres européens des Affaires étrangères dont l’objectif est d’évaluer «l’impact de l’arrestation sur les perspectives de rapprochement entre la Serbie et l’UE». De son côté, la Maison-Blanche a félicité le gouvernement de Serbie pour l’arrestation de Karadzic, estimant que cela rendait «hommage» aux victimes innocentes. «Justice a finalement été faite», a déclaré à Sarajevo une responsable de l’«Association des mères de Srebrenica». Individu froid et sans pitié selon les biographes, Karadzic était également poursuivi pour son rôle dans le siège de Sarajevo qui a duré 43 mois et pendant lequel quelque 10 000 civils ont été massacrés. Il n’avait plus été vu en public depuis sa fuite en 1996. Malgré ses actes monstrueux, Karadzic est toujours considéré comme un héros par de nombreux Serbes. D’ailleurs, dès l’annonce de sa capture, une cinquantaine d’ultra-nationalistes s’étaient rassemblés devant le bâtiment du tribunal pour protester.
Le TPI où devait être transféré Karadzic recherche encore Ratko Mladic, ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, et Goran Hadzic, ancien chef des Serbes de Croatie. Après l’annonce lundi soir de l’arrestation de Karadzic par les services secrets serbes, l’UE avait promptement exprimé sa satisfaction. La capture
de Karadzic a été saluée à l’unanimité. Cela démontre que le nouveau gouvernement serbe veut «agir conformément à ses obligations internationales et européennes», a estimé le ministre suédois des Affaires étrangères Carl Bildt, ancien haut représentant en Bosnie. Les Pays-Bas ont salué l’«immense pas en avant» accompli par Belgrade.
Le ministre britannique des Affaires étrangères David Miliband a qualifié l’arrestation de Radovan Karadzic de «bonne nouvelle» ouvrant la voie à «un meilleur avenir pour la Serbie». Autre membre de l’UE, la Grèce, connue pour être un fervent partisan d’une adhésion de la Serbie à l’UE, estime que Belgrade «peut désormais regarder l’avenir et la perspective européenne avec confiance», a déclaré la ministre grecque des Affaires étrangères. Le diplomate américain Richard Holbrooke, artisan de l’accord de Dayton qui a mis un terme en 1995 à la guerre en Bosnie, a désigné Karadzic, dans une interview à la BBC, d’«Oussama Ben Laden de l’Europe». «Un grand malfrat a été retiré de la scène publique», ajoutera-t-il. «Un moment historique pour les
victimes», commentera, quant à lui, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon.
La Russie, alliée traditionnelle de la Serbie, a souhaité que Karadzic ait un procès «impartial», en accusant le TPI d’avoir souvent fait preuve de deux poids, deux mesures. Dmitri Rogozine, représentant de la Russie auprès de l’OTAN, a posé le problème de façon différente.
Il a estimé que, si Karadzic était déféré devant la justice internationale, les dirigeants occidentaux qui ont ordonné et bombardé Belgrade en 1999 devraient, eux aussi, payer en étant également jugés.
M. B.
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