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Document référentiel de l’histoire de la révolution et de l’Algérie

La charte de la Soummam a constitué l’embryon de l’Etat algérien

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Photo : Sahel

Par Hasna Yacoub

La charte issue du congrès du 20 août 1956 est l’un des textes fondateurs de la République algérienne. Beaucoup datent à partir de cet événement la constitution du premier embryon de l’État. Son grand artisan, Abane Ramdane, est la tête politique du FLN qui a négocié le ralliement au Front de tous les courants nationalistes. C’est lui surtout qui, avec l’appui de Krim Belkacem et de Larbi Ben M’hidi, marquera de son empreinte le «programme» adopté lors de ce congrès. Selon Ali Cherif Deroua, ancien responsable du MALG, Abane Ramdane avait préparé la plate-forme du congrès du 20 août 1956 bien avant sa tenue. Ali Cherif Deroua parle d’une lettre de Abane datée du 14 mai 1956 adressée aux responsables du FLN au Caire dans laquelle il annonce la rencontre de la Soummam en invitant la délégation de l’extérieur à envoyer ses représentants : «Elle [la plate-forme politique, ndlr] sera envoyée incessamment dans plusieurs lettres». Elle fait 30 pages, selon
Cherif Deroua.
Dans cette trentaine de pages rédigées par cet acteur principal de la révolution algérienne tous les problèmes ont été abordés : la situation politique, le rôle de l’ALN, les perspectives politiques du FLN, la faillite des anciennes formations politiques, le rôle négatif des messalistes, l’absence d’engagement des communistes, la stratégie impérialiste française, le rôle du mouvement paysan, du mouvement ouvrier, du mouvement des jeunes, des intellectuels et professions libérales, des réformes sociales, du rôle de la femme, le droit des minorités, etc. Mais son point le plus important reste les conditions des négociations avec la France, la primauté du politique sur le militaire et de l’intérieur sur l’extérieur.
La plate-forme du congrès de la Soummam, telle qu’elle a été présentée au peuple, deux années après sa
rédaction, par le CEE est divisée en trois parties : la situation politique  actuelle, les perspectives générales, les moyens d’action et de propagande.
En premier lieu, il est fait état du succès de la résistance armée : «En une période relativement courte, l’Armée de libération nationale, localisée dans l’Aurès et la Kabylie, a subi avec succès l’épreuve du feu» ; du soutien indéfectible du peuple : «Elle bénéficie pleinement de l’amour du peuple
algérien, de son soutien enthousiaste, de sa solidarité agissante, morale et matérielle, totale et indéfectible.» Conclusion : «En dépit des incessants renforts, jugés aussitôt insuffisants, malgré le quadrillage ou autre
technique aussi inopérante que les déluges de feu, les généraux français sont obligés de reconnaître que la
solution militaire est impossible pour résoudre le problème algérien», est-il précisé dans le texte de la charte.
Dans ce dernier, il est également reconnu que l’action de l’ALN a
bouleversé le climat politique en Algérie et a provoqué un choc
psychologique qui a libéré le peuple de sa torpeur de la peur, de son
scepticisme. Elle a également
déterminé une union psycho-politique de tous les Algériens, cette unanimité nationale qui féconde la lutte armée et rend inéluctable la victoire de la liberté.
Revenant sur l’organisation
politique, il est souligné que «le FLN, malgré son activité clandestine, est devenu aujourd’hui l’unique organisation véritablement nationale» qui a réussi le «tour de force de supplanter tous les partis politiques existant depuis des dizaines d’années». La raison ? Une doctrine claire : un but à atteindre, c’est l’indépendance nationale, le moyen, c’est la révolution par la destruction du régime colonialiste.
L’importante de l’union du peuple avec un FLN décidé à lutter «contre les aventuriers, les mouchards, les valets de l’administration, indicateurs ou policiers» est alors soulignée. La charte a donc reconnu à la nation algérienne son indivisibilité. Une clause est
destinée à faire disparaître la fiction de «l’Algérie française». Elle lui a reconnu son indépendance et sa souveraineté dans tous les domaines jusque et y compris la défense nationale et la diplomatie. Elle a évoqué la libération de tous les Algériens et Algériennes emprisonnés, internés ou exilés en raison de leur activité patriotique avant et après l’insurrection nationale du 1er Novembre 1954. Elle a reconnu le FLN comme seule organisation représentant le peuple algérien et seule habilitée en vue de toute négociation. En contrepartie, le FLN est garant et responsable du cessez-le-feu au nom du peuple algérien. La charte a confirmé l’appel du 1er Novembre : pas de cessez-le-feu avant la reconnaissance de l’indépendance, de l’intégrité du territoire, Sahara compris, et pas de double citoyenneté pour les pieds-noirs. Elle a confirmé la collégialité de la direction à tous les niveaux. «Une administration révolutionnaire avec des djemaas clandestines et des organismes s’occupant du ravitaillement, de la perception d’impôts, de la justice, du recrutement de moudjahidine, des services de
sécurité et de renseignements. L’administration du FLN prendra un nouveau virage avec l’institution des assemblées du peuple qui seront élues par les populations rurales avant le deuxième anniversaire de notre
révolution.»
La charte du 20 août a instauré deux principes considérés alors comme cardinaux, à savoir la prééminence du «politique sur le militaire» et de «l’intérieur sur l’extérieur» dans ses paragraphes III et IV, objet, après coup, de tous les malentendus et de toutes les interprétations. Ces deux paragraphes ne figurent plus dans les extraits de la charte actuellement publiée dans les sites officiels mais dans la première version, publiée dans El Moudjahid en 1956, on peut lire : «Dans les PC, le chef politico-militaire devra veiller à maintenir l’équilibre entre toutes les branches de la révolution.»
 Le texte de la charte a évoqué enfin les perspectives politiques : avoir une doctrine politique claire ; développer la lutte armée d’une façon incessante jusqu’à l’insurrection générale et engager une action politique de grande envergure. Dans ces volets, les buts de la guerre, le cessez-le-feu et les négociations pour la paix sont détaillés. La diplomatie algérienne post-indépendante n’est pas en reste, ainsi que les moyens de l’intensification de la propagande pour l’internationalisation du problème algérien. Le congrès de la Soummam a tracé les grandes lignes d’une doctrine de combat, a affiné le découpage territorial du pays en six wilayas au lieu des zones initiales, a créé la zone autonome d’Alger (ZAA), a esquissé les contours de la forme du gouvernement futur.
Les Congressistes avaient pris leur décision après avoir procédé à une évaluation de la situation du pays sur divers plans : militaire, politique, organique et diplomatique. Nonobstant les problèmes politiques auxquels il donna naissance, le congrès de la Soummam fut l’un des moments suprêmes de l’histoire de la révolution, mais aussi de l’Algérie. 

H. Y.

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