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L’Union pour la Méditerranée est lancée

Ah ! la belle promesse !

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Photo : APS

Par Noureddine Khelassi

Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. Ça, c’est un Français, Pierre Reverdy, qui l’a dit. Les propos de ce lucide désabusé sont bien dans l’air du temps, celui de l’UPM, l’Union pour la Méditerranée, lancée en grande pompe sous les ors de la République et au son du clairon sarkozyste. Dire donc, de but en blanc, que le sommet fondateur de l’UPM est un échec, c’est faire preuve d’un esprit chagrin. Affirmer, à contrario, comme l’ont fait la presse et le ministre des Affaires étrangères français, que c’est un succès «magnifique», c’est verser dans l’effusion d’enthousiasme et le tressage de couronnes de laurier. La Vérité est probablement dans l’entre-deux, entre le gris et le noir. C’est d’ailleurs la tonalité du discours du chef de l’Etat algérien qui a révélé au détour d’une interview la sobriété du doute propre à un «optissimiste».
Le projet de l’UPM a d’abord le mérite d’exister et ce n’est pas rien. Son second avantage, et ce n’est point négligeable, est d’avoir remis au goût du jour le processus moribond de Barcelone. Surtout, fait nouveau, d’avoir introduit les principes de parité et de coresponsabilité dans la gestion, notions étrangères à la philosophie du
Processus de Barcelone qui traduisait un paternalisme européocentriste. De ce point de vue, le chef de la diplomatie espagnole Miguel Angel Moratinos peut dire sans ambages que l’UPM, c’est «Barcelone plus». C’est donc une équation à deux termes, Barcelone, plus un «plus» dont on est en droit d’attendre de quoi il sera fait.
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, est sans doute celui qui a mis le curseur du commentaire au plus près de la vérité des choses.
Pour lui, l’UPM est «un pacte de coresponsabilités pour une union de projets». L’UPM n’est donc pas un projet d’union méditerranéenne mais, à ce stade, une union de projets concrets et bien modestes qui fleurent bon le développement durable et le commerce équitable. Froide et juste comme peut l’être une Allemande, la chancelière Angela Merkel, elle, y voit tout simplement et sobrement «un très bon commencement pour une nouvelle étape de coopération».
Avant les réserves, le scepticisme ou le désenchantement des Arabes de la Méditerranée, ce sont des Européens du nord et de l’est de l’Europe qui se sont rapidement employés à éviter que l’UPM ne réfrène le rythme de l’élargissement à l’Est et ne détourne une partie des ressources captives. Avant même la grand-messe sarkozyste du 13 juillet, la Suède et la Pologne avaient proposé en mai dernier un projet de partenariat vers l’Est pour tenter d’équilibrer la bien louable initiative française. Contrepoids ou alternative, ce projet a fait immédiatement l’unanimité des 27 pays de l’UE, contrairement à celui de l’UPM.
Le projet polono-suédois vise à renforcer les liens de l’Union européenne avec les anciens satellites de l’URSS que sont l’Ukraine, la Moldavie, l’Azerbaïdjan, l’Arménie, la Géorgie, voire le Belarus s’il se démocratise. Euro-méditerranéen sceptique, le Premier ministre tchèque Mirek Topolanek a résumé cette volonté de rééquilibrage à l’Est en disant tout simplement : «Cette année est une année méditerranéenne ; alors, l’année prochaine sera une année orientale.»
Par-dessus tout, il y a la question centrale du financement qui semble être un serpent de mer et que résume dans toute sa sécheresse le modeste montant de «340 millions d’euros», actuellement disponibles pour les projets de l’UPM pour la période 2010-2013. Mais c’est sans doute le président Mohamed Abdelaziz et la Palestinienne Leïla Chahid qui mettent le mieux en évidence la différence traditionnelle entre un projet et sa réalité.
Le Sahraoui rappelle au président français avec des mots simples que «le parachèvement de la décolonisation du Sahara occidental que le Maroc occupe militairement depuis 1975, demeure un obstacle majeur devant l’instauration de la stabilité et du développement dans la partie sud de la Méditerranée».
Quant à la représentante de l’Autorité palestinienne au Parlement Européen, elle a rappelé à Nicolas Sarkozy le principe de réalité si cher aux Français. Elle se demande notamment ce que valent des projets écolos comme les
«autoroutes de la mer» à un moment où les Palestiniens ne sont pas sûrs de disposer même d’un Etat en peau de léopard comme le dessine à coups de bulldozer la colonisation rampante dans les territoires palestiniens.  

N. K.

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