à l’approche du Ramadhan, la saignée des bourses commence
Régulation des marchés : la formule magique toujours introuvable
Photo : Riad
Par Hasna Yacoub
Comme chaque année, les représentants de l’Etat algérien, à différents niveaux, promettent au citoyen un mois de carême paisible: sans pénurie, sans spéculation, ni montée en folie des prix des produits de consommation. Mais, comme chaque année, le citoyen se retrouvera seul face aux pénuries, aux spéculations et à la montée en flèche des prix. Comme seule explication, il aura droit aux tergiversations des uns et des «c’est la loi de l’offre et de la demande» des autres, qui ne pèseront en rien sur son pénible quotidien.
La régulation du marché en Algérie semble une tâche très ardue à laquelle aucune solution n’a été trouvée jusqu’à présent. Cette année encore, l’Etat a opté pour de nouvelles dispositions réglementaires comprises dans le décret exécutif nommé «lettre d’accompagnement». Ces mesures visent à lutter contre la multiplication des intermédiaires opérant sur le circuit de distribution des fruits et légumes. Selon le responsable de l’organisme de régulation, cette lettre d’accompagnement va permettre de réguler le marché de façon pérenne et globale en assainissant les circuits de distribution dans les marchés de gros, de détail et au niveau des grandes surfaces. Ce document inscrit dans le décret exécutif, publié au Journal officiel, «contient le nom ou la raison sociale du fournisseur, la nature et la quantité des fruits, des légumes et des produits de la pêche et comporte la date et le lieu de chargement et de déchargement», des modalités permettant d’avoir une traçabilité des produits mis en vente sur les marchés. Malgré cette lettre d’accompagnement qui vient s’ajouter à tout un arsenal de décrets et de mesures déjà pris par les pouvoirs publics, il sera toujours difficile de contrôler les marchés en Algérie, de l’aveu même de ce responsable, qui a admis la difficulté de surveiller l’ensemble des marchés existants sur le territoire national, en raison de la «mauvaise répartition» de ces derniers. Il existe en Algérie 1 597 marchés, dont 43 dédiés au commerce de gros de fruits et légumes et 654 de détail. Il existe presque autant de marchés que de communes en Algérie. En quoi réside la difficulté pour un maire de déléguer un employé pour le contrôle de cette structure ? Les pouvoirs publics, que ce soit l’organisme de régulation, l’APC ou encore le ministère du Commerce, ne peuvent-ils pas coordonner leurs efforts pour mieux gérer le problème de la flambée des prix ? En février dernier seulement, entre la pomme de terre, qui avait atteint 130 DA le kilogramme (juste après la mise en œuvre du dispositif Syrpalac pour le stockage de la pomme de terre), la tomate cédée à la même valeur et la banane qui affichait ostensiblement 190 DA le kilo, les ménages ne savaient plus s’ils devaient frire des bananes et s’offrir une pomme de terre comme dessert ! Les pouvoirs publics ? C’était l’indifférence. Les marchands et intermédiaires ? La voracité. Une voracité qui a repris du «service», en ces quelques jours qui séparent du mois de Ramadhan. La couleur est déjà annoncée : la flambée sera de mise. Il faut bien que les marchands se «remplissent» les poches et le mois sacré est le mois propice pour le faire. Les marchés se convertissent, le temps d’un mois, en des bourses à ciel ouvert où l’action des fruits et légumes est revendue à un prix exorbitant. Dans les marchés, où se schématise à une échelle réduite l’économie nationale, les flux de «capitaux» s’échangent à une vitesse record et le cours du dinar s’effondre. Pour investir dans ce domaine, pas besoin de faire une étude de l’offre et de la demande, ni celle du comportement du consommateur algérien, car il paraît que l’anarchie est la seule régulatrice du marché. La petite bourse d’un père de famille déjà saignée, le sera encore plus durant le mois sacré. Pourtant, le chef de l’Etat ne cesse d’instruire, d’un Conseil des ministres à un autre, son ministre du Commerce pour une meilleure régulation du marché. Des instructions qui semblent être emportées par le vent…Les commerçants, eux, ne se sentent pas concernés par ces directives vu que personne ne vient leur taper sur les doigts. Quant à l’activité informelle, érigée en véritable économie parallèle qui est certes à l’origine d’un préjudice annuel de plus de 500 milliards de dinars au Trésor public, elle reste au moins bénéfique pour le citoyen qui retrouve des prix des produits de consommation un peu plus bas qu’au niveau des commerces. Il ne s’agit nullement d’applaudir l’informel mais tant que les pouvoirs publics n’arrivent pas à juguler les prix et à réguler les marchés, cette filière reste le dernier recours du citoyen pour pouvoir boucler ses fins de mois. On en est presque à dire «vive l’informel», puisque personne ne semble s’incommoder de la détresse des petites gens soumises à l’humeur de la mercuriale. L’Etat se rendra-t-il compte un jour qu’il est moins coûteux pour le Trésor public de maîtriser le marché et les prix dans leur ensemble que d’augmenter régulièrement les salaires pour faire face à une inflation galopante et à l’érosion du pouvoir d’achat de larges couches de la population ?
H. Y.
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