L’histoire de l’Algérie est ponctuée de hauts faits de la jeunesse
Les grandes ruptures, œuvre des jeunes
Par Abdelkrim Ghezali
L’histoire de l’Algérie est jalonnée de hauts faits d’une jeunesse dynamique. Du mouvement donatiste sous l’occupation romaine à la résistance au terrorisme, ce sont les jeunes qui ont porté haut l’étendard de la liberté et de l’affranchissement de toute forme de domination. Yugurthen, Sifax, Takfarinas, Kuseyla, Kahina sont autant de symboles de cette jeunesse pétrie dans l’amour du pays, des siens, porteuse de l’idéal communautaire de liberté et d’émancipation, qui ont précédé les résistants à l’occupation coloniale française, comme les jeunes Abdelkader, Bouamama, El Haddad, El Mokrani, Fadhma N’Soumer… et tant d’autres parmi les enfants de cette Algérie façonnée par les invasions étrangère et par les résistances. Si les adultes sont les gardiens des traditions, des valeurs et en sont la courroie de transmission de génération en génération, les jeunes sont les catalyseurs des changements et des mutations nécessaires pour le renouveau et la renaissance des nations. C’est cette capacité naturelle des jeunes à s’adapter aux mutations et leur imperméabilité aux nouvelles idées et valeurs qui en font les éléments moteurs et dynamiques de toute société. A ce titre, ce sont les jeunes générations qui ont intégré et intériorisé les valeurs de la révolution française, ses idéaux et principes pour les modeler en fonction des besoins de l’Algérie sous domination coloniale et les retourner contre la France. Les nouvelles générations des jeunes du début du XXb 1er siècle ont compris que le temps des révoltes tribales était révolu et qu’une approche nationale de la problématique coloniale et qu’il s’agissait alors de transcender les clivages tribaux, régionaux et territoriaux pour s’engager dans une dynamique où toute la nation, au sens moderne, doit être au cœur des revendications, des structurations et des démarches à entreprendre. Si les prémices de cette nouvelle approche étaient axées sur des revendications sociales et de statut particulier, aussi bien avec l’Emir Khaled que les oulémas, ce sont les
jeunes fondateurs de l’Etoile nord-africaine, qui allaient poser les jalons du mouvement indépendantiste maghrébin et national. Hadj Abdelkader et
Messali Hadj ont ainsi bouleversé l’ordre des choses et les idées reçues pour faire de l’indépendance de l’Algérie un objectif stratégique qui sera légué au PPA en 1936, au MTLD en 1945 et au FLN en 1954. Cependant, les hésitations de la vieille garde du PPA-MTLD et la crise qui a divisé le parti indépendantiste en deux courants antagoniques devenus des forces d’inertie menaçant ainsi l’objectif stratégique, ont motivé les jeunes activités rescapé de l’OS démantelée, à faire une rupture radicale avec les centralistes et les messalistes, forçant ainsi la main du destin, pour mettre tout le mouvement national devant le fait accompli d’une guerre de libération nationale sans possibilité de retour à la situation précédente et sans concession aucune aux «légitimistes» du PPA-MTLD,
ni à ceux de l’UDMA, ni aux oulémas ni au PCA. Cette attitude œdipienne a néanmoins été consacrée comme méthode de rupture et à façonné des
générations entières, y compris l’actuelle génération qui refuse d’attendre, de patienter, de donner le temps au temps et veut tout changer et immédiatement. Alors pourquoi le lui reprocher si cette méthode radicale est à l’origine du mythe fondateur de l’Algérie indépendante ? Les jeunes de l’UNEA ont adopté la même démarche en 1968-69 ont voulu forer la main au Conseil de la révolution pour aller vite vers les réformes agraires, industrielles et culturelles. Si l’UNEA a été battue en brèche, ses vœux ont été exhaussés dès 1971. En 1978, la même jeunesse héritière des valeurs révolutionnaires a
revendiqué l’algérianité de l’identité nationale, l’ouverture politique et le bien-être sociale. Le mouvement, connu désormais sous l’appellation de mouvement quatre-vingt ou amazigh, a réussi à imposer des mutations profondes dans les mentalités. Les choses semblent évoluer lentement certes mais surement vers une reconnaissance de cette algérianité exilée chez elle. La dynamique des harraga est un appel de détresse d’une partie de la jeunesse marginalisée, déclassée, ignorée et condamnée à végéter dans un terreau riche et dans un contexte dominé par la cupidité, la corruption, et les passe-droits. Si ce phénomène est circonscrit, il n’en demeure pas moins révélateur d’un malaise profond chez la frange la plus déterminante de la société. Cette frange a pourtant exprimé sans ambigüité aucune son attachement à son pays, à ses symboles et son rêve de voir l’Algérie au panthéon des nations.
A. G.
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