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à un mois de la conférence de Paris sur l’union pour la Méditerranée

Israël sauvera-t-il le projet de Sarkozy ?

Par Anis Djaad

Tout ce qui commence bien ne finit pas toujours bien. Mieux vaut s’en faire dès à présent, l’ambitieux projet de l’union pour la Méditerranée, au soir d’une victoire à la présidentielle française, n’est plus ce qu’il a été initialement.
Non pas parce ses embrumés pourtours se sont éloignés.
Le miracle de l’Arche de Noé ne se reproduira plus. Sûrement pas après que le «radeau de la ruse» eut stagné dans les eaux troubles du vieux port de Barcelone, du nom du processus qui devait cimenter le pont entre les deux rives du Bassin méditerranéen. Plouf dans l’eau ! Dérive assurée, la paix au Proche-Orient passe avant toute union sublimement cartographiée.
Dans la pratique, on a beau ramer à contre-courant, tôt ou tard, on touche le fond. Treize ans après une première noyade et à un mois du lancement «officiel» de son grand projet, Nicolas Sarkozy tracera-t-il des voies maritimes plus fiables que celles dessinées et empruntées par les initiateurs du processus de Barcelone ? Elles paraissent déjà obstruées, le colonel Mouammar Kadhafi a quitté le premier le pont. A son sens et au-delà des
éclaircissements que doivent les Européens à leurs partenaires «sudistes», il n’est pas question d’aller à Paris en rangs dispersés. Jusqu’à preuve du contraire, l’Union africaine existe toujours, autant que celle qui réunit tant bien que mal les pays arabes.
Tant pis pour les dissensions au sein des deux, il est plus judicieux de négocier «bloc» contre «bloc» au lieu de prendre un coup de rame chacun à part. Car, sur la rive nord, beaucoup croient dur comme fer qu’il est toujours possible de contourner la normalisation des relations israélo-arabes en manœuvrant à travers une pareille union. Celle-ci scinderait la paix globale en nombre d’accords de paix, totalement, dissociés. Sauf qu’exporter des «fantasmes», en une nuit d’euphorie post-présidentielle, mérite une attention particulière de l’ensemble des associés. Même ceux qui sont déjà largement convaincus par l’efficacité de la valeur démocratique ajoutée, une fois ladite union méditerranéenne établie. Car, actuellement au Moyen-Orient, la démocratisation a tendance à se confondre avec occidentalisation. Si tels sont les objectifs «flous», qui, après le guide de la Jamahiriya, lâcheront le gouvernail ? Les «sudistes» pour avoir compris que l’histoire, notamment à travers sa multitude d’unions, n’est qu’un éternel recommencement, voire un marché de dupes ? Ou l’initiateur en personne, par dépit, la sécurité régionale, dans son volet énergétique en premier, ayant besoin de plus larges concertations, du moins plus directes ? Ce n’est certainement pas le «capitaine» Sarkozy qui changera de cap et il compte bien sur la coopération de ses pairs pour accomplir cette mission quasi impossible. Fraîchement repeintes, les façades de l’Elysée et de la Maison-Blanche brillent d’une même couleur. A Washington, nul ne s’inquiète du fait que le président français puisse prendre le large en Méditerranée. Les objectifs stratégiques euro-américains ne font plus qu’un. Une unique ossature que W. Bush vient de redresser définitivement lors de ses adieux en Slovénie ; si l’union proposée par le président Sarkozy peut garantir une sécurité maximale à l’Etat hébreu, sans grandes concessions de Tel-Aviv, alors vive cette union. Sauf que l’actuelle administration israélienne doit éviter les faux pas et, si nécessaire, aller de l’avant dans sa soi-disant volonté de construire la paix en blocs distincts. Pour ce qui est des faux pas, le cabinet israélien est prié de ne pas déclencher dans l’immédiat une grande offensive à Ghaza. C’est fait, Olmert a décidé de laisser le temps à l’Egypte de négocier la trêve avec le Hamas au Caire. Mais cela ne suffirait pas à appâter les fervents défenseurs de «la paix avant l’union».
Quoi d’autre pour les satisfaire si ce n’est la reprise des négociations syro-israéliennes sous l’égide de la Turquie dont W. Bush espère l’entrée dans l’UE ? Quelle que soit la récompense qu’il peut lui offrir, la mer reste agitée de ce côté-là de la Méditerranée. Damas se refuse à jeter sur le rivage son allié iranien et à expulser la direction politique du Hamas palestinien. Plus d’efforts des Israéliens seront-ils payants au point que le projet de Sarkozy soit secouru in extremis ? Les autorités de Tel-Aviv viennent de balancer une seconde bouée de sauvetage. Dans une fragile accalmie politique, le Liban est invité à engager des discussions de paix avec l’Etat hébreu. Un «marché» que Beyrouth ne prendra pas au sérieux tant que les fermes de Chebba n’ont pas été restituées. Y aurait-il, enfin, quelqu’un pour repêcher le projet de Nicolas Sarkozy avant qu’il ne sombre définitivement ? Aux Européens en premier de le tirer au clair.  

A. D.

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