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Lynda Thalie : une enfance à la mer

Par Alexandre Vigneault
 
Chacun a un petit coin de verdure qui lui est cher. Dans le cadre de la série Grandeur nature, le photographe Ivanoh Demers et le journaliste Alexandre Vigneault lèvent le voile sur les paysages intimes de sept artistes. De son Algérie natale à la Rive-Sud de Montréal, la chanteuse Lynda Thalie n’a jamais perdu le goût de l’eau. Vivant désormais loin de la mer qui l’a vue grandir, elle s’est prise d’affection pour le fleuve Saint-Laurent.
«Regarder l’eau, c’est la première chose que je fais le matin et la dernière que je fais avant d’aller me coucher», assure Lynda Thalie. Poser les yeux sur une étendue d’eau chaque jour est pour elle un besoin presque aussi essentiel que d’en boire. Osons même avancer que ça lui est carrément vital. «Je pourrais vivre là où il n’y a pas d’eau, reconnaît-elle, mais je ne sais pas si je pourrais y être heureuse.»
La jeune chanteuse d’origine algérienne a de la chance. Derrière chez elle, sur la Rive-Sud de Montréal, il y en a de l’eau. Beaucoup même. De son salon, on aperçoit d’abord un étroit lac artificiel qui 
s’étend sur plusieurs centaines de mètres. 
Plus loin, on voit la route 132 et, enfin, la force tranquille du Saint-Laurent. «Des fois, le dimanche matin, quand c’est bien silencieux, tu peux entendre les sirènes des bateaux», dit-elle. Voir l’eau, c’est bien, mais la toucher, c’est mieux. Elle a donc pris l’habitude de fréquenter le parc de Sainte-Catherine. Pour sa plage en retrait du Saint-Laurent, pour les pique-niques aux abords du fleuve, pour les petites anses où l’on peut se tremper les pieds dans l’eau glacée, pour la vue sur les rapides de Lachine et pour le spectacle qu’offre parfois la voie maritime du Saint-Laurent. Le matin où la Presse l’a rencontrée, un cargo mouillait justement dans l’écluse Sainte-Catherine. «Ça c’est génial !» s’est-elle exclamée d’un ton presque enfantin.
Les bateaux, Lynda Thalie adore. Les petits voiliers de plaisance comme les gros navires. Elle est née à Oran, ville portuaire d’Algérie où est né le raï. Son père était militaire. Capitaine dans l’armée navale pour être plus précis. 
«Les marins sont tous très humbles, a-t-elle constaté. Ils ne savent jamais ce que la mer leur réserve. Ils l’aiment, mais ils la craignent. Il savent très bien qu’elle peut leur faire des misères.»
 
La mémoire de l’eau
Son enfance entière, d’Oran à Alger, a été marquée par le voisinage de la Méditerranée. «On était tout le temps près de l’eau, se rappelle-t-elle. On mangeait du poisson tous les jours.» Et si elle connaît les dangers qu’on peut courir en mer, les grandes étendues d’eau s’imposent d’abord et avant tout dans son esprit comme une image sécurisante. Elle l’oppose d’ailleurs à celle du désert qui est «comme une mer desséchée». «C’est pour ça qu’il est si déstabilisant», analyse la chanteuse.L’eau est une matière favorisant l’inspiration à ses yeux. «Souvent, pour que les idées puissent arriver, il faut faire le vide. Observer l’eau, j’ai l’impression que c’est comme un mantra. Le vide se fait, expose-t-elle. C’est le lieu d’où les idées émergent.» Mais au-delà des considérations philosophiques, ou de ses impacts positifs sur la création, sa relation intime avec l’eau en est d’abord une de plaisir. De sa jeunesse à Alger, elle retient tous ces étés passés à la plage. «On ne se demandait pas ce qu’on allait faire, on allait à la plage, c’est tout», se rappelle-t-elle. Bain de soleil et bain d’eau salée. Une fois là-bas, les uns et les autres faisaient aussi des pieds et des mains pour trouver quelqu’un pour les emmener en hors-bord. «On trouvait toujours», assure-t-elle, sourire aux lèvres. 
«Je m’ennuie de ça», ajoute la chanteuse. Elle avoue même qu’un «petit tour en ponton» la comblerait. C’est dire l’ampleur de sa nostalgie ! Pour compenser, sans doute, elle s’offre la totale quand elle a l’occasion d’aller dans le Sud. «Chaque fois, je fais un tour d’une journée en catamaran. Je m’installe juste là où on peut voir l’eau passer en dessous, précise-t-elle. Tu n’as jamais vu une fille plus heureuse !» Le nec plus ultra des souvenirs d’enfance, ce sont toutefois les excursions à Tipasa, ville côtière située à environ 70 km à l’ouest d’Alger. 
Pour la plage, bien sûr, mais aussi pour les ruines romaines, érigées là même où les Phéniciens avaient établi un comptoir commercial. «J’adorais aller là, m’imaginer que des gens étaient passés par là 2 000 ans avant moi et qu’ils avaient la même vue sur la Méditerranée, dit-elle. J’ai toujours sur moi un morceau de mosaïque que j’ai pris là-bas. Un tout petit morceau que je garde dans mon portefeuille. Il me rappelle cet endroit.»
A. V.
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