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L’échec par anticipation

Par Ali Boukhlef
 
Près de quatre mois après sa création, l’Union pour la Méditerranée est toujours à l’état embryonnaire. Au faste qui avait marqué le sommet de Paris du 13 juillet dernier s’est substitué le flou presque total entourant la constitution des instances qui pourront faire marcher un ensemble aussi hétéroclite. 
La réunion que doivent tenir aujourd’hui, à Marseille, les ministres des Affaires étrangères des 43 pays composant l’UPM, se prépare dans de mauvais augures. Ni réunion préparatoire ni consensus autour des questions encore en suspens, à l’image de celle relative à la ville qui doit abriter le secrétariat général et le siège de l’organisation. En un mot, rien ne présage une rencontre normale entre les chefs de la diplomatie. Même la commissaire européenne chargée des relations extérieures, Benito Ferrero-Waldner, s’est montrée pessimiste, elle qui a toujours affiché un enthousiasme inégalé dès juillet dernier.
Mais qu’est-ce qui bloque, en fait, un projet aussi ambitieux ? A défaut d’annoncer un échec prématuré, il faut retourner au début de l’initiative méditerranéenne pour comprendre la situation d’aujourd’hui. Parce que, si le sommet de juillet 2008 a le mérite -et c’était un des plus grands succès diplomatiques de Nicolas Sarkozy- de réunir des chefs d’Etat qui se regardent en chiens de faïence, la concrétisation sur le terrain de ses résolutions n’était pas assurée. Car, quand bien même les chefs d’Etat et de gouvernement seraient venus, leurs intentions divergent de manière presque inconciliable.
Il n’y a qu’à regarder le conflit israélo-arabe pour se rendre compte que le projet de l’Union pour la Méditerranée, doublé 
d’un vocable qui a largement montré ses limites (Processus de Barcelone), n’a pas vraiment toutes les chances de réaliser le rêve cher au chef de l’Etat français de faire du Bassin méditerranéen un havre de paix.
A part les quelques réunions informelles qui ont porté notamment sur l’environnement, les choses sont restées à l’état d’intentions. Et quelles intentions lorsque plusieurs pays, à l’image de la Tunisie -qui a néanmoins cessé de réclamer le siège de l’Union-, de l’Egypte -déjà copieusement servie- et de la Jordanie, pour ne citer que ceux-là s’intéressent plus au partage du gâteau qu’à autre chose ? A cela s’ajoute un écueil de taille : le statut à donner à la Ligue arabe dans ce nouvel ensemble. Là, les vrais antagonismes qui opposent les pays arabes à Israël réapparaissent de plus belle. Et il semble qu’aucune des deux parties n’a véritablement la volonté de surseoir à sa position. D’où l’impossibilité de parvenir, au moins dans l’immédiat, à un consensus.
Tous ces ingrédients convergent vers une impasse. A moins qu’une bonne volonté s’affiche quelque part pour convaincre 
les plus radicaux des 43 pays à faire des concessions afin de faire aboutir un projet qui ambitionne, pourtant, de rendre la Méditerranée plus vivable.
A. B.
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