éLECTION PRéSIDENTIELLE FRANçAISE
Sarkozy, le favori devenu outsider
De notre correspondant à Paris
Merzak Meneceur
Alors que la campagne électorale du premier tour de l’élection présidentielle française garde son intensité avant sa clôture demain soir, le président-candidat Sarkozy a des soucis à se faire quant à sa cote de popularité et ses chances de succéder à lui-même au palais de l’Elysée. Un tout récent sondage publié hier, indique que les intentions de vote en sa faveur, dimanche soir, sont en net recul pour retrouver le score de son entrée en campagne le 15 février, c’est-à-dire que 24%, alors que son principal rival, François Hollande est à 29%. Au deuxième tour, il y aurait pas photo, tellement le candidat socialiste le distance, 58% contre 42%. C’est énorme car il est difficile de croire à une pareille marge d’erreur des sondages, considérée généralement à 2 ou 3%.Comment expliquer que le candidat sortant, généralement favori pour sa propre succession, se trouve dans cette situation en fin de campagne électorale ? En premier lieu, on peut avancer cette image du président des riches aux allures de «bling-bling» dont il n’arrive pas à se défaire. Il y aussi son bilan quinquennal décevant pour la majorité des Français, son programme pour un deuxième mandat qui manque d’épaisseur et de lisibilité et enfin sa stratégie de campagne qui, tantôt consistait à «draguer» les électeurs attirés par le Front national et leurs idées d’extrême droite (leur candidate Marine Le Pen est accréditée de 17%), tantôt se tourner vers les centristes de François Bayrou (10%) qui humainement et socialement sont aux antipodes de son premier choix. Dans ce cas, les voix qui se gagnent d’un bord sont perdues de l’autre bord. Sarkozy a voulu rééditer son coup de 2007 sans tenir compte que cinq ans de présidence avec son bilan sont passés par là.
Feinte ou réelle, la détermination de Sarkozy de «lutter jusqu’au bout» est intacte si on se réfère à ce qu’il dit lors de ses meetings. Lui qui espérait tant sur l’impact, qui ne s’est pas manifesté, de son dernier rassemblement à la place de la Concorde à Paris, se dit serein, affirme chaque jour que les sondages ne sont pas des votes et assure qu’il y aura une surprise. Et il compte beaucoup sur son face-à-face au deuxième tour avec Hollande pour renverser la tendance qui lui est si défavorable. C’est vrai que dans le passé, plusieurs fois les sondages ont été démentis par les urnes mais pas lorsqu’il y avait de tels écarts entre les deux prétendants, les plus sérieux, à la victoire. Deux données peuvent maintenir un espoir à Sarkozy. Le taux d’abstention qui demeure une inconnue mais qui risque d’être élevé (plus de 20%) et le fait que 28% des électeurs déclarent n’avoir pas fait un choix définitif sur leur vote de dimanche.En attendant, alors que François Hollande poursuit sa campagne sans se griser ou se démobiliser devant les bonnes nouvelles, Sarkozy a dû apprendre avec amertume le ralliement de plusieurs de ses anciens ministres «d’ouverture» ou de l’époque de Jacques Chirac à son principal adversaire. Fadéla Amara, ancien ministre de la Ville, Martin Hirsch, haut commissaire, Aziz Begag, ministre dans le gouvernement Villepin, et Brigitte Girardin, ministre de l’Outremer, ont déclaré publiquement qu’ils voteront Hollande. «Des gens qui doivent tant à Nicolas Sarkozy», a déclaré François Copé, secrétaire général de l’UMP, à propos de Amara et Hirsch alors que Begag a expliqué son choix par «l’anti-bling-bling» et à «cause des dégâts qui ont été causés à la République française depuis cinq ans». «Qu’est-ce que l’efficacité ? C’est faire partir Nicolas Sarkozy et retrouver la France qu’on aime», a-t-il ajouté.
M. M.
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