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Les EX-internés des camps de sûreté dénoncent

«La charte pour la paix et la réconciliation nous a ignorés»

Par Billal Larbi

Deux mois et demi après sa création, le Comité de défense des internés des camps de sûreté (CDICS) a tenu une conférence de presse au siège de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme. «Il y a des gens qui veulent répandre l’idée selon laquelle les personnes déportées dans le sud du pays avaient une étroite relation avec le parti du Front islamique du salut [FIS] dissous. Ce n’est pas vrai. J’ai personnellement côtoyé des détenus pour lesquels la politique constituait le dernier de leurs soucis. Pour de simples histoires de règlements de compte, ils se sont retrouvés dans ces camps de détention», martèlera, en guise d’introduction, Me Nouredine Belmouhoub, porte-parole du Comité de défense des internés des camps de sûreté. Reprenant la genèse des faits, il indiquera qu’il ne faisait pas l’ombre d’un doute que les internés des camps de sûreté ont fait les frais de l’arrêt du processus électoral en 1992. Pour lui, les déclarations du président Bouteflika aux journaux Liberté et El Pais, en 1999, confortent cette thèse, dans la mesure où il avait, à cette époque-là, clairement dit que l’arrêt du processus électoral constituait la première violence dans le pays. Evoquant les conditions de leur détention, Me Belmouhoub les qualifiera d’inhumaines. «Nous faisions l’objet d’une torture morale que l’on ne peut décrire. Notre arrestation l’a été sans mandat tout comme d’ailleurs notre internement qui s’est fait dans des lieux prévus par la loi. Nous vivions l’enfer au quotidien. Je ne souhaiterais à personne de vivre ce que nous avons vécu, pas même à ceux qui était à l’origine de notre drame», tiendra-t-il à mettre en évidence. Parlant de la charte pour la paix et la réconciliation nationale, il estimera que, pour des raisons incompréhensibles, ses rédacteurs n’ont pas jugé utile de prendre en compte le problème des personnes déportées en 1992 pour être ensuite internées dans des camps du Sud, à l’image de In M’guel, Reggane, In Salah, El Ménéa, Oued Namous, Bordj Omar Idriss, Tsabit, Tiberghamine, El Homr et Ouargla. «Certaines de ces régions ont servi aux essais nucléaires français. Pour y avoir séjourné, certains détenus portent des stigmates résultant de ces essais. La réparation est le moins que l’on puise faire à ces personnes, en vertu de l’article 09-5 du pacte international relatif aux droits civils et politiques ratifié par l’Algérie en 1989», dira-t-il, non sans indiquer que le recouvrement par les internés de leurs droits est à même de mettre fin au sentiment de frustration et à la désespérance qui les affectent. De son côté, un  ex-élu du FIS dissous, ayant séjourné pendant 25 mois à Reggane, insistera sur les dures conditions de détention de l’époque. «Je veux que la république me demande pardon. Je ne veux personnellement pas d’argent en guise de réparation financière à tout ce qui s’était produit. Ma dignité est au-dessus de toute autre considération», insistera-t-il. Avant de clore son
intervention, le porte-parole du Comité de défense des internés des camps de sûreté  lira à l’assistance une plate-forme de revendications ayant
essentiellement trait à la nécessité, pour le pouvoir politique, d’inclure les internés des camps du Sud dans les textes de la charte dite pour
la paix et la réconciliation nationale, l’indemnisation des veuves et des orphelins des internés décédés, la réintégration de ceux qui ont perdu leur emploi ainsi que l’assurance d’une couverture médicale à tous ceux qui portent les stigmates dus à leur internement, en particulier ceux d’In M’guel, de Reggane et d’Oued Namous. «A ce jour, mes filles, aujourd’hui toutes mariées, ne cessent de me demander les raisons de ma déportation au Sud. A mon tour de renvoyer la question à ceux qui m’ont déporté. Les internés privilégient la solution nationale à leur problème. Mais, si la nécessité l’impose, nous n’hésiterons pas a solliciter le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU», conclura-t-il. 

B. L. 

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