Par Amine Echikr
Bon an, mal an, l’Algérie produit l’équivalent de 100 milliards de dollars et importe près de 80 milliards. Les années se suivent sans que la production intérieure brute soit à la hauteur des potentialités et des capacités de production. Elle est dotée d’une population éduquée et assez nombreuse pour en faire un marché important. Les salariés de la fonction publique ont été fortement augmentés ces dernières années, contrairement à leurs homologues du secteur privé.
A ceux à qui est demandée une forte productivité, la grève n’est pas un moyen pour faire augmenter ses revenus. Les salariés du secteur privé sont devenus les spécialistes de la débrouille. Peu syndiqués, ils savent que toute grève peut entraîner sanctions et même licenciement. Ils ont pourtant besoin d’un coup de pouce pour pouvoir vivre décemment. N’entendons pas, ici et là, des salariés affirmer que «22 mille dinars par mois, ce n’est pas un salaire». Cette catégorie-là de personnel est mal reçue dans les hôpitaux. Leurs enfants ont une mauvaise scolarité en raison de l’indigence des programmes et des grèves à répétition. Cette catégorie-là fait la queue dans n’importe quelle administration parce qu’elle ne connaît ni fonctionnaire, ni chef de service.
A cette catégorie qui subit, l’on fait subir les humeurs de la révision des statuts particuliers ou l’obtention d’une quelconque prime. Les paramédicaux, les spécialistes comme les personnels de l’éducation ont quasiment tout obtenu les années passées. Ils en veulent encore tant que c’est possible.
Il y a dans cette Algérie une série de dilemmes et de paradoxes. L’Algérie va bien au niveau macroéconomique et elle va très mal au niveau microéconomique. Les fonctionnaires censés être moins bien payés car ayant une sécurité de l’emploi et une meilleure retraite, sont mieux payés que les salariés du secteur privé. Les dépenses en équipements publics ont engendré une inflation de postes de travail dans la Fonction publique sans que cela se répercute sur les revenus des entreprises. La demande interne est forte en raison de l’augmentation des salaires. L’offre reste faible dans tous les secteurs en raison d’une absence de vision et d’anticipation sur les programmes publics.
Les messages des acteurs politiques se focalisent sur une révision de la Constitution qui n’intéresse que les concernés par les enjeux de pouvoir. Les messages des syndicalistes, hors Ugta, sont les mêmes jusqu’à lasser les plus révolutionnaires de nos concitoyens. Le gouvernement donne des orientations sensées mais ne semble pas être obéi par l’appareil bureaucratique.
C’est la société entière qui connaît des disfonctionnements. Il s’agit de retrouver un discours rassembleur. Un discours de vérité. Il ne faut plus avoir peur de dire que l’Algérie est un pays sous-développé même si certains pensent qu’ils sont meilleurs que les Européens sans jamais avoir produit quoique ce soit.
A. E.