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50 ans après l’assassinat de Abane Ramdane

Des responsables hantés par les cris venant de Tétouan

Par Chafaa Bouaiche

«Abane Ramdane dérangeait beaucoup de monde, c’est pour cela qu’il a été assassiné», a déclaré l’ancien chef de gouvernement Belaïd Abdeslam, il y a deux ans, lors d’une conférence qu’il avait animée au forum d’El Moudjahid à Alger. «Vu sa personnalité et sa persévérance, Abane commençait à s’imposer comme le leader de la révolution, ce qui n’a pas été du goût de certains», avait-t-il expliqué.
En effet, de son vivant et même après l’indépendance nationale, le nom de Abane Ramdane dérangeait de
nombreux anciens responsables de la révolution algérienne.
Les détracteurs de Abane le qualifient, expliquait il y a 10 ans, l’ancien président Ben Youcef Benkhedda, tantôt de «régionaliste», hostile à «l’arabo-islamisme», tantôt d’«autoritariste», voire par certains d’«agent de l’ennemi», de «traître». Cinquante ans après le crime de Tétouan, certains acteurs de la révolution n’ont pas hésité à s’attaquer à la mémoire de l’architecte de la révolution algérienne et néanmoins initiateur du congrès de la Soummam.
C’est l’ancien président du Haut Comité d’Etat (HCE), Ali Kafi, qui a inauguré la série d’attaques contre Abane. La campagne orchestrée par l’ancien patron de l’ONM visait à souiller la mémoire d’un héros qui, en 1956, avait réussi à rassembler les chefs des régions militaires autour d’une plate-forme fondatrice de l’Etat algérien.
En effet, dans ses Mémoires intitulées Du militant politique au dirigeant militaire, Ali Kafi présente Abane Ramdane comme un despote qui ne cherchait qu’à «étendre son pouvoir sur la révolution et [à] arracher ses leviers de commande à la délégation extérieure». D’ailleurs, selon l’auteur, Abane Ramdane n’avait ni une orientation de gauche ni des ambitions idéologiques. L’ancien président de l’ONM ne s’est pas arrêté là, il est allé plus loin dans ses accusations en remettant en cause y compris l’engagement militant de Abane. Selon M. Kafi, «Abane avait des contacts secrets avec l’ennemi qu’il n’avait pas divulgués à ses collègues dans la direction jusqu’à ce qu’ils les aient découverts par leurs efforts et leurs propres moyens». Dans sa volonté de justifier l’assassinat de  l’organisateur du congrès de la Soummam, Ali Kafi écrit que c’est suite «aux soupçons qui ont entouré Abane», que ses collègues l’ont persuadé d’aller avec eux au Maroc sous prétexte de rencontrer le roi Mohammed V. «Là il fut jugé et exécuté», souligne l’ancien président du HCE qui ne cache pas sa haine viscérale contre Abane. 
Pour sa part, l’ancien président Ahmed Ben Bella a affirmé, en 2002, sur la chaîne qatarie El Djazira, que Abane Ramdane n’a jamais été dans le premier noyau qui a initié la guerre de libération. «Il n’a jamais fait partie de l’Organisation spéciale (OS)». Pour rappel, le chef d’inculpation qui avait été retenu par la justice française lors de l’arrestation de Abane en 1951 était son appartenance à l’OS !
Lors de l’émission télévisée, l’ancien président algérien réaffirmait notamment ses accusations contre Abane Ramdane qu’il décrivait comme un agent de la France à travers, notamment, la rencontre de San Remo (Italie) au cours de laquelle fut proposée la création d’un parti de la troisième voie qui négocierait avec le pouvoir colonial.
Pis, Ben Bella affirmait que Abane était en relation avec le gouvernement français. «Peut-être de façon indirecte, mais il était en relation. C’est lui qui a envoyé les émissaires à San Remo», a ajouté Ben Bella, qui explique que «c’est ce qui a conduit à neutraliser Abane puis à l’exécuter au Maroc». Une manière pour l’ancien président déchu de justifier l’assassinat de Abane. Ces accusations ont soulevé un tollé de protestations parmi les moudjahidine et les historiens. Ainsi, des voix se sont élevées pour dénoncer ces propos injurieux et calomnieux. 
Au cours de la même année (2002), Lakhdar Bentobbal reconnaît, dans les colonnes d’un confrère, avoir pris part à l’exécution de Abane Ramdane. «Abane a été un héros mais il méritait la mort parce qu’il était un dictateur», a soutenu Bentobbal.
Près de cinquante ans après l’assassinat de l’enfant de Larbaa Nath Irathen, son œuvre, sa conception de l’Etat, son intelligence politique, son franc-parler, sa résistance, son militantisme et son engagement dérangent encore certains dirigeants et responsables. Même mort, Abane Ramdane continue à faire peur aux usurpateurs et autres imposteurs. Le cri de Tétouan hante toujours ses détracteurs.  

C. B.

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