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Il y a 52 ans, le 1er congrès de la révolution

L’esprit et la lettre de la Soummam

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Par Ali Boukhlef

Au lendemain du déclenchement de la révolution de Novembre 1954, des lacunes organisationnelles et structurelles sont apparues.
Pis, mis à part le soulèvement du Nord-Constantinois le 20 août 1955, la majeure partie des attaques de l’ALN avait beaucoup plus un caractère improvisé. Chose tout a fait normale, puisque ni le FLN ni son aile armée, l’ALN, ne disposaient de véritables structures. Hormis le message envoyé au peuple algérien la veille du 1er novembre 1954, la révolution manquait de référent idéologique et de cap lui permettant de réussir.
C’est dans cette optique que Abane Ramdane, aidé notamment par Larbi Ben M’hidi, après avoir réussi à rassembler le maximum de tendances politiques autour de la lutte pour l’indépendance, avait pensé organiser un congrès qui donnerait à la révolution des institutions à la hauteur du noble objectif que les révolutionnaires s’étaient fixé, à savoir l’indépendance de l’Algérie.
En dehors du fait que le rassemblement avait pu se dérouler –ce qui n’était pas du tout évident dans un contexte de guerre et vu la supériorité de l’armée coloniale- et des polémiques déclenchées sur les absents au rendez-vous, le congrès de la Soummam avait réussi cet incroyable défi de doter la révolution de structures, d’abord, et de projets à la fois idéologiques et politiques ensuite.
Sur le plan structurel, l’Armée de libération nationale avait donc, grâce au congrès de la Soummam, ses propres structures : géographiques, avec la division du territoire en six wilayas ; locales avec le partage des wilayas en régions et zones. A la tête de chaque wilaya, il y avait un colonel. Mais le progrès le plus important était réalisé sur le plan politique qui ne pouvait être dissocié de l’action militaire. Abane Ramdane –qui avait d’énormes problèmes avec le commandement militaire et la délégation extérieure- avait compris que toute lutte armée, si acharnée et sincère soit-elle, ne pouvait être menée à bien sans une véritable action politique. C’est ainsi que naquit le principe de la primauté du civil sur le militaire. Car, pensaient les concepteurs du congrès de la Soummam, le militaire doit dépendre des ordres de l’autorité civile de sorte que le pays, une fois indépendant, devra se doter d’un gouvernement démocratique.
 L’autre principe retenu, et qui avait soulevé un énorme mécontentement, était la primauté de l’intérieur sur l’extérieur. Chose tout à fait naturelle dans la mesure où les éléments qui luttaient à l’intérieur du pays étaient mieux au fait de la situation que les éléments établis à l’étranger. Surtout à une époque où une simple lettre pouvait mettre des mois à arriver à destination. D’autre part, le FLN était doté, grâce au congrès de la Soummam, de nouvelles institutions. D’abord, le Conseil national de la révolution algérienne (CNRA) qui avait une sorte de pouvoir législatif et le Conseil de coordination et d’exécution (CCE) chargé de l’Exécutif. Mais la direction était collégiale.
Ces nouvelles structures, avec certainement des limites liées à un soulèvement armé, avaient donc permis à la révolution d’opérer un nouveau souffle et de gagner de nouvelles batailles. C’est d’ailleurs à cette période-là que la lutte était beaucoup plus organisée et plus efficace.
Sur le plan idéologique, et c’était sans conteste une des avancées les plus marquantes, le congrès de la Soummam avait défini d’une manière on ne peut plus claire les objectifs mais aussi les moyens de la lutte et fixé les règles du jeu en imposant le FLN comme seul interlocuteur des autorités coloniales au moment où le MNA tentait de brouiller les pistes.
Cela, en plus du fait que le congrès de la Soummam avait, outre la réaffirmation de la nécessité de la lutte armée, appelé les autorités coloniales à ouvrir des négociations sans condition avec le FLN.
De plus, et dans un esprit d’ouverture sans égal, le FLN avait tenté de rassurer les Européens d’Algérie, mais surtout la «minorité juive» auquel un appel, signé Abane Ramdane, avait été envoyé plus tard. Ce sont donc d’ambitieux et importants socles que le congrès de la Soummam avait mis au service de la révolution. Cependant, beaucoup des esprits de ce congrès avaient vite été délaissés et même violés. Si certains comportements regrettables étaient à mettre sur le dos des erreurs de la guerre, d’autres étaient plus délibérés. L’assassinat de l’architecte du congrès de la Soummam et sans doute de la révolution en est un exemple édifiant. Confronté d’abord à l’opposition de plusieurs autres responsables, notamment les militaires et la délégation extérieure qui n’avaient pas apprécié les articles de la charte du congrès qui leur étaient consacrés, Abane avait fini par être exécuté le 27 décembre 1958.
C’est dans la même foulée que le principe de la direction collégiale avait été abandonné avec la création, en septembre 1958, du Gouvernement provisoire de la révolution algérienne (GPRA) en réponse au retour du général de Gaulle au pouvoir à Paris après le soulèvement du mois de mai de la même année des officiers français à Alger.
L’esprit du congrès de la Soummam a été dévié de sa trajectoire également après l’indépendance.
Malgré ces offenses répétées, la charte du congrès de la Soummam est l’élément fondateur d’une République algérienne républicaine, moderne et respectueuse de tous les courants politiques et des libertés. Pourtant, c’était la guerre… 

A. B.

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