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Attentat suicide contre l’école de la gendarmerie nationale des Issers

43 morts et 45 blessés, condamnations unanimes du carnage

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Photo : Sahel

Par Ali Boukhlef

La mort était au rendez-vous hier matin aux Issers. Au moins 43 morts et 45 blessés, et le bilan est encore provisoire. C’est la conséquence d’un autre fou qui, d’une double explosion, a fait sauter une partie de l’Ecole de gendarmerie des Issers et fauché la vie à des dizaines de jeunes innocents.  Comme dans beaucoup d’endroits ces derniers temps, les semeurs de la mort se sont donc déplacés dans cette paisible ville des Issers, qui sert de carrefour à plusieurs régions du sud de la Kabylie.
Il y a beaucoup de monde en cette matinée du 19 août. Il est 7h30. En plus des allers-retours habituels et très fréquents à cette heure de la journée, l’Ecole de gendarmerie, située à l’entrée ouest de la ville, grouille : des dizaines de jeunes diplômés attendent depuis trois jours leur tour pour passer le concours d’entrée. Ceux qui s’étaient présentés hier ne savaient pas ce qui les attendait. Tout comme les passagers de ce bus qui fait la navette depuis seulement quatre jours entre Tizi Ouzou et Oran. «Il y avait dix-neuf passagers. Moi, j’étais assis sur le siège avant. Je ne me suis rendu compte de rien. Tout juste que, après l’explosion, j’ai vu l’horreur : des organes d’être humains jetés partout.» Houari K. est receveur de ce bus flambant neuf. Aucun des voyageurs n’a été touché. Lui non plus. Mais l’homme, encore sous le choc lorsque nous arrivions sur les lieux trois heures plus tard, n’a que les images insoutenables en tête, même si, de temps en temps, il tente de nettoyer son bus, dont les vitres ont volé en éclats. Tout autour, ce sont les mêmes scènes de désolation.  
Des traces de sang sont visibles partout, malgré le passage en masse des services municipaux et de la Protection civile. Le ramassage des morceaux de chair et d’autres organes -mis dans des sachets noirs- par les services de la Protection civile n’a pas réussi à effacer les traces de la mort : l’odeur du sang se répand à plusieurs mètres à la ronde, tandis que sur le sol des lambeaux d’ossements humains, encore frais, sont toujours visibles. Et pour ajouter de la couleur au décor, les vêtements des jeunes victimes jonchent tout le parterre, au moment où des artificiers et autres agents de la police scientifique s’affairent à ramasser les preuves de l’attentat.
Le cratère creusé par la déflagration et les dégâts occasionnés sur les immeubles environnants renseignent sur la violence de l’explosion. «On avait cru à un séisme», témoigne le tenancier d’un café restaurant situé à quelques encablures du lieu de l’explosion. Son commerce a été gravement endommagé : vitres complètement soufflées, rideaux défoncés et bouteilles jetées par terre. Mais notre interlocuteur est plus chanceux que les occupants de la 307 verte dont il ne reste plus rien. Ces trois membres d’une même famille, apparemment venus de Béjaïa, attendaient leur fils qui devait passer le concours. Il est, par miracle, le seul survivant. Parti acheter des cigarettes, selon le témoignage des riverains, il a trouvé à la place de ses parents, des cendres, et un amas de tôle à la place de ce qu’était la belle voiture.
Mais au-delà de l’horreur et de la barbarie causée par cet énième attentat, les personnes présentes, tout comme les observateurs et les journalistes, ont été surpris par la méthode utilisée par les terroristes.
Dans ce brouhaha et au milieu de cette consternation générale, il est difficile d’établir les faits dans leur exactitude. Mais les témoignages des riverains convergent vers le fait que le kamikaze, muni d’une ceinture d’explosifs, s’est introduit au milieu de la foule avant de faire exploser simultanément sa charge et celle restée probablement à l’intérieur de sa voiture, que beaucoup de témoins désignent comme une Toyota Hilux. Calciné, le véhicule est réduit en ferraille.
Le ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, venu peu avant 11h, n’a non plus répondu à la question. Il s’est contenté d’avancer la thèse d’un attentat suicide.
Quoi qu’il en soit, le mode opératoire des terroristes importe peu devant la terreur qu’ils sèment. Et les Issers, qui ont vécu l’horreur, ne sont pas près d’oublier ce 19 août.

A. B.

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