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Il avait été l’artisan de «la bataille d’Alger» et présidé le congrès

L’empreinte historique de Ben M’hidi…

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Par Mekioussa Chekir

«Sans Ben M’hidi le congrès de la Soummam n’aurait pas réussi, et Abane n’aurait pu faire triompher ses thèses», écrivait le défunt Benyoucef Benkhedda, président de la fondation qui porte son nom. Ce témoignage illustre à lui seul le poids de celui qui, le jour de son arrestation par les parachutistes de Bigeard, le 23 février 1957, a arboré un sourire triomphant et une posture de la plus haute dignité. Mains et poings liés, l’air des plus défiants, cette image marquera à jamais l’imaginaire des Algériens et collera au personnage pour l’éternité.
Son activisme et sa bravoure donnaient tellement de peines aux stratèges français que son arrestation fut saluée comme une grande victoire. Il aura fallu 24 heures à ces derniers pour réaliser que celui qui fut arrêté tout à fait par hasard la veille était l’une des «têtes» les plus recherchées de la capitale pour avoir été l’un des artisans de «la bataille d’Alger». «Je me suis ordonné de ne rien vous dire ! » serait vraisemblablement la dernière phrase qu’il prononça, tenant ainsi son engagement moral de ne pas succomber à l’avilissement de la trahison et de la faiblesse.
Quitte à rendre l’âme sous la torture dans la sinistre villa Susini à Clos Salembier (El Madania), au bout de dix jours de détention dans la nuit du 3 au 4 mars 1957. «Donnez-nous vos avions et vos bombardiers, nous vous donnerons nos couffins !» avait-il osé rétorquer à la suite de son arrestation lorsque les Français lui reprochèrent le recours à la méthode de lutte qui consistait à poser des couffins piégés dans des lieux publics qu’ils fréquentaient exclusivement.
Si Abane Ramdane fut surnommé, à juste titre, «l’architecte de la révolution», Ben M’hidi en aura assurément été l’un de ses maîtres d’œuvre. «Ils se sont complétés l’un l’autre dans la tâche gigantesque de consolidation du
mouvement de libération à un moment crucial de son histoire : quand il fallut, à partir du printemps 1956, gérer avec audace et maîtrise, son passage du stade insurrectionnel initial à la phase révolutionnaire proprement dite. Et là, leur apport, stratégiquement parlant, a été à la fois immense et décisif», témoigne encore Benyoucef Benkhedda, l’unes des figures historiques ayant le mieux connu les deux martyrs de la révolution.
En ce 20 août 1956, il est président de séance, et l’un des grands stratèges de la fameuse réunion aux côtés d’Abane Ramdane, de Krim Belkacem, de Zighoud Youcef et d’Ouamrane. Ce qui fera sans doute aussi bien d’Abane que de Ben M’hidi des dirigeants hors pair, c’est leur conviction que la révolution n’atteindrait jamais son ultime objectif si les Algériens ne sont pas soudés. D’où le souci de doter la révolution d’une direction politique homogène en impliquant les plus nationalistes parmi les responsables.
Le congrès de la Soummam devait servir à la mise au point d’une stratégie à même de permettre de tenir tête à l’une des armées les plus puissantes de l’époque. Les initiateurs de la rencontre l’avaient compris. Mais lors des débats ayant animé le congrès, des divergences sont apparues quant à la présence de certaines personnalités politiques d’avant le 1er novembre 1954, dont les militaires se méfiaient. Le colonel Ouamrane avait, témoigne-t-on, osé exprimer tout haut ces divergences que d’aucuns pensaient tout bas.
Il a fallu tout le talent de Ben M’hidi, écrit Y. Courrière, pour convaincre le colonel en invoquant la recherche par les Français d’une troisième force : «A aucun moment, nous ne devons laisser se constituer une troisième force, une tendance qui pourrait négocier avec la France en dehors du FLN», expliquait le bras droit et compagnon d’Abane. Celui qui disait aussi : «Mettez la révolution dans la rue et vous la verrez reprise par douze millions d’hommes», lui qui était, d’après Benkhedda, le type même du militant du PPA qui s’est profondément nourri de nationalisme et de religion. Une religiosité si solide qu’elle battait aisément en brèche la thèse galvaudée par les Français selon laquelle il a lui-même mis fin à ses jours. Pour ceux qui ont bien côtoyé, le «Jean-Moulin algérien», cette thèse a valeur de sacrilège pour un révolutionnaire de sa trempe…

M. C.

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