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Libre, Ingrid Betancourt quitte la Colombie et rejoint sa douce France

Hugo Chavez «otage» de l’axe Paris-Washington-Bogota ?

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Par Anis Djaad

Moins de cinq millions d’Irlandais qui disent «NON» au traité simplifié de Lisbonne, un président polonais qui juge sa ratification «sans objet», un commissaire européen qui boude le dîner offert par l’Elysée pour le semestre présidentiel de la France à la tête de l’Europe et des «invités» hésitants sur leur présence au défilé du 14 Juillet. Enfin, n’ayant pu imaginer pires indispositions, Nicolas Sarkozy a une bonne nouvelle à annoncer à soixante millions de ses concitoyens. Et pour être une bonne nouvelle, c’en est vraiment une. Après six ans de détention dans la jungle colombienne, la députée Ingrid Betancourt est libérée des mains des FARC. Derrière son pupitre élyséen, plus exactement derrière les jeunots de la famille Betancourt, l’actuel président de la République française est fier de proclamer la fin du calvaire de 15 des détenus des Forces révolutionnaires de Colombie. Il en reste 3 000 mais la mobilisation va être constante et on va comprendre le pourquoi. Peu importe qui est aux commandes à l’heure précise de cette libération, tant qu’elle a eu lieu. Et dans des conditions expertes, les libérés ont été héliportés dans un appareil peint en blanc, à la couleur du camouflage.
Suite à quatre mois d’âpres préparations au bout desquelles l’infiltration a été possible au sein même de l’état-major des FARC, le vieux gardien étant depuis mars dernier aux mains des esprits qui veillent sur la jungle. Que peut-on, aujourd’hui, reprocher à Alvaro Uribe qui, dans la peau d’un chef guerrier de l’antiterrorisme mondial (toutes les greffes sont permises), a toujours cru en la force ? Les commandos de l’armée colombienne n’y ont pas eu recours, Ingrid et ses compagnons de jungle ont vécu un transfert des plus paisibles. En douce, n’était le bruit des palmes. Bravo les gars, les FARC n’ont plus la force d’exister, de résister ni de charrier sur la largeur convenue pour un quelconque espace de négociations ou d’échanges de détenus. On infiltre, on fait semblant puis on décolle comme si de rien n’était.
Les héritiers du défunt chef guérillero doivent s’arracher les cheveux : comment peut-on se prendre avec autant d’allégresse pour un des leurs et semer une pagaille monstre en un simple «tour de magie» ? Cela témoigne, au moins, de l’affaiblissement qui gagne les rangs des forces révolutionnaires et de l’importance du dessus que viennent de prendre leurs ennemis en si peu de temps. En un temps record. Les faits sont là, probants, les FARC sont invités à abandonner leur «lutte absurde», au dire de Nicolas Sarkozy. Demain, mériteront-ils une amnistie générale que le président Uribe est seul censé offrir ? Sinon un accord de paix que son voisin ennemi vient de lui proposer en guise de félicitations ? Ne précipitons pas le cours des événements, essentiel arrêt sur images.
La victoire n’est-elle pas celle de tous ceux qui ont œuvré pour qu’Ingrid et ses camarades de «cage» recouvrent la liberté, toute la liberté ? La cellule du Quai d’Orsay a tourné à plein régime et ne compte que le résultat. A Mme Betancourt d’avoir l’amabilité, sinon la mémoire, de citer ses familles amies dans l’ordre, les de Villepin et les Chirac. Mais comme l’histoire ne retient que l’essentiel, le présent, quoi, il faut se précipiter de marquer les matins qui chantent, politiciens soient-ils. Au-delà de la dimension humaine qui est à chacun, l’évidence ne connaît pas de différence dans de pareilles circonstances. Le bruit de bottes qui a eu vite fait de s’amenuiser quelque part entre la Colombie, le Venezuela et l’Equateur est à archiver en cas de besoin, demain. Ce que doivent retenir les faiseurs de médias, Uribe a su damner le pion à Hugo Chavez qui, lui, a cru bien faire en
privilégiant le «troc» au beau milieu de la jungle. Cela se comprend quand on est perpétuellement accusé de financer et d’armer les FARC. Trop bolivarien, trop néo-socialiste (poutien ?), trop anti-occidental pour prétendre user d’autre chose que l’arme du pétrole. Il est admirable de titiller les Bush sur leur manière d’établir l’occidentalisation comme moyen de réflexion et de guide pratique, en Orient et dans le monde arabe, mais la vérité à consommer est tenace. Si Ingrid Betancourt a, aujourd’hui, le droit, absolu, de retourner dans un monde «humain» ce n’est que grâce à l’armée colombienne.
A Uribe Alvaro qui, malgré les accusations d’antiaméricanisme, a accompli sa mission jusqu’au bout. Zapatero pour l’histoire, W. Bush pour la revanche et Sarkozy pour la circonstance peuvent crier allégrement à
la victoire d’Alvaro qui n’est autre que la leur. Elle est encore plus belle contre un «castriste» qui, par idéologie proscrite, tient à «dilater» son hégémonie à travers une Amérique latine trop nationaliste au goût de certains. Ras-le-bol de ces Vénézuéliens trop harassants… trop de ces mollahs iraniens harassants qui jouent l’amitié chiito-sunnite pour gagner en longueur de turban. Pareil pour ces Russes ou ces Chinois qui n’arrêtent plus de livrer des défis dont le prix exorbitant est à facturer à la pompe.
Sans manipulation médiatico-politique aucune, la libération des otages de la jungle colombienne n’est que le fait d’une minutieuse préparation que Bogota a menée dans le strict langage de la grande muette, national, qui est propre à tous les Etats. Jamais contre un Hugo Chavez qui a promis une réponse adéquate à la politique d’immigration que Nicolas Sarkozy veut imposer à ses pairs européens de l’union des Vingt-sept, une fois encore désunis. Ni pour un McCain, candidat à la présidentielle américaine, qui n’a vu que du fer dans la main d’Uribe. Lui, qui incarne l’Amérique de demain, supposément multilatéraliste sur tous les angles de vue. Rassurons-nous, il ne s’agit que d’un sauvetage au nom de l’humanisme (celui des otages également ?), universel par
définition, et c’est tant mieux ainsi. D’ailleurs, comme celui qui a précédé les délais de la libération de Florence Aubenas et que beaucoup ont cru avoir été reportés par la «grâce» de la mauvaise humeur de ses kidnappeurs.  

A. D.

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